Danielle Mitterrand - Itinéraire d'une femme engagée

Danielle Mitterrand lors d’une réunion électorale en 1981.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jean-Claude Delmas Danielle Mitterrand lors d’une réunion électorale en 1981.

«Je continuerai mon action jusqu'à ma mort»: promesse, conviction, évidence d'un destin, Danielle Mitterrand ne se trompait pas, en cette année 1992. La femme de l'ancien président de la République, qui s'est éteinte, dans la nuit de lundi à mardi, à 87 ans, à l'hôpital Georges-Pompidou à Paris, venait alors de réchapper d'un attentat à la voiture piégée, en plein Kurdistan irakien. Sept personnes avaient été tuées et dix-sept autres blessées dans le convoi de la présidente de la fondation France-Libertés.

Tiers-mondiste, altermondialiste, Danielle Mitterrand s'est consacrée avec opiniâtreté aux causes qu'elle estimait justes. Une première alerte de santé, en septembre, ne l'avait pas empêchée de préparer le 25e anniversaire de sa fondation, le 21 octobre. «Il faut que j'écrive mon discours», répétait-elle, encore alitée.

Une photo nous la montre, le jour de la cérémonie. Les yeux de chat sont rieurs et sur l'éternel pull noir brille le bijou qu'elle ne quittait jamais: un pendentif en or où se mêlent les branches du chêne et de l'olivier, l'arbre imaginaire et symbolique de François Mitterrand. Cet homme brillant, séducteur, charismatique, qui fut son mari 51 ans durant... Une autre sorte de combat.

Danielle Mitterrand avait déjà été admise à l'hôpital Georges-Pompidou en septembre pour une insuffisance respiratoire. Ces derniers temps, elle était apparue «ralentie dans ses déplacements, mais opérationnelle dans ses combats», a confirmé un proche.

Le maquis à 17 ans

Veuve de François Mitterrand, elle a toujours refusé d'être une «potiche», plus à l'aise dans le rôle de militante en faveur des droits de la personne que de première dame. Soutien aux peuples kurde, tibétain, à Cuba, au sous-commandant Marcos (Mexique), partage équitable de l'eau ou dénonciation de l'esclavagisme: les causes qu'elle a ardemment défendues étaient nombreuses.

Née le 29 octobre 1924 à Verdun, Danielle Mitterrand est la fille d'un directeur d'école — révoqué en 1940 par Vichy pour ne pas avoir dénoncé les élèves juifs de son collège — et d'une institutrice. Elle rejoint le maquis à 17 ans comme infirmière bénévole et sera l'une des plus jeunes médaillées de la Résistance.

C'est à Cluny, dans la maison familiale où s'est réfugié son père, qu'elle rencontre le capitaine Morland, alias François Mitterrand, recherché par la Gestapo. Elle l'épouse le 27 octobre 1944.

L'ambition le dévore et le pousse, elle suivra. Le parti qu'elle a pris, c'est celui de son mari. Partout, toujours, et publiquement, jusqu'à excuser tout.

Lorsque son fils Gilbert naît, en 1949, trois ans après Jean-Christophe, elle n'a que 24 ans et son mari a déjà été député et ministre. Rien ne l'a rebutée, ni les campagnes harassantes, ni les mondanités, qu'elle déteste. Quant à ses incessantes conquêtes... Le jour où elle parle de divorce, il se récrie.

Danielle est sa femme, devant Dieu et devant les hommes, ils forment un couple, quoi qu'on dise. Mitterrand apprécie aussi beaucoup sa belle-famille. Et puis, divorcer alors que s'annonce une carrière brillante?

Un pacte


À l'aube des années 1960, il lui propose un pacte, selon lequel chacun pourra vivre sa vie de son côté, tout en préservant leur couple social, racontent Ariane Chemin et Géraldine Catalano dans Une famille au secret (Stock, 2005). Elle gardera pour elle ce qu'il lui coûte de l'accepter. Un jour, elle le prendra au mot, avec Jean, professeur d'éducation physique, que les visiteurs de la rue Guynemer, puis de la rue de Bièvre, prendront l'habitude de croiser.

Entraînée malgré elle dans le tourbillon de la politique, elle accompagne son mari lors des nombreuses campagnes qu'il mène entre la guerre et 1981. À l'Élysée, elle refuse de se laisser enfermer dans le protocole et parvient à utiliser la tribune que lui offre sa place d'épouse du chef de l'État pour se consacrer à la défense des droits de la personne. En 1986, elle crée la fondation France-Libertés qui a fêté en octobre son 25e anniversaire.

En 1992, elle échappe à un attentat (avec le ministre de la Santé et de l'action humanitaire, Bernard Kouchner) lors d'un voyage dans le Kurdistan irakien. Elle suscite la polémique en embrassant Fidel Castro sur les marches de l'Élysée lors de la visite du chef de l'État cubain en 1995.

Lauréate du prix Nord-Sud (1996), Danielle Mitterrand, qui s'est rendue à plusieurs forums sociaux mondiaux, s'était, ces dernières années, éloignée du Parti socialiste, jugeant en 2007 que «les dirigeants socialistes n'ont pas la fibre socialiste».

Mère de deux fils, Gilbert et Jean-Christophe, grand-mère et arrière-grand-mère, elle ne ménageait pas son temps pour honorer la mémoire de son époux, mort en 1996. Lors de ses obsèques, à Jarnac (Charente), on se souvient qu'elle a étreint avec tendresse Mazarine, la fille longtemps cachée de François Mitterrand. Cette amatrice de reliure a écrit plusieurs livres, dont son succès En toutes libertés (1996) et Le livre de ma mémoire (2007).

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Avec Libération

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