Grande-Bretagne - David Cameron promet un référendum sur l’Union européenne d’ici 2017

David Cameron, mercredi, lors de son allocution à Londres
Photo: Agence France-Presse (photo) Ben Stensall David Cameron, mercredi, lors de son allocution à Londres

Son discours a provoqué l’inquiétude de ses partenaires européens ainsi que de nombreuses critiques de l’opposition.


Affirmant que la désillusion des Britanniques face à l’UE avait atteint « un sommet de tous les temps », M. Cameron a déclaré que les termes de l’adhésion du Royaume-Uni à l’UE devraient être révisés.


Il s’est attiré les foudres de l’opposition travailliste et de son chef, Ed Miliband, qui a raillé un premier ministre « affaibli et effrayé par son propre parti » et l’a accusé de vouloir déstabiliser l’économie du pays en « créant de fortes incertitudes » et de risquer de provoquer une sortie de l’UE pour des considérations de politique intérieure.


« Je ne veux pas quitter l’UE. Je veux réformer l’UE » a rectifié M. Cameron. « Je ne suis pas un isolationniste. Je ne veux pas juste un meilleur accord pour la Grande-Bretagne. Je veux un meilleur accord pour l’Europe aussi. »

 

L’Europe à la carte


La proposition de M. Cameron a attiré les critiques de plusieurs dirigeants européens. « L’Europe, elle doit se prendre telle qu’elle est », a tranché le président français, François Hollande. « On ne peut pas faire l’Europe à la carte », avait auparavant lancé le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius.


D’apparence plus conciliante, la chancelière allemande, Angela Merkel, s’est dite « prête à discuter des souhaits britanniques », en insistant sur la nécessité d’un compromis équilibré. Le ministre des Affaires étrangères allemand, Guido Westerwelle, a pour sa part estimé que les membres ne devraient pas être autorisés à imposer leurs propres conditions pour rester dans l’UE.


La Commission européenne a cherché à dédramatiser la situation, saluant « la déclaration sans équivoque du premier ministre selon laquelle il veut maintenir la Grande-Bretagne dans l’Union européenne » et ajoutant qu’il était « dans l’intérêt de l’Europe et dans le propre intérêt de la Grande-Bretagne d’être un membre actif au centre de l’Union européenne ».

 

Brixit


Au Royaume Uni, l’ancien premier ministre travailliste Tony Blair, europhile convaincu, a regretté que David Cameron ait mis « sur la table » la question d’une sortie de l’UE. « Une fois que vous avez décidé d’inscrire à l’agenda le référendum, vous n’avez plus de contrôle sur la question. »


Interrogé sur le risque « Brixit » (pour « British exit »), Cameron s’est montré évasif. « Il n’y a pas de doute que nous sommes plus puissants aux yeux de Washington, de Pékin ou de New Delhi, parce que nous sommes un acteur puissant au sein de l’Union européenne », a-t-il remarqué. M. Cameron est resté flou sur la portée des réformes qu’il souhaite, se contentant d’indiquer qu’il souhaiterait rapatrier de Bruxelles à Londres des prérogatives dans le domaine de l’environnement, des affaires sociales et criminelles. « On ne peut pas tout harmoniser. Il n’est ni bon ni nécessaire de déterminer à Bruxelles les heures de travail des docteurs en milieu hospitalier. »


Sans surprise, les déclarations de David Cameron ont au contraire été saluées par les eurosceptiques, qui constituent la majorité de ses troupes. « David Cameron a tapé dans le mille. Ce que veulent la plupart des gens sensés c’est appartenir au marché unique, en se débarrassant des excroissances irritantes de l’Union européenne », a réagi le maire conservateur de Londres Boris Johnson. « Pour la première fois un premier ministre britannique, au moins, discute de la sortie comme une option possible », s’est félicité sur la BBC Nigel Farage, chef de l’Ukip (UK Independent Party).


Le Royaume-Uni n’a jamais été un membre très enthousiaste de l’UE et Londres bénéficie déjà de nombreuses exemptions par rapport aux règles communautaires, dans les domaines de la libre circulation des personnes, de la police et de la justice, ou de la fiscalité.


Reste que l’exercice de funambule a ses limites et il est impossible de plaire à tout le monde. Londres apparaît plus que jamais en porte-à-faux sur la plupart des dossiers avec les autres membres de l’Union. De plus, David Cameron et les conservateurs doivent encore remporter les prochaines élections en 2015 avant de pouvoir proposer ce référendum, ce qui au vu des sondages ne semble pas une évidence.

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