Mladic est incarcéré à La Haye

La prison du TPIY dans la capitale néerlandaise<br />
Photo: Agence Reuters Jerry Lampen La prison du TPIY dans la capitale néerlandaise

La Haye —L'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie Ratko Mladic, recherché pendant 16 ans par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie pour le massacre de Srebrenica notamment, a été transféré hier de Belgrade aux Pays-Bas où il a été remis au TPIY.

L'arrivée au centre pénitentiaire du TPIY à La Haye de l'ancien général, arrêté jeudi en Serbie, a été annoncée vers 19h50 GMT par un communiqué du tribunal.

Les télévisions avaient diffusé quelques instants auparavant des images d'un hélicoptère atterrissant dans la cour du bâtiment, au moment même où quatre voitures noires banalisées, aux vitres teintées et équipées de gyrophares, entraient dans la prison par une porte latérale, a constaté un journaliste de l'AFP.

À l'abri des regards

Ratko Mladic, 69 ans, était arrivé deux heures plus tôt à l'aéroport de Rotterdam (ouest des Pays-Bas) à bord d'un avion portant l'inscription «République de Serbie» qui avait été garé à l'intérieur d'un hangar, à l'abri des regards, selon des images diffusées par la télévision publique néerlandaise.

Une fois arrivé à la prison, Ratko Mladic devait être informé de ses droits et avait la possibilité de s'entretenir avec un avocat avant de participer à une audience de comparution initiale dont la date n'avait pas été fixée hier soir.

Le procureur du TPIY donnera une conférence de presse mercredi à midi (10h GMT), a annoncé son bureau.

Environ 200 personnes s'étaient rassemblées hier soir devant la prison du TPIY, parmi lesquelles des journalistes et des badauds, mais aussi des Bosniaques et des Serbes.

«Ce type, c'est un héros, c'est mon deuxième père, il ne devrait pas être ici, tout ceci est une farce, il a fait ce qu'il avait à faire», a déclaré l'un des Serbes présents. Ceux-ci brandissaient deux drapeaux serbes rouge, bleu, blanc, et deux d'entre eux portaient un T-shirt arborant un portrait de Ratko Mladic.

Arrêté jeudi à Lazarevo, un village du nord-est de la Serbie, l'ancien général avait tenté de s'opposer à son transfèrement vers les Pays-Bas, sa défense ayant argué de son état de santé alarmant. Mais la justice serbe avait rejeté hier en début d'après-midi l'appel interjeté par M. Mladic.

Il est accusé de génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis pendant la guerre de Bosnie (1992-1995) qui a fait environ 100.000 morts et 2,2 millions de déplacés, et notamment du massacre de Srebrenica, en juillet 1995, le pire commis en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, au cours duquel près de 8000 Musulmans avaient été exécutés.

L'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, qui encourt la prison à vie, était l'un des deux derniers fugitifs recherché par le TPIY, créé en 1993 par les Nations unies. Goran Hadzic, ancien président de la République serbe unilatéralement proclamée de Krajina, est toujours en fuite.

Au quartier pénitentiaire du TPIY, l'ancien général va retrouver Radovan Karadzic, l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie, et une trentaine d'accusés originaires de l'ex-Yougoslavie en attente ou en cours de jugement.

Hier à l'aube, Ratko Mladic, qui était l'homme le plus recherché d'Europe, avait été conduit, à sa demande, devant la tombe de sa fille qui s'était suicidée en 1994 à l'âge de 24 ans, dans un cimetière de Belgrade.

Une dizaine de milliers de Serbes bosniens ont fustigé hier la Serbie, la «marâtre», pour avoir permis l'arrestation de leur ancien chef militaire, au cours d'une manifestation à Banja Luka, la capitale de l'entité serbe de Bosnie.