PSA Peugeot Citroën: les syndicats appellent à la mobilisation en septembre

Paris – Plusieurs centaines de salariés des usines PSA Peugeot Citroën en France ont manifesté ce mercredi devant le siège du groupe à Paris à l'occasion du comité central d'entreprise convoqué pour détailler le plan prévoyant 8000 suppressions de postes. La direction justifie ce plan par les difficultés économiques de l'entreprise, notamment une perte nette de 819 millions d'euros pour le premier semestre 2012.

Dès l'ouverture de ce CCE, en matinée, les syndicats ont voté à l'unanimité le lancement d'une expertise indépendante avec pour effet de repousser à la fin septembre ou au début octobre l'avis du comité sur le plan et sa mise en oeuvre.

«Nous avons fait reculer provisoirement, très provisoirement, la machine à licencier», a lancé le délégué syndical CGT Jean-Pierre Mercier aux manifestants rassemblés avenue de la Grande Armée dans le XVIe arrondissement de Paris. Il a appelé les salariés de tous les sites «à se mobiliser en septembre».

Pour justifier son plan d'économies, qui entraînera notamment la fermeture de l'usine d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) avec 3000 suppressions de postes, et 1400 suppressions d'emplois à Rennes (un quart des effectifs du site), PSA a annoncé juste avant le CCE une perte nette de 819 millions d'euros au premier semestre 2012 et un chiffre d'affaires en baisse de 5,1 % pour le groupe, et de 10,5 % pour la seule division automobile.

Selon un communiqué de la direction, la dette nette au 30 juin dernier s'établissait à 2,4 milliards d'euros, contre 3,4 milliards d'euros au 31 décembre 2011. Et selon la direction du groupe, les mesures d'économies devraient permettre de dégager 1,5 milliard d'euros à l'horizon 2015.

Outre les sites d'Aulnay et de Rennes, les autres suppressions de postes concerneront les fonctions support [administration] du groupe. La direction compte amortir le choc social par les départs volontaires, des mesures de mobilité interne, et l'ouverture de 1500 postes à l'usine de Poissy pour les salariés d'Aulnay.

Plan d'aide pour les voitures «vertes»

Par ailleurs, un plan de soutien à la filière automobile en France présenté ce mercredi en conseil des ministres est marqué par un coup de pouce sur l'achat de voitures électriques et hybrides.

Ainsi, le boni maximal accordé aux véhicules électriques passera de 5000 euros à 7000 euros, et de 2000 euros à 4000 euros pour les véhicules hybrides, a précisé le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg. Les véhicules thermiques «faiblement polluants» verront leurs bonis augmenter de 100 ou 150 euros «selon les cas».

Ainsi, la voiture 100 % électrique fabriquée par Renault dans son usine de Flins sera «accessible au prix de 13 500 euros», a donné comme exemple M. Montebourg, lors d'une conférence de presse.

La hausse de ces primes est valable immédiatement et jusqu'à fin 2012, tandis que les malus – qui porteront sur les voitures rejetant le plus de CO2 – prendront effet dans quelques mois, a précisé M. Montebourg. L'ensemble du dispositif bonus-malus sera précisé en loi de finances pour 2013, a indiqué le ministre.

Sans tenir compte du malus, son coût total est évalué à «490 millions d'euros» en 2013, a-t-il précisé, mais il sera financé «en grande partie» par le malus.

L'État se veut «exemplaire», avec le choix de véhicules hybrides ou électriques pour 25 % des nouvelles acquisitions. «Tout nouveau véhicule à usage urbain sera électrique», précise Arnaud Montebourg. Cela représente un objectif de «11 000 véhicules hybrides ou électriques» par an, soit, au bout de quatre ans «entre 40 000 et 50 000 véhicules acquis», a-t-il indiqué.

Une expérimentation d'installation de bornes électriques sera lancée dans douze villes de France, avec un soutien financier de l'État à hauteur de 50 millions d'euros, a aussi détaillé le ministre.

Les aides gouvernementales aux véhicules hybrides et électriques «sont conditionnées au maintien de leurs prix par les constructeurs automobiles», précise le plan. La production des véhicules et de leurs composants devra également être localisée en France.

L'innovation est également encouragée par ce plan, avec la réorientation de 350 millions d'euros du programme d'investissements d'avenir vers l'innovation. «Le crédit d'impôt recherche sera pérennisé et rendu plus accessible aux PME», indique le ministre, ajoutant qu'un «institut de recherche technologique dédié à l'automobile sera lancé avant fin 2012».

Le président François Hollande a qualifié ce plan de «cohérent, global» et a salué son «inscription dans la durée» lors du conseil des ministres, selon Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement.

«La voiture verte et populaire que nous souhaitons, elle ne se fabrique pas de la même manière que la voiture d'aujourd'hui», a souligné de son côté le ministre du Travail, Michel Sapin, prônant «l'anticipation par le dialogue social». «Si on anticipe, on évite les catastrophes comme celles que l'on peut connaître aujourd'hui», a-t-il expliqué, faisant référence au plan de compressions annoncé par le groupe PSA Peugeot Citroën.

Les associations Greenpeace, le Réseau Action Climat France et Agir pour l'environnement ont quant à elles dit être «déçues» par le contenu de ce plan qu'elles jugent «insuffisant» en qui concerne l'efficacité énergétique des véhicules et estiment que l'appui aux véhicules électriques ou hybrides est «disproportionné».

Ce n'est «qu'une goutte d'eau face aux réels enjeux de la transition énergétique dans les transports», jugent-elles, ajoutant: «On ne peut pas prétendre relancer une filière en misant sur le tout électrique.»


1 commentaire
  • Vladislav Kivepe - Inscrit 27 juillet 2012 05 h 19

    « Pour sauver son crédit, il faut cacher sa perte. » (Jean de la Fontaine)


    Les justifications de toutes natures, vis-à-vis de Peugeot, ne sont que des explications de perdants et n'excusent pas les pertes de valeurs de patrimoine, les pertes d'emplois et les pertes financières qui sont le résultat de l’activité des décideurs et pas des salariés de base.

    Les faits sont têtus, mais ce sont les faits et s'il y en a qui comptaient sur l'exemple de Peugeot pour valider des baisses de salaires pour en transférer le montant aux actionnaires ce ne serait pas très pertinent.
    Pour preuve : Toyota produit des véhicules d’entrée de gamme en France et ses ventes prospèrent, Volkswagen, le voisin allemand pratique des niveaux de salaires supérieurs à la France pour construire des véhicules similaires à ceux produits par Peugeot et a de très bons résultats financiers

    Les causes du manque de succès de l’industrie française sont à chercher ailleurs que dans les montants des seuls salaires.
    L’obsession du fameux « cout du travail », boite noire de tous les phantasmes néo-libéraux en quête de légitimation de délocalisation pour cause idéologique, n’est qu’un alibi pour transformer progressivement les salariés en esclaves d’un nouveau capitalisme financier libéré des contraintes des législations et des règles qui régissent le travail.

    La compétitivité des entreprises ne réside pas seulement dans la pratique des bas salaires ,(voir Apple, Mercedes,...) mais nécessite de disposer d’une élite capable de définir une stratégie efficiente qui dégage de la valeur ajoutée pour générer de la richesse et pas seulement pour obtenir des subventions en vue d’améliorer l’ordinaire des actionnaires par un effet d’aubaine sans contrepartie pour la collectivité.