Le procès de l’ex-majordome du pape s’ouvre aujourd’hui

Cité du Vatican — L’ancien majordome personnel du pape Benoît XVI, Paolo Gabriele, comparaît à partir de samedi devant un tribunal du Vatican pour le vol de documents confidentiels dans les quartiers privés du souverain pontife, la retentissante affaire du « VatiLeaks ».

Paolo Gabriele, un laïc de 46 ans père de trois enfants, est jugé pour vol aggravé, un chef d’accusation passible de six ans d’emprisonnement s’il est reconnu coupable par le tribunal de trois magistrats lors de ce procès public. Mais le porte-parole du Vatican, Mgr Federico Lombardi, a expliqué qu’une grâce papale était probable.


Le majordome servait le pape depuis 2006. Il l’accompagnait dans ses déplacements du lever au coucher, servait ses repas et l’aidait à se vêtir. Paolo Gabriele a été arrêté le 23 mai à son domicile au Vatican, en possession selon les enquêteurs d’une « montagne de documents » confidentiels.


Il est soupçonné d’avoir dérobé puis photocopié pour des journalistes ces différents écrits exposant au grand jour des luttes de pouvoir sans merci, mais aussi des faits de corruption présumés au plus haut niveau du Saint-Siège. Les fuites, depuis plusieurs mois, alimentaient la presse italienne.


Mais l’affaire, surnommée « VatiLeaks », a pris de l’ampleur avec la parution en mai de Sa Sainteté , un livre du journaliste Gianluigi Nuzzi. L’ouvrage contient nombre des document volés, dont une série de lettres et mémos confidentiels destinés au pape lui-même ou écrits de sa main et celle de son secrétaire particulier, Georg Gdnswein.


D’après le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, le juge d’instruction, Piero Antonio Bonnet, n’a pas fait figurer dans l’ordonnance de renvoi la question des faits présumés de corruption. L’enquête n’est pas terminée, selon Mgr Lombardi et d’autres développements ne sont pas exclus.


Trois jours avant l’arrestation, Georg Gdnswein a réuni la « famille papale », ceux ayant directement accès à ses quartiers privés : les deux secrétaires du pape, quatre membres du personnel de maison, un collaborateur de longue date et Paolo Gabriele. Il leur a demandé si, parmi eux, quelqu’un avait fait fuir des documents. Paolo Gabriele l’a alors fermement démenti, selon l’accusation.

 

«Le mal et la corruption»


Le majordome a été assigné à résidence à son domicile le 21 juillet après avoir été détenu depuis son arrestation dans une cellule de la gendarmerie du Vatican. Il a reconnu durant l’instruction avoir fourni les documents à Gianluigi Nuzzi. D’après le procureur Nicola Picardi, Paolo Gabriele a expliqué lors d’un interrogatoire, début juin, vouloir dénoncer « le mal et la corruption » au sein de l’Église. Mû selon ses dires par l’Esprit Saint, il se disait « certain qu’un choc, même médiatique, serait salutaire pour ramener l’église sur le droit chemin ».


Le majordome, selon l’ordonnance de renvoi, a agi « au nom de son idéal personnel de justice ». Sa personnalité et son état de « malaise psychologique grave », nourri de « tensions, colère et frustrations », pouvaient l’avoir rendu facilement manipulable « par d’autres qu’il considérait comme des amis et alliés ».


Un employé de la secrétairerie d’État du Vatican, le gouvernement du Saint-Siège, comparaîtra également devant le tribunal. Informaticien, Claudio Sciarpelletti répondra de complicité. Il est soupçonné d’avoir fourni de l’aide à Paolo Gabriele mais n’a vraisemblablement pas joué un rtle majeur, selon l’instruction.


Paolo Gabriele est représenté par une nouvelle avocate, Cristiana Arru, après un désaccord sur la stratégie de défense avec son prédécesseur Carlo Frusco, un ami d’enfance. Le procès, selon le Vatican, sera ouvert au public, même si l’accès est limité - pas plus de huit journalistes par audience, tandis que caméras et magnétophones sont interdits. On ignore combien de temps durera le procès et quels seront les témoins cités à comparaître.