«Sauvons le mur»

En 1989, les Berlinois célébraient la chute du mur (photo de gauche). Aujourd’hui ils veulent préserver ce symbole de la division du pays (photo de droite).
Photo: Agence France-Presse (photo) En 1989, les Berlinois célébraient la chute du mur (photo de gauche). Aujourd’hui ils veulent préserver ce symbole de la division du pays (photo de droite).

Les travaux avaient débuté début mars à la surprise générale, pour permettre la construction d’une tour de logements de luxe haute de 63 mètres dans le quartier branché de Friedrichshain. Vingt mètres du mur qui bordait le « no man’s land » à cet endroit doivent tomber sous les coups des bulldozers pour permettre d’accéder au bâtiment et à un pont réservé aux piétons


« Jamais je n’aurais pensé protester un jour pour le mur ! », affirme, Hilde Meier75 ans, est elle aussi venue apporter son soutien au mouvement, comme des milliers de Berlinois de tous âges. La construction du mur, en août 1961, l’avait séparée d’une partie de sa famille. Il ne reste plus grand-chose du « mur de protection antifasciste » comme l’appelaient les dirigeants Est-allemands : à la fin des années 80, les Berlinois étaient pressés de se débarrasser de ce symbole honni de la partition.


Sur les 155 kilomètres de béton qui encerclaient Berlin-Ouest, à peine trois kilomètres sont encore debout. Le plus long morceau de cet édifice de 3,60 mètres de haut se trouve coincé entre le fleuve et une voie rapide. À la réunification, une centaine d’artistes du monde entier ont été invités à peindre le mur à cet emplacement sans charme. Rapidement, la « East-side gallery » devient une attraction touristique majeure. Parmi les fresques les plus connues, le Baiser fraternel entre les dirigeants soviétique Brejnev et l’Allemand de l’Est Honecker, la petite Trabant bleu pâle - ces petites voitures très polluantes de RDA - traversant le Mur ou encore les têtes multicolores de l’artiste français Thierry Noir.


Très endettée, la capitale allemande résiste de moins en moins à la pression des investisseurs. Partout au centre ville, de hauts lieux de cette culture alternative qui fait le charme de Berlin aux yeux des touristes cèdent la place à de luxueux projets immobiliers tandis que flambent les prix.


Près de 10 000 manifestants dimanche, 60 000 signatures contre le projet sur Internet. Face à la mobilisation, l’investisseur Maik Uwe Hinkel est prêt à revoir son projet, mais affirme avoir déjà vendu 20 des 36 appartements prévus. L’abandon des travaux coûterait cher à la municipalité.


Reste l’option d’une révision du projet immobilier, qui sous-entend l’accord de l’investisseur israélien propriétaire d’une parcelle voisine. Hilde Meier ne croit pas en l’abandon du projet : « Même si je ne comprends pas comment on peut vouloir habiter dans le ‘couloir de la mort’nom donné au « no man’s Land » où ont péri bien des Allemands de l’Est dans leur tentative d’évasion vers l’Ouest.

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