Cloches, canons et parfum de tsars pour Poutine au Kremlin

Vladimir Poutine hier, lors de son intronisation.
Photo: Agence Reuters Vladimir Rodionov Vladimir Poutine hier, lors de son intronisation.

Des gardes en uniforme de l’époque des tsars marchent au pas cadencé sous les ors du Kremlin, des coups de canon retentissent et des cloches sonnent, le patriarche orthodoxe donne sa bénédiction : Vladimir Poutine a repris hier ses habits de président russe.

Pas moins de six chaînes de télévision fédérales ont retransmis en direct la cérémonie d’investiture de M. Poutine pour un troisième mandat de président après ceux de 2000-2008 et un intermède de premier ministre.


Filmé par hélicoptère en train de quitter la Maison-Blanche - le siège du gouvernement russe à Moscou -, M. Poutine est monté à bord d’une limousine noire escortée par dix motards et a traversé les rues désertes du centre de la capitale bouclé par des milliers de policiers. Arrivé au Kremlin vêtu d’un costume sombre et d’une cravate de couleur bordeaux, il a gravi les marches d’un air grave. À midi pile, quand les 12 coups ont sonné à l’horloge de la tour du Sauveur, les portes en or de la fastueuse salle Saint-Georges se sont ouvertes et un « speaker » a annoncé d’une voix grave, lente et solennelle l’arrivée du nouveau maître du Kremlin. Une trentaine de salves de canon ont été tirées à l’extérieur et les cloches des églises du Kremlin ont sonné à toute volée.


Entré sur une musique du compositeur russe Piotr Tchaïkovski, Vladimir Poutine a fendu une foule de quelque 3000 invités sur un tapis rouge, sous les applaudissements de l’assistance au sein de laquelle se trouvaient le patriarche de l’Église orthodoxe russe Kirill, le grand rabbin Berl Lazar, l’ancien premier ministre italien, Silvio Berlusconi, l’ancien président soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, l’ex-chancelier allemand, Gerhard Schroeder, et le milliardaire russe Mikhaïl Prokhorov, arrivé troisième à la présidentielle de mars.


Après une brève allocution du président sortant Dimitri Medvedev, M. Poutine a posé sa main droite sur la Constitution et a juré de « respecter et de protéger les droits et les liberté des citoyens ». L’hymne russe a ensuite retenti.


En quittant la salle, le président Poutine a serré des mains qui se tendaient sur son passage, esquissant parfois un sourire avant de sortir dans la cour du Kremlin où invités et personnalités étaient alignés selon le protocole. M. Poutine a alors embrassé son épouse Lioudmila - avec laquelle ses apparitions en public sont très rares - et échangé quelques mots avec elle avant d’embrasser l’épouse de M. Medvedev, Svetlana, et la veuve de l’ex-président Boris Eltsine, Naïna.


La garde présidentielle du Kremlin a défilé à cheval et la cérémonie s’est conclue par un office religieux célébré par le patriarche Kirill en la cathédrale de l’Annonciation, dans l’enceinte du Kremlin.

 

Arrestations


La police de Moscou a annoncé les interpellations hier de 120 militants d’opposition qui tentaient de manifester contre l’investiture de Vladimir Poutine.


« La situation dans la ville est calme dans l’ensemble. Dans le centre, 120 personnes dont Boris Nemtsov ont été interpellés pour avoir essayé de manifester sans autorisation », a indiqué la police.


La police a dit que ces personnes seront « mises en garde contre le caractère inacceptable du trouble à l’ordre public, après quoi ils seront relâchés ».


Dimanche, les forces de l’ordre avaient déjà dispersé sans ménagement une foule de manifestants venus dénoncer le retour de M. Poutine à la présidence, estimant que son élection en mars avait été entachée d’importantes fraudes. Plus de 400 personnes avaient alors été interpellées, et des dizaines blessées, dont 29 policiers, dans ces heurts à Moscou.