Coup de semonce en Belgique

Bart De Wever s’est rendu dimanche soir à pied à l’hôtel de ville d’Anvers.
Photo: Agence France-Presse (photo) Dirk Waem Bart De Wever s’est rendu dimanche soir à pied à l’hôtel de ville d’Anvers.

Bart De Wever, le patron de la N-VA (Nouvelle alliance flamande), a fait de son élection, dimanche, à la mairie d’Anvers, un symbole de l’irrésistible élan du peuple flamand vers son indépendance. Il a marché d’un pas martial sur l’hôtel de ville pour en prendre possession. Après avoir été acclamé, poing levé, par ses électeurs, il a lancé : « Nous sommes à un tournant de l’Histoire. […] Je lance un appel à Elio Di Rupo [le premier ministre socialiste francophone] et aux francophones pour la construction du confédéralisme : votre gouvernement taxatoire n’est pas soutenu par la Flandre. Donnons aux Flamands le système de gouvernement auquel ils ont droit ».

« De Wever veut donner le sentiment que l’histoire s’accélère, qu’il y a un peuple en marche. Il a su donner une dimension charismatique et collective à son succès électoral », analyse le politologue Vincent De Coorebyter. Car ce succès est incontestable : la vague N-VA, premier parti de Flandre, a submergé une bonne partie du nord du Royaume lors de ces élections communales (et provinciales), donnant à ce parti indépendantiste fondé en 2002 une assise locale indispensable après ses succès aux régionales et au fédéral : « Nous ne sommes plus un géant aux pieds d’argile », s’est d’ailleurs réjoui De Wever. Jusque-là, la N-VA ne pouvait compter que sur 48 conseillers communaux, désormais il en compte un bon quart réparti dans les 298 communes (sur 308) dans lesquelles elle se présentait. La N-VA l’emporte notamment dans 4 des grandes villes flamandes sur 12 (outre Anvers, Alost, Saint-Nicolas et Roulers).

 

Nuances


Mais « les chiffres sont plus nuancés », tempère Vincent De Coorebyter, ces élections étant fortement marquées par des enjeux locaux. Ainsi, le score moyen de la N-VA s’établit à 28,5 % (au niveau des cinq provinces flamandes), soit à peu près à son niveau de 2010, loin des 35 à 40 % que lui prédisaient les sondages. Les partis classiques (les chrétiens-démocrates du CD V, les libéraux de l’Open-VLD et les socialistes du SPA) restent stables voire augmentent légèrement leur score de 2006, date des dernières communales. En réalité, la principale victime du succès local de la N-VA est l’extrême droite raciste du Vlaams Belang qui voit son score divisé par 2 ou 3 selon les endroits.


Reste que personne ne nie, en Belgique, que la victoire de De Wever à Anvers aura un effet d’entraînement, ce qui reste de la droite flamande pouvant être tenté de sucer la roue de la N-VA. « La dynamique politique séparatiste est incontestable », reconnaît Vincent De Coorebyter. De ce point de vue, la démission du vice-premier ministre libéral flamand du gouvernement fédéral, Vincent Van Quickenborne, qui s’est emparé de la maison communale de Courtrai en s’alliant avec la N-VA, est un avertissement. […]

 

Les francophones


Ce n’est donc pas un hasard si « en Flandres, on estime que les législatives de 2014 seront la mère de toutes les élections », dit Martin Buxant, journaliste au quotidien néerlandophone de centre gauche, De Morgen. Ce qui devrait pousser les francophones de Bruxelles et de Wallonie à s’organiser afin d’apporter une réponse aux demandes flamandes.


Or, hormis Olivier Maingain, le président des Fédéralistes démocrates francophones (FDF), dont c’est le fonds de commerce, rares sont les politiques du sud à admettre que les élections de dimanche sont un ultime avertissement. Depuis deux jours, les « éléments de langage » sont les mêmes dans tous les partis francophones : il s’agit d’élections locales et Anvers pourrait bien être le chant du cygne de Bart De Wever, celui-ci n’ayant jamais exercé de telles responsabilités. Philippe Moureaux, un hiérarque du PS qui, jusque-là niait les velléités indépendantistes de la Flandre, est l’un des rares à reconnaître que « la victoire de De Wever va avoir un impact énorme ». Il a appelé, hier, les francophones à « se préparer » et « à cesser de faire les autruches ». Un diagnostic partagé en privé par la quasi-totalité de la classe politique francophone. Mais aucun « plan B » n’est en préparation. Tout se passe comme si Bruxelles et la Wallonie craignaient de donner corps à leur cauchemar, la scission du pays. La Flandre n’a pas ces pudeurs.

1 commentaire
  • Renaud Blais - Inscrit 16 octobre 2012 09 h 40

    Bart De Wever indépendantiste ou sectaire

    À mon avis, ce chef politique marche sur un très fin fil entre le sectarisme et un projet d'indépendance.
    Renaud Blais
    Québec