Strauss-Kahn veut faire annuler sa mise en examen

Paris — Désormais passible de 20 ans de réclusion criminelle après un éventuel procès en cour d'assises, Dominique Strauss-Kahn veut faire annuler sa mise en examen pour proxénétisme, dont ses avocats contestent vivement la validité juridique.

L'ancien patron du Fonds monétaire international (FMI), placé lundi à Lille sous contrôle judiciaire par trois juges avec interdiction de parler à la presse et obligation de verser une caution de 100 000 euros, a cependant techniquement peu de chances d'obtenir dans l'immédiat l'abandon de ces poursuites. Les trois juges d'instruction de Lille ont utilisé la définition la plus large du proxénétisme proposée par le code pénal, «le fait, de quelque manière que ce soit, d'aider, d'assister ou de protéger la prostitution d'autrui».

Ses avocats jugent cette accusation «outrageante» et vont donc demander son annulation à la chambre de l'instruction.

«Nous sommes convaincus qu'une grande injustice a été commise», a dit Me Henri Leclerc lors d'une conférence de presse. «Tout le monde peut dire ce qu'il veut sur le plan de la morale, mais on extrapole la loi.»

Il parle «d'infractions inexistantes» et juge par ailleurs «vexatoire, inutile et contraire aux libertés» l'interdiction de parler à la presse et en demandera donc aussi l'annulation.

Henri Leclerc, Frédérique Beaulieu et Richard Malka estiment qu'une interprétation extensive de la notion de proxénétisme a été faite pour pénaliser ce qui ne serait, à leurs yeux, qu'un recours à des prostituées, ce qui est légal en France.

«Ce qu'on l'on réprime, c'est une forme de délit de luxure, ce qu'on lui reproche, c'est son comportement libertin», a dit Me Leclerc. «Ce dossier s'il était soumis à un débat contradictoire, s'effondre immédiatement, parce qu'il n'y a rien dedans, et que les infractions reprochées à Dominique Strauss-Kahn sont inexistantes.»

Une première

L'ancien favori socialiste des sondages pour la présidentielle est mis en cause pour des rencontres avec des prostituées organisées ces dernières années par deux amis entrepreneurs et un policier, notamment à Paris et Washington.

Henri Leclerc parle de «deux ou trois rencontres» libertines par an pendant cinq ans.

Lors de son audition, il a nié avoir su que ces femmes étaient des prostituées et parlé de simple libertinage sexuel.

Les juges, qui poursuivent au total une dizaine de personnes dans ce dossier, se basent sur les échanges de textos avec ses amis à propos des femmes et des rendez-vous pour retenir le proxénétisme «aggravé en bande organisée».