L'affaire Tristane Banon va-t-elle bouleverser la présidentielle? - Le socialiste François Hollande dénonce une «opération politique»

François Hollande a été entendu par la police, hier, parce que la mère de Tristane Banon, Anne Mansouret, affirme lui avoir raconté dès 2003 la tentative de viol dont sa fille dit avoir été l’objet de la part de Dominique Strauss-Kahn.<br />
Photo: Agence Reuters Gonzalo Fuentes François Hollande a été entendu par la police, hier, parce que la mère de Tristane Banon, Anne Mansouret, affirme lui avoir raconté dès 2003 la tentative de viol dont sa fille dit avoir été l’objet de la part de Dominique Strauss-Kahn.

Un peu plus de deux mois après l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn à New York pour tentative de viol, la saga DSK s'est transportée en France où une accusation semblable portée par l'écrivaine Tristane Banon semble en voie de perturber, sinon l'élection présidentielle, du moins la primaire socialiste. Hier, le candidat François Hollande a été entendu à sa demande par les policiers de la brigade de répression de la délinquance aux personnes sur ce qu'il savait de ces faits qui remontent à 2003.

Après un interrogatoire d'un peu plus d'une heure, il a dénoncé «une opération politique». La veille, le quotidien de droite Le Figaro avait, photos géantes à l'appui, consacré sa une à l'audition du candidat socialiste par la police. «Si quoi que ce soit était fait pour m'impliquer, me citer dans cette affaire, je me réserve les moyens d'engager des poursuites», a-t-il dit.

François Hollande a été entendu par la police parce que la mère de Tristane Banon, Anne Mansouret, affirme lui avoir raconté dès 2003 la tentative de viol dont sa fille dit avoir été l'objet de la part de DSK. Celle qui est aussi conseillère générale socialiste de l'Eure aurait fait les mêmes confidences à une dizaine de personnalités, parmi lesquelles plusieurs journalistes et militants socialistes.

«Je n'ai rien à voir avec cette affaire», répète le candidat socialiste qui est dans le peloton de tête de la course présidentielle. S'il reconnaît avoir eu vent de cette rumeur, mais «pas dans le détail», François Hollande dit ne pas se rappeler avoir téléphoné à la plaignante, comme le soutient celle-ci. «Je ne veux pas que la campagne présidentielle puisse être en aucune façon une campagne de rumeurs, de manipulations ou de manoeuvres», a-t-il conclu.

Le PS s'en prend à la droite

Ces rebondissements politiques sont devenus presque quotidiens depuis que Tristane Banon a formellement accusé DSK d'avoir tenté de la violer en 2003 dans un appartement du VIe arrondissement de Paris où elle serait venue l'interviewer. C'est l'arrestation de DSK à New York qui l'aurait incité à porter plainte. Une plainte déposée après que des révélations ont sérieusement ébranlé la crédibilité de la plaignante du Sofitel. Les avocats de DSK qualifient ces faits d'«imaginaires» et ont porté plainte pour dénonciation calomnieuse contre Tristane Banon.

Déjà secoué par le coup de tonnerre qu'a représenté l'arrestation de DSK à New York, le Parti socialiste (PS) craint d'être entraîné dans un nouveau feuilleton judiciaire alors que la campagne des primaires ne fait que commencer. L'ancienne première secrétaire du PS, Martine Aubry, a condamné une «dérive». «À l'heure où certains utilisent une affaire privée, dont la justice est saisie [...], je veux réagir à cette nouvelle dérive et apporter tout mon soutien à François Hollande», a-t-elle déclaré.

Le premier secrétaire par intérim du PS, Harlem Désir, n'a pas craint de s'en prendre à l'UMP. Le PS, dit-il, «ne laissera pas la droite pervertir le grand débat démocratique des primaires. [...] Nous n'accepterons pas des campagnes à la Murdoch qui visent à entraîner la vie politique dans la boue».

«Cette théorie du complot permanent ne peut suffire à masquer les faiblesses du PS, a aussitôt répliqué le premier secrétaire de l'UMP, Jean-François Copé. Au pays de la paranoïa collective, les socialistes sont rois.»

Banon n'ira pas à New York

Il faudra pourtant plus que les vacances du mois d'août pour que cette saga s'interrompe, car il n'y a guère de journée qui n'apporte son lot de révélations souvent contradictoires. Hier, Le Figaro révélait que, selon une source proche de l'enquête, Tristane Banon serait convoquée à New York par le procureur Cyrus Vance. Son avocat David Koubbi a aussitôt répliqué qu'il n'était pas question que sa cliente aille témoigner aux États-Unis.

L'avocat était pourtant à New York hier pour rencontrer le procureur et l'avocat de la plaignante du Sofitel, le controversé militant noir Kenneth Thompson. «Il semblerait qu'il y ait beaucoup de gens à New York qui travaillent sur des faits que l'on disait jusqu'ici imaginaires en France», a-t-il déclaré. Koubbi n'a cependant pas écarté la possibilité que sa cliente accorde une audience au procureur de l'État de New York depuis la France.

En une semaine, les dépositions de l'enquête préliminaire en cours ont presque toutes filtré dans la presse. On a ainsi appris qu'Anne Mansouret, qui dit avoir d'abord découragé sa fille de porter plainte, a avoué aux policiers avoir elle-même eu une aventure avec DSK. Selon la déposition rapportée par L'Express, elle décrit ce dernier comme un être violent qui a «l'obscénité d'un soudard».

Anne Mansouret a aussi soutenu avoir alerté l'ex-épouse de DSK, son amie Brigitte Guillemette. Selon la déposition, celle-ci aurait reconnu que DSK avait déjà eu le même comportement avec des étudiantes. S'il fallait en croire Mansouret, Brigitte Guillemette aurait même appelé son ancien époux qui aurait répondu: «Je ne sais pas ce qui m'a pris. J'ai couché avec la mère, j'ai pété un câble quand j'ai vu la fille.»

Toutes ces affirmations ont été aussitôt démenties par Brigitte Guillemette elle-même. Celle qui est aussi la mère de la fille de DSK, Camille Strauss-Kahn, a d'ailleurs annoncé son intention de porter plainte contre Anne Mansouret. «Tout cela est faux», a-t-elle déclaré aux enquêteurs.

Dans les jours qui viennent, les policiers vont continuer à interroger les témoins cités par Tristane Banon et sa mère. Les révélations risquent donc de se succéder pendant une partie de l'été. La manière dont cette affaire est traitée dans la presse est par ailleurs très critiquée à Paris. Selon le socialiste Manuel Valls, «si nous continuons sans cesse à faire de ces affaires-là la une de l'actualité, je ne donne pas cher du débat public français».

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Correspondant du Devoir à Paris
4 commentaires
  • Gabriel RACLE - Inscrit 21 juillet 2011 07 h 23

    Publicité

    Hollande se fait de la publicité ave ccette affaire et les médias en sont complices, qui reprennent ce qu'il dit.
    Heureusement, on ne lit pasd Le Devoir en France.

  • Boommerang - Inscrit 21 juillet 2011 08 h 06

    Pas très édifiant

    Je suis outrée de voir comment font les politiciens font pour se lancer de la m.... afin d' accéder a la domination par tous les moyens, même fabriquer des scandales ... Le monde entier n'est pas naif.... Le drame d'un homme piégé par sa propre conduite naive va chambarder la politique européenne a cause de plein de calomnies ,(et-ou) de médisances (et-ou)et de mensonges auquels les élus , de conivance avec des faussaires de la moralité , réussiront a descendre un candidat très compétant a la présidence au plus bas dans l'opinion publique , un candidat tres compétant ...La politique supportée par l'argent et le c..

  • ZINGRAFF Gérard - Inscrit 22 juillet 2011 15 h 13

    à M. Gabriel RACLE

    Le Devoir est lu en France !