François Hollande - Deux ans pour redresser la France

Élu il y a à peine trois mois, le président affronte déjà 59 % d’insatisfaction selon un sondage CSA publié dimanche par le quotidien Le Parisien.
Photo: Agence France-Presse (photo) Miguel Medina Élu il y a à peine trois mois, le président affronte déjà 59 % d’insatisfaction selon un sondage CSA publié dimanche par le quotidien Le Parisien.

« La situation de nos finances est grave, a déclaré le président. […] Nous sommes confrontés à un impératif de rééquilibrage de nos comptes. Je confirme l’engagement pris par la France de ramener le déficit public à 3 % en 2013. » François Hollande dit ne pas sous-estimer l’ampleur de la tâche. « Ce sera l’effort budgétaire le plus important consenti depuis trente ans », a-t-il indiqué tout en reconnaissant que les prévisions de croissance de l’an prochain devront être ramenées à 0,8 % au lieu de 1,2 % prévu par l’ancien gouvernement. En 2012, la croissance sera « à peine supérieure à zéro », reconnaît-il. « Vous me dites : « il faut accélérer ». J’accélère ! », dit le président, tout en précisant qu’il ne va « pas faire en quatre mois ce que [ses] prédécesseurs n’ont pas fait en dix ans ».


Malgré les rumeurs contraires, François Hollande a affirmé qu’il trouvera les 30 milliards d’euros qui doivent permettre de ramener dès l’an prochain le déficit à 3 %. Une promesse qui, si elle n’était pas tenue, ferait éclater le Pacte européen de stabilité. Ce montant sera réparti également entre les économies budgétaires, les hausses d’impôts sur les ménages les plus riches et les prélèvements sur les grandes entreprises.


Le président s’est engagé à ne pas dépenser « un euro de plus en 2013 qu’en 2012 ». Les emplois promis dans l’éducation, la sécurité et la justice seront donc compensés ailleurs. François Hollande dit vouloir aussi préserver les PME en s’attaquant plutôt aux exemptions fiscales dont jouissent les grandes entreprises. Une négociation s’engagera de plus entre patrons et syndicats sur la flexibilité du travail. Si une entente n’intervient pas d’ici la fin de l’année, le gouvernement devra légiférer.

 

Arnault exilé fiscal ?


À quelques jours de l’annonce de ces hausses d’impôt sur les plus riches, les grands médias français font leurs gros titres sur l’exil présumé du milliardaire Bernard Arnault. Le patron de LVMH, spécialisé dans les produits de luxe (Vuitton, Moët Hennessy, Givenchy, etc.) et quatrième fortune du monde, a récemment demandé la citoyenneté belge. Il est soupçonné de vouloir échapper ainsi à la taxation à 75 % des revenus dépassant un million d’euros annoncée par François Hollande en campagne électorale. Le milliardaire assure qu’il ne s’agit pas d’un exil fiscal, mais les doutes subsistent. « Je suis et je resterai fiscalement domicilié en France et, à ce titre, je remplirai, comme tous les Français, l’ensemble de mes obligations fiscales », a-t-il déclaré à l’Agence France-Presse.


François Hollande s’est félicité de cette déclaration tout en précisant que Bernard Arnault « aurait dû bien mesurer ce que signifie demander » la nationalité belge. Le président en appelle au « patriotisme » du milieu des affaires tout en précisant qu’« être français, c’est parfois recevoir », mais c’est aussi « donner ». Hollande rappelle qu’en 2010 seuls les revenus des plus élevés ont augmenté. « Il s’agit de donner l’exemple. Ceux qui ont le plus doivent montrer […] qu’ils sont eux aussi patriotes. » Cette taxe exceptionnelle et largement symbolique, reconnaît le président, ne devrait pas durer plus de deux ans. Elle devrait toucher entre 2000 et 3000 personnes, y compris les sportifs et les artistes pour qui il n’y aura pas d’exception, a précisé François Hollande.


Élu il y a à peine trois mois, le président affronte déjà 59 % d’insatisfaction selon un sondage CSA publié dimanche par le quotidien Le Parisien. Pour justifier son action, il dit refuser de succomber à la frénésie de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy. « Je ne veux pas être comme le bouchon au fil de l’eau », a-t-il déclaré au quotidien Le Monde. Même si « la chronologie des Français ne correspond pas à celle de l’action gouvernementale », le président affirme qu’il faut lui laisser du temps. « Un style, dit-il, cela s’imprime au fur et à mesure. »

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