Le dernier bourreau serbe arrêté

Goran Hadzic (au centre) en avril 1993 dans l’éphémère «République serbe de Krajina».<br />
Photo: Agence Reuters Ranko Cukovic Goran Hadzic (au centre) en avril 1993 dans l’éphémère «République serbe de Krajina».

Belgrade — La Serbie a arrêté hier Goran Hadzic, dernier inculpé du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) encore en cavale, une nouvelle aussitôt saluée par les Européens, et susceptible de stimuler la marche de Belgrade vers l'Union européenne (UE).

Goran Hadzic a été arrêté près de Belgrade, a annoncé le président Boris Tadic au cours d'une conférence de presse. L'arrestation a eu lieu dans une forêt près du village de Krusedol, dans la région de la Fruska Gora, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Belgrade, a précisé le procureur serbe pour les crimes de guerre, Vladimir Vukcevic.

M. Vukcevic a indiqué que Goran Hadzic était armé d'un pistolet, mais qu'il n'avait pas opposé de résistance lors de son arrestation. «Un contact qui lui apportait de l'argent a également été interpellé. Il avait des contacts avec des personnes de l'Église orthodoxe serbe», a encore précisé le procureur.

L'enquête pour le retrouver a progressé lorsque Goran Hadzic s'est retrouvé à court d'argent, ayant échoué à vendre un tableau de Modigliani, probablement récupéré pendant la guerre de Croatie, a indiqué M. Vukcevic. Le tableau a été retrouvé en décembre 2010.

La justice internationale reproche à Goran Hadzic son implication présumée dans les meurtres de centaines de civils croates et la déportation de dizaines de milliers de Croates et autres non-Serbes par les troupes serbes pendant la guerre de Croatie (1991-1995).

Goran Hadzic a été l'éphémère «président» de la «République serbe de Krajina» pendant la guerre en Croatie, qui représentait un tiers environ du territoire de la Croatie.

Le nom de Goran Hadzic reste notamment lié au massacre de l'hôpital de Vukovar, en novembre 1991, au cours duquel 264 civils, Croates et autres non-Serbes, qui s'y étaient réfugiés avaient été exécutés par les forces serbes après avoir été battus et torturés.

M. Hadzic, 52 ans, a comparu en début d'après-midi devant le Tribunal spécial serbe pour les crimes de guerre, à Belgrade, qui lui a signifié que les conditions étaient réunies pour son transfert à La Haye.

L'inculpé du TPIY dispose toutefois de trois jours désormais pour faire appel, même si son avocat, Toma Fila, a écarté cette possibilité, estimant que son client serait transféré vers La Haye d'ici samedi.

L'arrestation de Goran Hadzic a suscité de nombreuses réactions de félicitations, en particulier de la part des Européens, qui insistaient depuis des années auprès de Belgrade pour mener à son terme sa coopération avec le TPIY.

La Serbie peut désormais se targuer d'avoir arrêté les 44 inculpés que réclamait le Tribunal de La Haye.

Goran Hadzic ferme également la liste des 161 inculpés que réclamait le TPIY pour leur rôle pendant les guerres qui ont déchiré l'ex-Yougoslavie pendant les années 90.

Dans un communiqué commun, les présidents de l'UE, Herman Van Rompuy, de la Commission, José Manuel Barroso, et de la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, ont salué «avec force l'arrestation de Goran Hadzic par les autorités serbes».

«Il s'agit, ont-ils ajouté, d'un pas supplémentaire important de la Serbie vers la réalisation de sa perspective européenne», le terme habituellement employé pour parler de l'adhésion à terme à l'UE.

Belgrade espère obtenir à la fin de l'année le statut de candidat à l'UE, ainsi qu'une date pour l'ouverture des négociations d'adhésion.

Le procureur du TPIY, Serge Brammertz, s'est également félicité de l'arrestation de Goran Hadzic.