Présidentielle française - Surenchère politique autour du 1er Mai

Nicolas Sarkozy s’en est pris avec virulence à ceux qui auraient « privatisé le Premier Mai » et « choisi de défiler sous le drapeau rouge » alors que, dit-il, « nous avons choisi de nous rassembler sous le drapeau tricolore ».
Photo: Agence Reuters Yves Herman Nicolas Sarkozy s’en est pris avec virulence à ceux qui auraient « privatisé le Premier Mai » et « choisi de défiler sous le drapeau rouge » alors que, dit-il, « nous avons choisi de nous rassembler sous le drapeau tricolore ».

Et dire que le 1er Mai était en perte de vitesse ! À cinq jours du second tour de l’élection présidentielle française, la fête des Travailleurs a pris une tournure plus politique que jamais. Au lieu de la paisible manifestation, devenue rituelle avec les années, une véritable ronde de défilés s’est emparée hier de la capitale française.

À la Bastille, la manifestation syndicale avait pris soudainement un coup de jeune. Les syndicats, qui ont réuni plusieurs milliers de personnes de plus que d’habitude, ne cachaient pas leur désir d’en finir avec la présidence de Nicolas Sarkozy. Place de l’Opéra, c’est un Front national requinqué par son score au premier tour qui célébrait la traditionnelle fête de Jeanne d’Arc. Le rassemblement le plus controversé fut sans aucun doute celui du président Nicolas Sarkozy au Trocadéro. Prenant les syndicats à rebrousse-poil et jouant son va-tout à trois jours de la fin de la campagne officielle, le président avait appelé à célébrer rien de moins que la « vraie » fête du Travail.

Marine vote blanc


Heureusement, le soleil était au rendez-vous.


La journée avait commencé dès 9 heures sur la place du Palais Royal où se réunissent habituellement les militants du Front national autour de la statue de Jeanne d’Arc. Depuis 2007, année de déroute électorale, le FN ne défilait plus dans les rues. Cette année, une foule compacte a marché jusqu’à l’Opéra. Forte de ses 18 % de voix au premier tour, Marine Le Pen a déclaré qu’elle voterait blanc dimanche prochain. Un choix sans surprise, mais qu’elle a longuement justifié en pourfendant principalement l’UMP, à qui elle ne pardonne pas de refuser toute alliance électorale en vue des élections législatives.


« Les débats aujourd’hui se structurent autour de nos propositions », s’est félicitée la candidate. Renvoyant dos à dos François Hollande et Nicolas Sarkozy, la présidente du FN estime que, dimanche, il ne s’agira plus que d’élire un « directeur des opérations de la BCE sous tutelle du FMI ». L’ex-candidate a ridiculisé la « conversion subite » de Nicolas Sarkozy à la lutte contre l’immigration, pour les frontières et contre la mondialisation.


« Il est navrant de voir un président sortant tentant de sauver sa réélection […] défendre des thèmes aujourd’hui en contradiction avec ses cinq dernières années », a-t-elle déclaré. Pour la première fois, hier, un ministre du gouvernement, Gérard Longuet, a dit voir dans Marine Le Pen « un interlocuteur ».


Le « vrai » travail ?


Trois heures plus tard, devant le Trocadéro, ils étaient plusieurs dizaines de milliers à tenter de faire mentir les sondages qui prédisent la défaite de Nicolas Sarkozy dimanche prochain. Défiant les syndicats, le président avait d’abord appelé à célébrer la fête du « vrai » travail. Devant le tollé suscité par cette formule, il s’est ravisé, optant plutôt pour la « vraie » fête du Travail.


À l’ombre de l’architecture stalinienne du Trocadéro, l’assemblée avait des allures de superproduction hollywoodienne. Mais le ton rappelait celui de la guerre froide.


Nicolas Sarkozy s’en est pris avec virulence à ceux qui auraient « privatisé le Premier Mai » et « choisi de défiler sous le drapeau rouge » alors que, dit-il, « nous avons choisi de nous rassembler sous le drapeau tricolore ». Accumulant comme d’habitude les références historiques (Jaurès, Blum, Ferry, de Gaulle, Lamartine, etc.), le président a prédit qu’avec les socialistes, la France connaîtrait la situation économique de l’Espagne.


« Vous avez abîmé le travail en prétendant le défendre », a-t-il déclaré en désignant les socialistes, qu’il accuse de « mentir aux travailleurs ». Le président a prêché pour « un nouveau modèle social français où le poids des normes et des règles sera allégé » et « où le capitalisme des entrepreneurs aura remplacé le capitalisme financier ». Sur un ton martial, il a lancé aux syndicalistes : « Posez le drapeau rouge et servez la France ! »


Des syndicats « pris en otages »


Place Denfert-Rochereau, dans l’est de la capitale, on avait plutôt l’esprit à la fête. Le défilé syndical qui s’ébrouait vers la place de la Bastille avait le plus souvent des allures de kermesse. Les autocollants « Casse-toi pauv’con » étaient nombreux. En tendant l’oreille, on pouvait même entendre… du Plume Latraverse !


Le président de la très modérée CFDT, François Chérèque, a déploré « une prise en otage » du 1er Mai. « Ceux qui attaquent les syndicats, comme Nicolas Sarkozy, se trompent ; ce sont des millions de personnes qui votent pour nous. Pour eux, c’est une humiliation », a-t-il déclaré. « Nous avons appelé à battre le président sur la base de son bilan », a ajouté son collègue de la CGT, Bernard Thibault, seul chef d’une grande centrale nationale à appeler à voter François Hollande.


Derrière les cortèges syndicaux défilaient de nombreux responsables politiques, dont Ségolène Royal et Martine Aubry, pour une fois côte à côte.


Loin de toute cette agitation, François Hollande était allé se recueillir dans la petite ville de Nevers sur la tombe de Pierre Bérégovoy. L’ancien premier ministre de François Mitterrand s’était suicidé un 1er mai.


« Le Premier Mai ne doit pas être une bataille contre le syndicalisme », a déclaré le candidat socialiste. « Le pays est fatigué de ce qui lui a été fait depuis cinq ans, a-t-il poursuivi. Le pays a été brutalisé par des phrases, par des mots, par des politiques. Le pays a été fragmenté entre autant de catégories qu’il en existait. » Selon François Hollande, « ce pays demande réconciliation, apaisement, respect, considération, honneur ».


Dès ce soir, François Hollande et Nicolas Sarkozy s’affronteront dans un débat télévisé de plus de deux heures. La campagne officielle se termine vendredi.

5 commentaires
  • camelot - Inscrit 2 mai 2012 00 h 44

    Le nain de jardin

    Monsieur index en l'air, style cuistre, rabroue ses élèves. Quand on en est à croire qu'il y a une vraie fête du travail et conséquemment une fausse, il y a péril en la demeure. C'est une honte de l'entendre citer De Gaule.

  • Gamil Sadek - Inscrit 2 mai 2012 06 h 44

    Sarko battu!

    Pourquoi les Français devraient-ils le croire? Il a déjà promis plus que ses nouvelles promesses, et qu'en est-il?

  • Kris13104 - Inscrit 2 mai 2012 11 h 39

    manipulation...

    M. Sarkozy et son «vrai travail» a voulu organiser un véritable rassemblement électoral en «ratissant large», jusqu'au clubs de 3eme âges! Son parti annonce la participation de 200 000 personnes et les services de police, n'auraient pas eu, comme par hasard la possibilité de faire un comptage, mais de sources de la préfecture de Police de Paris, la place a une capacité maximum de 30 000 personnes! Cherchez l'erreur!
    Pour les syndicats, ces derniers annoncent 220 000 personnes pour leur seul défilé de Paris (des défilés syndicaux sont organisés dans toutes les grandes villes de France) . Cette fois la préfecture de Police, comme par hasard, annonce un comptage de 48 000 personnes. En géneral. dans les défilés, la réalité se situe dans la moyenne entre les deux estimations , ce qui fait beaucoup de monde et, de toutes façons, constitue un bel échec pour le président sortant.
    Une fois encore la démarghe de ce dernier apparait comme une tentative de manipulation de l'information et de division des français.
    Quant au défilé du Front National, il a rassemblé davantage de monde que d'habitude, mais reste dans une échelle beaucoup plus modeste.

  • jean corneille - Inscrit 2 mai 2012 13 h 04

    Sarko


    Si j,étais Francais j,hésiterais à lui faire confiance dabord son bilan n.est pas très reluisant mais surtout son langage qui divise
    les uns des autres!
    Quand il dit nos amis les Allemands ! à chaque occasion je sursaute ! je m,y habiturai jamais!,

  • Olivier Sourd - Inscrit 2 mai 2012 15 h 41

    Nevers

    Nevers, ce n'est pas une "petite" ville. C'est une ville MOYENNE de 37 000 habitants, au coeur d'une agglomération de 70 000 h. et d'une aire urbaine de 100 000 h. (cf. Wikipedia)