Avec 50,03 % des voix - Copé prend la tête de l’UMP dans la controverse

Jean-François Copé aura fort à faire pour rassembler la droite.
Photo: Agence France-Presse (photo) Nicolas Tucat Jean-François Copé aura fort à faire pour rassembler la droite.

Plus de 24 heures après la fermeture des 650 bureaux de vote, et à l’issue de longues heures de délibérations, la commission interne à l’UMP chargée de l’organisation du scrutin (Cocoe) a finalement désigné M. Copé président de l’UMP, par 98 voix d’avance sur M. Fillon.

Après que les deux camps se sont proclamés vainqueur dimanche soir, la Cocoe, chargée de valider les résultats de ce premier grand exercice de démocratie interne de l’UMP, dix ans après sa création, a travaillé toute la journée de lundi, au premier étage du siège du parti à Paris, à vérifier chaque procès-verbal, département par département. C’est finalement à l’issue d’une ultime réunion de délibération, que, vers 22h40 (heure de Paris), le président de la Cocoe, Patrice Gélard, a pris la parole pour proclamer les résultats officiels. M. Copé a recueilli 87 388 voix contre 87 290 voix à M. Fillon (49,97 %). Sitôt l’annonce faite au siège de l’UMP, les partisans de Jean-François Copé ont scandé « Copé président » et « On a gagné ».


Plus tôt dans la journée, alors que Patrice Gélard, déclarait que « pour l’instant il n’y [avait] pas de vainqueur » en raison « de chiffres trop serrés », Jean-François Copé et François Fillon, avaient réitéré lundi leurs déclarations de la veille, chacun revendiquant une avance sur l’autre. Malgré tout, Alain Juppé a indiqué « qu’ils étaient prêts l’un et l’autre à accepter la décision de la commission de contrôle des opérations électorales».

 

Deux vainqueurs


Jean-François Copé se comportait déjà en vainqueur, lundi matin, déclarant au micro de RMC, qu’il attendait « sereinement que la commission de validation des opérations électorale confirme [sa victoire] ». De son côté, François Fillon n’a donné aucune interview, mais s’est contenté de publier un communiqué de quelques lignes dans lequel il déclare attendre « avec sang-froid » le verdict de la Cocoe, tout en réaffirmant son « avance ».


Après la soirée agitée de dimanche, les réactions ont repris de plus belle lundi matin, les différents lieutenants de l’UMP se défiant par radios et chaînes de télévision interposées. Les attaques n’ont toutefois pas égalé la tension du face-à-face de Valérie Pécresse et Franck Riester sur BFMTV dimanche soir. Dans les rangs de Jean-François Copé, Nadine Morano et Rachida Dati se veulent positives quant à la tenue du scrutin, pourtant entachée d’accusations de fraudes et de mauvaise organisation. Si la première a voulu souligner « la bonne humeur », la deuxième a salué « un grand moment de démocratie ».


Chez les fillonistes, les réactions se veulent plus inquiètes. Pour le bras droit de Fillon, Eric Ciotti, « l’UMP est en difficulté », tandis que Jean Leonetti s’est dit « très inquiet » et a appelé à « recommencer l’élection ».


Le FN se réjouit du chaos


Semblant confirmer les propos du filloniste Benoist Apparu, qui a déclaré sur BFMTV que le Front national allait tirer profit de la confusion de l’UMP, différents représentants du parti d’extrême droite ont manifesté leur contentement, lundi matin. Pour eux, la bataille Copé-Fillon confirme « l’explosion » de l’UMP et préfigure de nombreux départs de militants UMP vers le FN.


Alors que les observateurs voient dans l’imbroglio actuel qui se joue à l’UMP la réplique, quatre ans plus tard, de la cohue qu’a suscitée l’élection du patron du Parti socialiste en 2008, les socialistes ont fait peu de remarque dimanche et lundi. Le porte-parole du PS, David Assouline, a déclaré dimanche soir qu’il ne pouvait pas se réjouir de la situation à l’UMP. « La France a besoin bien sûr d’une majorité, d’un gouvernement qui agit, mais aussi d’une opposition qui fasse des propositions, qui soit constructive, parce que nous sommes dans un moment où des orientations peuvent être débattues encore », a-t-il estimé. « Ça ne peut pas être une bonne nouvelle que de voir que la droite est à ce point en situation de se marginaliser sur le plan de sa crédibilité », a-t-il aussi dit.


De son côté, Harlem Désir a déploré lundi que l’UMP soit « totalement tournée vers elle-même et vers sa guerre des chefs ». « Aujourd’hui, la situation de l’UMP est marquée par la confusion, la contestation et la division », a-t-il ajouté.


Rappelant encore les élections socialistes de 2008, la polémique gonfle particulièrement autour de la question de la fraude électorale, dont le camp de Copé accuse les amis de Fillon. Lundi matin sur RMC, M. Copé a ouvertement accusé le camp adverse d’avoir bourré certaines urnes : « Il y a eu, constats d’huissiers à l’appui, un nombre important de votes, notamment dans les Alpes-Maritimes. Cela concerne trois ou quatre bureaux. Il y a plus de bulletins de vote dans l’urne que d’émargements d’électeurs, ça s’appelle du bourrage d’urnes. »


C’est une instance jusque-là peu connue du public, la commission d’organisation et de contrôle des opérations électorales interne au parti (Cocoe), qui doit maintenant déterminer quel est le vainqueur, les deux candidats s’étant engagés à respecter la décision de ses neuf membres. La Cocoe siège actuellement pour recompter les bulletins.