50 ans d’amitié entre Paris et Berlin

Pour l’occasion, les 577 députés français se retrouveront pour la première fois sous le dôme du Bundestag. Le président et la chancelière devraient en profiter pour réaffirmer la collaboration exceptionnelle qui unit les deux pays. On ne connaît pas de chefs d’État et de gouvernement qui se concertent plus souvent. On a calculé que François Hollande et Angela Merkel se voyaient tous les vingt jours en moyenne. Rares sont les grandes rencontres internationales qui ne sont pas précédées d’un tête-à-tête. Quant aux ministres des deux pays, ils rencontrent leur homologue plusieurs fois par année. Un tel rythme de concertation est probablement unique au monde.


Les observateurs n’ont cependant pas manqué de signaler que les festivités d’aujourd’hui seront beaucoup plus sobres que celles qu’avait organisées à Versailles l’ancien président Jacques Chirac il y a dix ans. C’était évidemment avant la crise de l’euro et les non français et néerlandais à la Constitution européenne. L’ancien président français n’hésitait pas alors à évoquer « une communauté de destin » et « l’union de nos deux peuples ». François Hollande et Angela Merkel devraient être plus modestes et éviter de s’engager, comme l’avait fait Nicolas Sarkozy, sur une liste de projets le plus souvent destinés à demeurer lettre morte.

 

Un traité « mort-né » ?


En 1963, la France et l’Allemagne signaient un traité qui rompait radicalement avec le traité revanchard de Versailles, qui avait mis fin à la Première Guerre mondiale et ouvert la porte à la Seconde. L’ancien chroniqueur du Monde Daniel Vernet rappelait cette semaine que Charles de Gaulle avait pourtant d’abord combattu cette idée. Mais il s’y était finalement rallié grâce à l’insistance, notamment, du ministre français des Affaires étrangères, Robert Schuman.


Par ce traité, de Gaulle voulait surtout tirer l’Allemagne de l’orbite américaine. Mais les Allemands prirent leurs précautions en faisant précéder le document d’un préambule évoquant une « association étroite entre l’Europe et les États-Unis ». Pour le général, le traité était en quelque sorte « mort-né ». En 1965, il le qualifiera de « cordiale virtualité ».

 

Divergences


L’admiration que suscite toujours cette réconciliation n’empêche pas les observateurs de constater que les deux pays divergent de plus en plus depuis la chute du mur de Berlin, et plus encore depuis la crise de l’euro. Un sondage commandé récemment à l’IFOP par l’ambassade d’Allemagne en France révélait que les populations des deux pays préféraient aujourd’hui parler de « partenariat » plutôt que d’« amitié » pour caractériser la relation franco-allemande ; 69 % des Français et 59 % des Allemands préfèrent dorénavant ce terme, 10 % de moins qu’il y a dix ans. Le romantisme semble aussi s’être émoussé. Aujourd’hui, les Français disent avoir plus de « respect » (33 %) que de « sympathie » (26 %) pour leurs voisins. Alors que 45 % des Français souhaitent préserver une « relation privilégiée », il n’y aurait plus que 18 % des Allemands à souhaiter la même chose.


Ajoutons que l’apprentissage de la langue du voisin est tombé au troisième rang en Allemagne et en France, derrière l’anglais et l’espagnol. Et cela, même si le premier ministre Jean-Marc Ayrault est, comme par hasard, professeur d’allemand.


Force est de constater que les domaines de coopération privilégiés par le traité sont souvent demeurés des sujets de désaccord. À commencer par les Affaires étrangères et la Défense, sujets sur lesquels Paris est plus proche de Londres que de Berlin. L’absence de soutien allemand à l’intervention française en Libye et au Mali en est la plus récente illustration.

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