Le maire Klaus Wowereit réélu - Berlin, «pauvre, mais sexy»

Le maire sortant de Berlin, Klaus Wowereit
Photo: Agence Reuters Tobias Schwarz Le maire sortant de Berlin, Klaus Wowereit

Les sociaux-démocrates allemands ont conservé Berlin hier lors des élections dans la ville-État, mais la coalition de la chancelière Angela Merkel en est sortie encore un peu plus affaiblie. Le maire sortant, le social-démocrate Klaus Wowereit, aux affaires depuis dix ans, est assuré d'un troisième mandat. Son Parti social-démocrate (SPD, opposition fédérale) est arrivé en tête avec 28,7% des suffrages, selon les estimations des chaînes de télévision publiques.

Berlin — Assuré d'un troisième mandat à l'issue des élections régionales d'hier à Berlin, le maire Klaus Wowereit a réussi à faire d'une capitale fauchée une ville à la mode, «pauvre, mais sexy» selon son fameux slogan.

Élu en 2001, deux ans après le déménagement du gouvernement de Bonn à Berlin, il a été l'homme providentiel de la ville réunifiée qui peinait encore à trouver ses marques.

Lourdement endettée, dépourvue d'activité industrielle significative, la ville cherchait un responsable capable de transformer ses défauts en atouts. Elle l'a trouvé en Klaus Wowereit, un homme qui respire la confiance en soi et la bonhomie, comme ce jour de juin 2001, où il a rendu publique son homosexualité dans un discours en déclarant: «Je suis gai et c'est bien ainsi.»

La phrase a marqué les esprits, tout comme l'expression «pauvre, mais sexy» qu'il emploie pour qualifier sa ville dans un entretien à l'hebdomadaire Focus fin 2003. Coup de marketing génial, elle est devenue une sorte de devise officieuse de la capitale allemande.

Un nom

Son sens de la formule, son charme et sa décontraction lui ont permis de se faire un nom bien au-delà des limites de la métropole de 3,5 millions d'habitants, où sa cote d'amour n'a jamais faibli.

«Wowereit et cette ville, c'est une bonne combinaison», a-t-il expliqué le mois dernier à des journalistes étrangers qui l'interrogeaient sur les secrets de sa popularité.

Sous sa houlette, Berlin s'est fait une place parmi les villes les plus «in» du monde, ses loyers très bas et sa vie nocturne foisonnante attirant nombre d'artistes et de touristes.

Classé dans l'aile gauche du Parti social-démocrate SPD, Wowereit, 57 ans, a un temps fait figure de candidat potentiel au poste de chancelier, et donc de rival éventuel, dans la perspective des législatives de 2013, à la chancelière conservatrice (Union chrétienne-démocrate, CDU) Angela Merkel. Cette dernière s'est impliquée dans la campagne régionale de Berlin, venant soutenir le candidat de son parti. «Berlin n'est pas dirigée comme elle le mériterait», a-t-elle déclaré pendant un meeting, dénonçant le taux de chômage de 13 % dans la capitale — presque deux fois plus élevé qu'au niveau national —, les finances désastreuses de la ville et le grand nombre de bénéficiaires des minima sociaux.

Né en 1953 à Berlin-Ouest, élevé avec quatre frères et soeurs par sa mère, Wowereit avait commencé des études de droit avant de se consacrer à la politique. Avec son compagnon de longue date, Jörn Kubicki, un neurologue, il était un visage bien connu des folles soirées berlinoises. Ses détracteurs n'hésitaient d'ailleurs pas à le dépeindre comme un dilettante, plus enclin à trinquer au champagne qu'à gouverner.

Mais l'édile a fait de gros effort ces dernières années pour corriger cette image.

Le quotidien berlinois Tagesspiegel (centre-gauche) a reconnu les progrès économiques réalisés en 10 ans pour rendre la ville attractive aux touristes et aux «créatifs» en tout genre.

Mais Berlin fonctionne aussi grâce aux «subventions massives» de l'État fédéral, un modèle de développement intenable dans une ville déjà plombée par un endettement record de 62 milliards d'euros.

Berlin vit «entièrement aux dépens des autres États régionaux allemands et des générations futures», dénonce Tagesspiegel pour qui le salut de la capitale viendra d'une plus forte industrialisation.

Le magazine Der Spiegel a estimé, quant à lui, que Wowereit bénéficiait surtout d'une «aspiration à la stabilité» des Berlinois, dans une ville «où tant de choses changent d'une semaine à l'autre».

À Berlin, «tout tourbillonne, et une seule chose ne bouge pas: Klaus», a résumé l'hebdomadaire.

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