La course à l'Élysée - L'affaire Merah a un impact limité sur la présidentielle française

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Photo: Agence Reuters Éric Feferberg Nicolas Sarkozy a profité de son passage à Guérande hier pour faire du magasinage.

Paris — Alors qu'on apprenait hier que la chaîne d'information Al-Jazira ne diffuserait pas la vidéo tournée par Mohamed Merah des assassinats qu'il a commis à Toulouse, il devenait évident que les événements qui ont secoué la France la semaine dernière n'ont eu pour l'instant qu'un impact limité sur la campagne présidentielle.

Malgré tous ceux qui avaient prédit qu'il y aurait un avant et un après-Toulouse, deux sondages confirmaient hier que les électeurs ne semblaient influencés ni par les attentats commis par ce djihadiste islamiste ni par la réaction particulièrement ferme du président Nicolas Sarkozy. Un sondage IPSOS accordait une avance de 0,5 % à François Hollande (28 %) devant Nicolas Sarkozy (27,5 %), alors qu'un autre de l'IFOP le mettait (avec 27 %) un point et demi derrière le président sortant (28,5 %). Avec moins de 2 % d'écart, la différence reste inférieure à la marge d'erreur des sondages. On peut donc parler d'égalité virtuelle au premier tour alors qu'au second, François Hollande conserve un avantage décisif d'entre 8 et 10 %. Un autre sondage BVA explique peut-être pourquoi les événements de Toulouse semblent avoir si peu d'effet. La sécurité n'arrive qu'au neuvième rang des préoccupations des Français, très loin derrière l'emploi et le pouvoir d'achat sur lesquels les socialistes sont jugés plus crédibles. En matière de sécurité, Sarkozy et Hollande affichent d'ailleurs le même niveau de crédibilité.

Cela n'a pas empêché le drame qui déchire la France de continuer d'occuper l'avant-scène de l'actualité alors qu'on apprenait que ne serait pas diffusé le montage des scènes d'horreur filmées par le tueur qui est parvenu lundi à la chaîne Al-Jazira.

Un troisième homme ?


On continue par ailleurs à s'interroger sur la personne qui a pu poster au siège d'Al-Jazira à Paris la clef USB contenant la vidéo accompagnée d'une lettre manuscrite. L'envoi aurait été fait le mercredi 21 mars alors que Mohamed Merah et son frère Abdelkader étaient déjà surveillés par les policiers. Selon une source judiciaire citée par l'AFP, le colis aurait été mis à la poste dans une localité située à une vingtaine de kilomètres de Toulouse. Voilà qui alimente les soupçons d'un «troisième homme» qui, avec son frère mis en examen (mais qui nie toute complicité dans les attentats), aurait aidé le tueur.

Les spéculations vont aussi bon train sur la personnalité du tueur. Dans une interview à la Dépêche du Midi, l'ancien directeur de la défunte Direction de la sécurité du territoire (DST), Yves Bonnet, s'est ouvertement demandé si Merah n'avait pas été un indicateur de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), l'agence qui a succédé à la DST. «Le garçon avait manifestement des relations avec la DCRI, dit-il. [...] C'est-à-dire qu'il avait un correspondant au Renseignement intérieur. Alors, appelez ça "correspondant", appelez ça "officier traitant"..., je ne sais pas jusqu'où allaient ces relations, voire cette "collaboration" avec le service, mais on peut effectivement s'interroger sur ce point.»

Cette thèse a été développée lundi par le journal italien Il Foglio, selon qui les services de renseignement français auraient «obtenu en tant qu'informateur son entrée [de Mohamed Merah] en Israël en septembre 2010 par un poste de contrôle à la frontière jordanienne». Cette entrée aurait servi à prouver à ses «responsables djihadistes sa capacité à franchir les frontières grâce à son passeport européen».

Le chef de la DCRI, Bernard Squarcini, a nié ces allégations. Selon lui, Merah n'était «ni un indic de la DCRI, ni d'autres services français ou étrangers». Après ses voyages en Afghanistan et une enquête, un agent de la DCRI l'avait rencontré en novembre 2011. C'est d'ailleurs ce même agent qui a été appelé sur les lieux pour parlementer avec le tueur lors du siège de son appartement la semaine dernière.

Après avoir annoncé qu'il rendrait passible de prison la consultation de sites violents faisant la promotion du terrorisme, le Nicolas Sarkozy a déclaré hier vouloir «faire accélérer les procédures d'expulsion [des étrangers] pour motif d'ordre public», ce qui concernerait notamment les «extrémistes». Il annonce aussi que «tous ceux qui ont tenu des propos infamants contre la France ou contre les valeurs de la République ne seront pas autorisés à entrer dans notre pays».

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Correspondant du Devoir à Paris
2 commentaires
  • Gravelon - Inscrit 28 mars 2012 10 h 02

    oui, mais

    Cette affaire à mon avis est une bénédiction pour Sarco, et l'impact se fera sentir probablement au 2ème tour, surtout si on continue à agiter l'épouventail d'un réseau obscure. Jouer sur la peur, c'est ce que Bush a déjà fait. Ce sarco a tout se même une sacré chance. Il a reçu une aide inespéré de Nafissatou Dialou en écartant le danger que constituait StraussKhan, il vient de recevoir le secour (une vraie bénédiction) d'un terroriste alors qu'il se trouvait en difficulté dans les sondages. Sarco devrait jouer à la loterie, il gagnerait certainement.

    • Yannis - Abonné 28 mars 2012 16 h 31

      A condition que ce soit vraiment du hasard...