La violence s'étend hors de Londres

Les manifestations violentes ont contaminé au moins quatre nouveaux quartiers de Londres, hier, dont celui de Hackney dans l’est, où des centaines de jeunes ont vandalisé des boutiques et incendié des voitures.<br />
Photo: Agence Reuters Luke MacGregor Les manifestations violentes ont contaminé au moins quatre nouveaux quartiers de Londres, hier, dont celui de Hackney dans l’est, où des centaines de jeunes ont vandalisé des boutiques et incendié des voitures.

Londres — Les violences et les pillages qui ont d'abord frappé Londres, samedi soir, se sont répandus dans d'autres secteurs du Royaume-Uni, hier et ce matin, alors que les forces de l'ordre et les politiciens tentaient de mettre fin aux pires émeutes au pays depuis les affrontements raciaux qui avaient mis à feu la capitale dans les années 80.

À Londres, où seront présentés les Jeux olympiques d'été de 2012 dans moins d'un an, des groupes de jeunes ont incendié des immeubles, des véhicules et des poubelles, et se sont battus contre les policiers à coup de feux d'artifice et de bouteilles.

À Birmingham, la deuxième plus grande ville d'Angleterre, des dizaines de personnes ont vandalisé des boutiques dans le principal quartier commercial, propageant la violence à l'extérieur des murs de Londres pour la première fois depuis le début des émeutes, samedi soir.

Puis tard hier soir, les autorités policières britanniques ont fait savoir que des actes isolés de violence et de pillage étaient survenus à Liverpool, dans le nord du pays, et à Bristol, dans la partie occidentale de la Grande-Bretagne.

Alors que les autorités essayaient de ne pas se laisser dépasser par les événements, le bureau du premier ministre britannique, David Cameron, a annoncé que ce dernier écourterait ses vacances estivales afin de tenir aujourd'hui une réunion avec le comité de gestion de crise de son gouvernement et de prendre les rênes de l'intervention.

Les violences ont commencé tard samedi soir dans le quartier de Tottenham, au nord de Londres, lorsqu'une manifestation pacifique visant à dénoncer la mort de Mark Duggan, un homme de 29 ans tué jeudi par des policiers dans des circonstances nébuleuses, a viré à l'émeute.

Les troubles ont notamment affecté la banlieue d'Enfield, située à quelques kilomètres au nord de la capitale, ainsi que les quartiers de Walthamstow, où 30 jeunes ont pillé des magasins, et d'Oxford Circus, une zone touristique et animée, où une cinquantaine de personnes ont endommagé diverses propriétés.

Hier soir, les violences ont contaminé au moins quatre nouveaux quartiers de Londres, dont celui de Hackney dans l'est, où des centaines de jeunes ont vandalisé des boutiques et incendié des voitures.

Dans le quartier de Peckham, au sud, d'épais nuages de fumée flottaient au-dessus de la rue principale, où un immeuble et un autobus, qui ne contenait aucun passager, ont été incendiés. Plusieurs véhicules ont subi le même sort à Lewisham, alors qu'un bâtiment a été la proie des flammes à Croydon.

La ministre de l'Intérieur, Theresa May, et le maire de Londres, Boris Johnson, ont aussi mis hâtivement fin à leurs vacances afin de gérer la crise. Mme May a précisé que 215 personnes avaient été arrêtées et que des accusations avaient été portées contre 27 d'entre elles, dont un garçon de 11 ans accusé de vol.

Les forces de l'ordre ont indiqué qu'environ 100 suspects étaient âgés de 21 ans et moins et que 35 policiers avaient été blessés au cours des affrontements avec les émeutiers.

La police de Londres a publié un communiqué, hier, où elle s'excuse de la manière dont elle a géré le décès de Mark Duggan — notamment le fait de ne pas avoir avisé les parents de la victime, choisissant plutôt de s'adresser à deux autres membres de la famille — et reconnaît qu'il y a des leçons à tirer de cet événement.

Toutefois, le commissaire adjoint de la police, Steve Kavanagh, a affirmé que les troubles étaient passés d'un problème local à une activité criminelle organisée, et que les autorités mettraient tout en oeuvre pour retrouver les coupables.

Dans une entrevue avec Channel 4 News, Semone Wilson, la compagne du disparu, a soutenu que son fiancé ne faisait pas partie d'une organisation criminelle et exhorté les autorités à donner davantage de renseignements sur sa mort.

Mme Wilson a toutefois fait remarquer que les émeutes ne semblaient plus liées aux manifestations initiales.

«La situation a dérapé. Ça n'a plus rapport avec ça [la mort de Mark Duggan]. C'est complètement hors de contrôle.»

Selon la police, Mark Duggan a été tué lorsque des agents de l'opération Trident, l'unité qui enquête sur les crimes impliquant des armes à feu au sein de la communauté noire, ont arrêté un taxi dans lequel il prenait place.

Insécurité olympique?

Pour les politiciens et les organisateurs des Jeux olympiques, ces émeutes viennent souligner l'instabilité de Londres moins d'un an avant la tenue des Jeux d'été 2012 dans la capitale. Mais le Comité international olympique (CIO) a assuré hier qu'il faisait confiance aux autorités britanniques.

«La sécurité aux Jeux olympiques est l'une des plus grandes priorités du CIO», a déclaré le porte-parole de l'organisation, Mark Adams. «Elle est toutefois entièrement gérée par les autorités locales puisqu'elles sont les mieux placées pour savoir ce qu'il est approprié de faire. Nous sommes convaincus qu'elles feront un excellent travail dans ce domaine.»
11 commentaires
  • Pierre Cossette - Inscrit 9 août 2011 03 h 07

    Bourrasque ..

    avant la tempête, mais qu'est-ce-qui met donc le feu aux poudres de la sorte ? La volatilité des réactions semble imprévisible, l'escalade souvent proche. Vancouver les émeutes Stanley, Montréal Villanueva, banlieues parisiennes, le G20 tout semble prétexte à sortir dans la rue malgré toutes les nouvelles technologies qui scrutent les vies. Chaque casseur n'a pratiquement aucune chance de s'en sortir sans dossier criminel. L'élément déclencheur qui provoque ces débordements est exacerbé par les média qui passent en boucle et en direct les événements ce qui attise les choses. Le niveau vibratoire planétaire semble à son comble, on est jamais loin du dérapage. En pays riche on s'attaque aux biens, aux symboles du capitalisme souvent. En pays pauvre les victimes sont ethniques parfois et leurs dirigeants font moins dans la dentelle et les bilans sont élevés en pertes de vies. Toutes ces démonstrations découlent à peu de choses près d'abus, de pressions sociétales, d'oppression érigée en système et dont les victimes sont déjà en état de consumation virtuel. En 1997 au Maghreb avait eu lieu l'inauguration du centre commercial le plus riche de la planète, je ne me souviens plus dans quel pays. Cela avait provoqué un tel mouvement de colère que des manifestants l'avaient mis à feu et à sac peu après son ouverture. On attise le feu de toutes les façons inimaginables, en faisant preuve d'ostentation, on crée des besoins qu'on refuse de rendre disponibles au plus grand nombre, et on s'étonne des réactions de manque. Nos sociétés, que dis-je la planète entière est condamnée à la solidarité, sinon les calamités de la sorte se multiplieront.

  • Cypriote - Inscrit 9 août 2011 07 h 34

    C'est sans doute la faute de la loi 101

    Je ne peux résister à la tentation de me transformer en journaliste ontarien afin de prétendre que ces émeutes découlent directement de la loi 101...

  • France Marcotte - Inscrite 9 août 2011 08 h 03

    Peu sur la source, beaucoup sur les effets

    "Selon la police, Mark Duggan a été tué lorsque des agents de l'opération Trident, l'unité qui enquête sur les crimes impliquant des armes à feu au sein de la communauté noire, ont arrêté un taxi dans lequel il prenait place."
    Et puis quoi?
    L'homme était-il noir?
    Était-il visé par l'arrestation policière ou était-ce le chauffeur qui était visé?
    A-t-il été tué par erreur ou était-il impliqué dans des crimes impliquant des armes à feu?
    On ne sait pas mais on sait que des jeunes de moins de 21 ont été impliqués dans le pillage de belles boutiques de linge et autres beaux objets. J'ai mal au coeur pour les objets.

  • Bernard Terreault - Abonné 9 août 2011 08 h 05

    Minorités sans voix

    Quand ça va mal dans une démocratie, les citoyens manifestent à peu près pacifiquement ou, si le temps des élections est arrivé, mettent les gens au pouvoir à la porte. Mais pour les minorités sans droit de vote ou dont le vote ne compte pas, il n'y a que la violence gratuite : les Noirs Américains des grandes villes dans les années '60, les Maghrébins des banlieues en France, les Noirs en Grande-Bretagne maintenant. Une crise économique profonde et ça pourrait se produire aussi à Berlin ou à Toronto.

  • Marc O. Rainville - Abonné 9 août 2011 09 h 32

    Révolution

    Les foules ont des dents, finalement.