Jeu de massacre au sein de la droite française - L’UMP survivra-t-elle à la guerre de tranchées entre Copé et Fillon?

De gauche à droite, Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy et François Fillon
Photo: Agence France-Presse (photo) De gauche à droite, Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy et François Fillon

Ce qui n’était au début qu’une élection contestée, truffée d’irrégularités et de bourrage d’urnes, est en train de se transformer en une véritable crise politique qui pourrait remettre en question l’existence même du premier parti de droite en France. « Nous sommes tous cuits, si ça continue », s’exclamait récemment l’ancien ministre Bruno Lemaire.

Deux semaines après le scrutin qui devait choisir le nouveau président du parti à la suite de la défaite de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle, la situation semble s’enliser. Déclaré élu avec une majorité de quelques dizaines de voix malgré de multiples irrégularités, Jean-François Copé refusait hier encore d’organiser un nouveau vote. Après s’être rallié à la proposition d’un référendum rapide, il a finalement mis de côté cette idée qui permettrait aux membres de se prononcer sur l’opportunité d’un nouveau scrutin comme l’avait discrètement proposé l’ancien président Nicolas Sarkozy.

 

Bourrage d’urnes

François Fillon semble quant à lui brusquement sorti de la naïveté dont il a fait preuve tout au long de cette campagne. Il brandit aujourd’hui la menace de fonder un nouveau groupe parlementaire indépendant, ce qui priverait l’UMP d’environ 70 députés (contre 135 chez Copé). L’UMP perdrait ainsi une cagnotte qui pourrait se monter à 6 millions d’euros, chaque député rapportant au parti 42 000 euros par an. Or le parti est criblé de dettes et doit notamment payer son nouveau siège rue de Vaugirard. Un autre groupe, de non-alignés celui-là, serait aussi en voie de formation. Mené par Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko-Morizet, il demanderait à François Fillon de renoncer à son groupe parlementaire en échange de l’organisation d’un référendum par un « comité des sages ».

Au quartier général de Jean-François Copé, on semble plutôt considérer que les 50 % (plus ou moins quelques broutilles) qu’il a obtenus le 18 novembre représentent une « victoire morale ». Ils démontreraient que le candidat donné perdant par tous les sondages aurait mené la meilleure campagne alors que François Fillon se serait contenté de surfer sur les sondages. Les témoignages ne manquent pourtant pas afin de démontrer qu’une partie de ces voix a été arrachée par des pratiques plus que discutables. La première de celles-ci étant que Copé soit demeuré président de l’UMP pendant la campagne.

Selon l’enquête menée par la journaliste Carole Barjon du Nouvel Observateur, ses partisans auraient volontairement limité le nombre de bureaux de vote dans les départements où Fillon était majoritaire, provoquant des files d’attente de plus de deux heures qui en ont découragé plus d’un. Comble du ridicule, le soir de la « victoire »de Copé, les votes de trois départements d’outre-mer ont été purement et simplement « oubliés ».

François Copé pourra-t-il faire la sourde oreille encore longtemps ? D’après un sondage OpinionWay, 80 % des sympathisants UMP seraient favorables à un nouveau vote. Aux dernières nouvelles, quelques-uns de ses fidèles se disaient ébranlés devant la perspective d’une scission du parti. L’ancien ministre Luc Châtel affirmait notamment ne pas pouvoir « se résoudre à voir l’UMP disparaître ».

Une crise plus profonde

Car c’est bien cette perspective qui pèse sur l’UMP comme une épée de Damoclès. L’incident révèle une crise autrement plus profonde que celle provoquée en 2008 au Parti socialiste par l’élection, elle aussi controversée et truffée d’irrégularités, de Martine Aubry contre Ségolène Royal.

Dans cette campagne, Jean-François Copé s’est voulu l’héritier de la ligne d’une droite décomplexée prônée à la fin de la campagne présidentielle par Nicolas Sarkozy et théorisée par son ancien conseiller Patrick Buisson. De l’autre, François Fillon se veut le représentant d’une droite gaulliste traditionnelle plus proche des centristes.

D’après un sondage CSA, 38 % des Français estiment que la crise profitera d’abord au Front national de Marine Le Pen. 20 % croient qu’elle profitera aux centristes de l’Union des démocrates et indépendants (UDI), dirigée par Jean-Louis Borloo. Marine Le Pen affirme que, depuis deux semaines, le FN a multiplié par cinq le nombre d’adhésions. L’UDI prétend aussi qu’elle aurait reçu 6000 nouvelles adhésions depuis le début de la crise. Des chiffres qui restent cependant à être vérifiés.

La plupart des observateurs s’entendent cependant pour dire que l’unité de l’UMP pouvait difficilement résister au départ de son ancien leader Nicolas Sarkozy. La scission de l’UMP, si elle devait se confirmer, ne ferait au fond qu’accélérer l’évolution qui est celle des droites françaises depuis un certain nombre d’années. Avec le recentrage du FN et son image moins radicale depuis l’élection de Marine Le Pen et la création de l’UDI de Jean-Louis Borloo qui a repris son indépendance, la place de l’UMP semble de plus en plus exiguë. « Après tout, ce que montrent Copé et Fillon par leur attitude, c’est peut-être que le paysage français n’a plus besoin de l’UMP », écrivait le chroniqueur Thomas Legrand sur Slate.fr.

Depuis deux semaines, cette saga politique a pratiquement éclipsé les ratés du gouvernement socialiste sur le mariage gay et la controversée proposition de nationalisation des aciéries de Florange. Du coup, on a vu le leader d’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon sortir de l’ombre et poser en seule véritable opposition à François Hollande. Mais, chez les socialistes, on se désole aussi de l’image que ces guerres intestines donnent de la classe politique déjà dépréciée dans la population.

Que les militants revotent ou pas, l’image de l’UMP en sortira durablement écorchée.