Déclaration controversée du ministre français de l'Intérieur - Guéant sous les foudres de l'opposition

Le ministre français de l’Intérieur, Claude Guéant, célébrant  l’année du Dragon, le 29 janvier dans un restaurant parisien.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Alexander Klein Le ministre français de l’Intérieur, Claude Guéant, célébrant  l’année du Dragon, le 29 janvier dans un restaurant parisien.

Paris — Le ministre français de l'Intérieur, Claude Guéant, réputé pour ses positions dures sur l'immigration, s'est attiré hier les foudres de l'opposition qui l'accuse de flirter avec l'extrême droite quand il affirme que «toutes les civilisations ne se valent pas».

Samedi soir, Guéant avait déclenché une polémique pour avoir déclaré, devant une association d'étudiants de droite: «Contrairement à ce que dit l'idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas.»

«Celles qui défendent l'humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient», avait-il argumenté, ajoutant: «Celles qui défendent la liberté, l'égalité et la fraternité, nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique.»

«Je ne regrette pas [ma déclaration]», a-t-il persisté hier, tout en accusant la gauche d'avoir sorti ses «phrases de leur contexte».

Dès samedi, le Parti socialiste avait vu dans ces propos «la provocation pitoyable d'un ministre réduit à rabatteur de voix du Front national [extrême droite]», alors que le président sortant Nicolas Sarkozy est donné largement battu par le candidat du PS François Hollande, à moins de trois mois de la présidentielle.

De son côté, l'association anti-raciste SOS Racisme avait dit «espérer un démenti urgent» des propos de Guéant.

Au contraire hier, plusieurs ténors de la majorité, de membres du gouvernement jusqu'au conseiller spécial du président Henri Guaino, ont défendu le ministre de l'Intérieur, au nom de la liberté d'expression ou en affichant une conviction partagée.

«Dire que le respect de la personne, dire que le refus de la violence, dire que le refus de la peine de mort par exemple hiérarchisent des comportements, des cultures, des civilisations me paraît d'une banalité totale», a notamment déclaré le ministre de la Défense, Gérard Longuet.

En réaction, l'ex-candidate socialiste à la présidentielle de 2007 Ségolène Royal a fustigé «des propos obscurantistes et dangereux, parce que derrière le choc des civilisations, il y a la guerre». Pour le député socialiste Jean-Christophe Cambadélis, «il s'agit au travers d'un glissement sémantique, apparemment anodin, de stigmatiser sous le vocable "civilisation", l'islam censé être inférieur... C'est le lointain écho du discours de Dakar» de 2007 où Nicolas Sarkozy avait affirmé que l'homme africain n'était «pas assez entré dans l'Histoire».

Ces derniers mois, Claude Guéant avait déjà suscité la controverse, déclarant notamment en avril que l'augmentation du nombre de fidèles musulmans posait «problème», ou en désignant Roms ou Comoriens comme principaux acteurs de la délinquance en France.