Catalogne - Vers un référendum en 2014

Si Artur Mas prend soin de n’avancer aucune date, les pourparlers ont permis aux deux partis de s’entendre pour que tout soit prêt le 1er janvier 2014 afin de permettre la tenue d’un référendum.
Photo: Emilio Morenatti Associated Press Si Artur Mas prend soin de n’avancer aucune date, les pourparlers ont permis aux deux partis de s’entendre pour que tout soit prêt le 1er janvier 2014 afin de permettre la tenue d’un référendum.

Alors que la récente offensive de Madrid contre l’enseignement en catalan continue de provoquer un tollé en Catalogne, cette province du nord de l’Espagne est sur le point de se donner un gouvernement nettement souverainiste. Après trois semaines de négociations, l’actuel président en exercice et leader de Convergencia i Unio (CiU), Artur Mas, annoncera ce samedi la conclusion d’un « pacte » avec les indépendantistes de centre gauche d’Esquerra Republicana (ERC), arrivés seconds aux élections du 25 novembre derrière CiU (centre droit).

Le nouveau gouvernement qui sera formé dès la semaine prochaine sera soutenu par ERC sur la base d’une plateforme destinée à combattre la crise et qui rapproche un peu plus la Catalogne de la tenue d’un référendum sur son indépendance.


Si Artur Mas prend soin de n’avancer aucune date, les pourparlers ont permis aux deux partis de s’entendre pour que tout soit prêt le 1er janvier 2014 afin de permettre la tenue d’un référendum. Mas avait déclenché des élections précipitées sur ce thème. Sa majorité en est sortie diminuée, mais au profit d’une formation encore plus indépendantiste, ERC, pour qui il n’est pas question de reporter le référendum au-delà de 2014. Le gouvernement se donne donc un an pour adopter les lois nécessaires à la tenue d’une consultation que Madrid juge par ailleurs anticonstitutionnelle.


Les négociateurs d’ERC ont aussi obtenu que l’État catalan se prépare à une éventuelle « transition nationale ». Cela pourrait impliquer la création, avant même le référendum, d’une administration en mesure de prélever tous les impôts et d’une Banque de la Catalogne. Le nouveau gouvernement entend aussi faire valoir la légitimité de ce référendum sur le plan international. Surtout si Madrid refuse de modifier sa loi sur les consultations, qui n’autorise pas les régions autonomes à tenir un référendum sur l’indépendance.


À la défense du catalan


Ce nouveau gouvernement prend les rênes du pays alors que la tension est à son comble avec Madrid. La semaine dernière, le ministre de l’Éducation espagnol, Jose Ignacio Wert, a rendu public un projet destiné à faire du castillan (espagnol) la « première langue » d’enseignement dans toute l’Espagne. La nouvelle a soulevé un tollé en Catalogne et soudé l’unité des partis nationalistes, déjà largement majoritaires au Parlement.


Après une manifestation de plusieurs milliers de personnes à Barcelone, tous les partis, à l’exception du Partido Popular et de la petite formation Ciutadan’s, se sont donné rendez-vous au palais de la Generalitat. Ils ont adopté une proposition commune d’amendement au projet du ministre Wert réclamant le maintien du système actuel qui, sans bannir le castillan, assure prioritairement l'« immersion » en catalan de tous les élèves du primaire à l’université.


Les leaders catalans craignent que ce projet marginalise l’enseignement en catalan, aujourd’hui largement dominant dans l’enseignement public. « À terme, il pourrait entraîner la création de deux systèmes d’éducation comme au Québec, l’un en catalan et l’autre en castillan », dit l’historien Joan Culla. Une éventualité qui rebute la plupart des formations politiques attachées à un système d’éducation unique. « La loi d’immersion constitue un des fondements de la société civile catalane », a déclaré le leader socialiste Pere Navarro. Si leur amendement est repoussé, les partis entendent affirmer la préséance de la loi catalane, un droit qui n’est cependant pas garanti par la Constitution.


« On a parfois l’impression que Madrid fait tout pour pousser la Catalogne vers le référendum », dit Culla. Une déclaration de l’ancien ambassadeur espagnol au Vatican, Francisco Vazquez, est récemment venue jeter de l’huile sur le feu. Selon lui, il n’y a « aucune différence entre un Juif portant l’étoile jaune […] et un enfant à qui l’on interdit de parler castillan dans la cour du collège ». Un mensonge éhonté, selon Joan Culla, qui rappelle que, même si toutes les écoles publiques sont en catalan, tous les élèves apprennent à l’école le castillan, sans lequel ils ne pourraient d’ailleurs pas travailler, la Catalogne étant totalement bilingue.


Le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, s’est dit « préoccupé » par l’entente intervenue hier. La vice-présidente du gouvernement, Soraya Sáenz de Santamaría, a appelé Artur Mas à la « réflexion » et laissé entendre que cet accord dépassait le mandat que lui avaient confié les électeurs.


Ce « pacte » devrait assurer la stabilité du gouvernement pendant au moins deux ans. ERC a obtenu certaines concessions économiques, comme le retour de l’impôt sur les successions et une taxe sur les banques. La plus riche des provinces autonomes espagnoles est en effet la plus endettée. Avec une dette de 42 milliards d’euros, elle doit rapidement réduire son déficit de 4 milliards d’euros.

12 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 15 décembre 2012 05 h 58

    L'obligation d'être franc.

    Quand les leaders catalans auront compris la portée de l'avis de la Commission européenne (le gouvernement de l'Union européenne) qui répondait avec clarté et rigueur à une question qui avait été soulevée par des élus du Parlement européen, ils ne pourront plus promettre que la Catalogne indépendante deviendra auromatiquement le 28ième pays membre de l'Union.

    La Commission soutient, avis juridique à l'appui, qu'une région faisant déjà partie de l'Union européenne, qui voterait en majorité pour l'indépendance, ne peut plus invoquer un quelconque Traité pour exiger son admission. Les traités, dit sans ambiguité la Commission, ne s'appliquent plus à la partie qui a choisi l'indépendance. La Catalogne, comme l'Écosse devront demander leur admission, attendre leur tour et fournir toutes les pièces qui permettraient de faire partie de la zone euro. Car tout nouveau membre doit dorénavant se qualifier pour faire partie de la zone euro s'il veut être admis dans l'Union européenne.
    La question en Écosse, en 2014, demandera simplement aux électeurs de voter pour ou contre l'indépendance. Point. Cette question est déjà réglée.

    • Fernand Lachaine - Inscrit 15 décembre 2012 14 h 05

      Quand un peuple veut se libérer d'un pays dirigeant c'est sûr que ça ne fait pas l'affaire, ça dérange.
      Plus, quand un pourcentage important de ce peuple veut se séparer, la démocratie avec ses dizaine de conditions votées par les pays dirigeants se met en marche.
      Rien ne va plus, l'étau se resserre, la démocratie accélère dans ses conditions de séparation.
      Les jalons d'interdiction pour un peuple qui veut se libérer se multiplient et pourtant un bon jour, la séparation est inévitable.
      L'Angleterre en sait quelque chose: les Américains se sont séparés, l'Inde s'est séparée pour devenir des peuples économiquement puissants.
      De plus, aucun peuple qui s'est libéré de ces pays "démocratiques" n'a voulu retourner sous le joug des dominateurs.
      Aucun.
      Donc, vos Commissions, vos Unions, vos Avis juridiques et vos Questions qui font seulement votre affaire ne font pas le poids quand un peuple veut se libérer. Point à la ligne.

    • Gaston Carmichael - Inscrit 15 décembre 2012 14 h 14

      Qu'en est-il des accords internationaux tels que l'ALENA?

      Est-ce que l'entité séparée est tenu de respecter ces accords jusqu'à leur terme, ou sont-ils immédiatement déclarés caduques?

  • François Dugal - Inscrit 15 décembre 2012 08 h 18

    La question

    La question posée lors du référendum catalan sera-t-elle claire?
    Plusieurs experts canadiens sur ce sujet pourraient donner leur avis à ce sujet.

    • Fernand Lachaine - Inscrit 15 décembre 2012 14 h 24

      La réponse est toujours claire pour ceux qui la posent.

  • Gilles Bousquet - Abonné 15 décembre 2012 17 h 11

    La séparation d'un État

    Plus facile à dire qu'à faire.

    Il y a déjà une majorité de Catalans qui parlent l'espagnol, à la place du catalan qui est une langue très très régionale, qui va finir par disparaître...anyway.

    • Sylvain Auclair - Abonné 16 décembre 2012 12 h 16

      Il y a 40 ans, on aurait peut-être cru à la disparition prochaine du catalan, mais, de nos jours, avec toute la société catalane qui fonctionne en catalan, et certains Catalans qui refusent de parler castillan (si vous y allez, expliquez que vous êtes étranger, ça peut aider), l'avenir est plus rose que jamais depuis plusieurs siècles.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 16 décembre 2012 21 h 27

      Le catalan, parlé dans plusieurs endroits de quatre états souverains différents (Espagne, France, Italie et Andore), il est donc moins «régional» que l'islandais, le suédois, le montagnais, le finnois, le tibétain, etc.

      Il compte également davantage de locuteurs que toutes ces langues.

      La production culturelle en catalan est très vigoureuse. Par exemple, plusieures chaines de télés et de radio diffusent en catalan, les écoles enseignent dans la langue, etc. Plus de 90% des langues vivantes en 2012 ne peuvent se vanter d'autant. Ne soyez donc pas trop pressé de noter une heure de décès.

      Pourquoi cet acharnement à enterrer toutes les langues en bonne santé et le dénigrement systématique de tout projet de société au réel potentiel de survie et d'émancipation culturelle?

      Une culture du défaitisme, de soumission, de régression et d'assimilation n'est porteuse d'aucun avenir.

  • Catherine Paquet - Abonnée 16 décembre 2012 16 h 02

    Fernand Lachaine voudrait se séparer, mais pas tout à fait...

    M. Lachaine, les État-Unis et l'inde se sont séparés de la Grande-Bretagne ,mais ils en ont assumé toutes les conséquences. Ils n'ont pas demandé de faveurs au pays qu'ils quittaient.

  • Catherine Paquet - Abonnée 16 décembre 2012 16 h 16

    À Gaston Carmichael,

    Un Québec inépendant, comme une Catalogne indépendante devra entrer en négociation avec les pays ou les institutions avec lesquels ils souhaitent conclure des ententes. Comme la Commission europoéenne le déclare, au lendemain d'un vote pour l'indépendance, les Traités qui engagent le pays dont on se sépare ne s'appliquent pas au nouveau pays. Ainsi, ce n'est pas parce que le Canada est membre de l'ONU que le Québec éventuellement indépendant serait membre également. Il faudra faire la démarche qui peut être assez longue, et si un pays, membre du Conseil de Sécurité, s'y opposait la permission ne serait pas accordée. Et on n'a pas encore abordé la question de la monnaie qu'un Québec indépendant voudrait adopter.

    • Gaston Carmichael - Inscrit 16 décembre 2012 19 h 18

      Ainsi donc, un québec indépendant serait automatiquement exclus de l'ALÉNA, de l'OMC, etc...

      On pourrait donc choisir de s'en retirer complètement, ou de négocier de nouveaux accords. C'est pas mal plus d'ouvrage que de laisser quelqu'un d'autre faire des choix à notre place, mais quand on veut être indépendant, il faut s'assumer.