Royaume-Uni - À son tour, David Cameron condamne le multiculturalisme

Le premier ministre britannique, David Cameron, et la chancelière allemande, Angela Merkel, à Munich.<br />
Photo: Agence Reuters Michael Dalder Le premier ministre britannique, David Cameron, et la chancelière allemande, Angela Merkel, à Munich.

Paris — Après Angela Merkel, c'est au tour de David Cameron de dresser le constat d'échec du multiculturalisme. Dans un discours, prononcé à Munich samedi, qui a aussitôt suscité de vives réactions, le premier ministre britannique s'est lancé dans une critique vigoureuse et inattendue du multiculturalisme.

«Avec la doctrine du multiculturalisme d'État, nous avons encouragé les différentes cultures à vivre des vies séparées, séparées les unes des autres et coupées de celle de la majorité. Nous avons échoué en ne proposant pas une vision de la société à laquelle ces communautés auraient pu se sentir appartenir. Nous avons toléré des communautés pratiquant la ségrégation et se comportant de manière totalement opposée nos valeurs.»

Le premier ministre, qui s'exprimait dans le cadre de la Conférence des leaders internationaux sur la sécurité, a estimé que la société britannique était plus prompte à critiquer les «opinions racistes» des Blancs que celles de ceux qui ne le sont pas. Il s'en est pris aux organisations musulmanes subventionnées par l'État «qui ne font pratiquement rien pour combattre l'extrémisme». Il faut, dit-il, susciter «le sentiment clair d'une identité nationale partagée ouverte à tous».

Selon David Cameron, le développement de l'islamisme en Europe est largement attribuable à cet échec. Le premier ministre s'en est pris à «la droite dure» (hard right) qui prétend que l'islam est inconciliable avec l'Occident. Mais aussi à la «gauche molle» (soft left) selon qui il suffirait de combattre la pauvreté pour éliminer le terrorisme. «Je crois qu'il est temps de tourner la page des politiques du passé qui ont échoué», a-t-il conclu.

Le premier ministre britannique marchait ainsi dans les pas de nombreux représentants politiques européens pour qui le multiculturalisme apparaît de moins en moins comme un objectif souhaitable. Le 17 octobre dernier, à Potsdam, la chancelière allemande avait elle aussi constaté que le rêve d'une société multiculturelle avait «complètement échoué».

Vives réactions

Les propos du premier ministre ont aussitôt suscité de vives réactions en Grande-Bretagne où, le jour même, une manifestation réunissait à Luton environ 2000 sympathisants de la Ligue de défense anglaise (EDL), une organisation d'extrême droite opposée à l'immigration musulmane.

Le député travailliste Sadiq Khan a ni plus ni moins accusé David Cameron d'«écrire la propagande» de l'extrême droite. Plusieurs organisations arabo-musulmanes et d'anciens ministres travaillistes, comme Jack Straw, ont reproché au premier ministre d'avoir prononcé ce discours le jour où se tenait une manifestation d'extrême droite. Porte-parole de l'Islamic Society of Britain, Ajmal Masroor a déclaré à la BBC qu'il n'y avait pas de lien entre l'extrémisme et le multiculturalisme. Au 10, Downing Street, on soutient que ce discours était planifié depuis des mois.

Selon le travailliste David Blunkett, le gouvernement a raison de faire la promotion de l'identité nationale. L'ancien ministre de l'Intérieur reproche cependant aux conservateurs de ne pas savoir ce que fait son autre main, puisque le ministère de l'Éducation songe à supprimer les cours d'éducation civique du programme des écoles secondaires. Connu pour ses déclarations contre le multiculturalisme, le président de la Commission des droits humains et de l'égalité, Trevor Phillips, a refusé de condamner David Cameron, même s'il considère qu'il ne se rend pas la vie facile en parlant à la fois du terrorisme et de l'intégration.

La presse du dimanche s'est aussitôt emparée du débat. Plusieurs analystes ont comparé ce discours à celui qu'avait prononcé Tony Blair après les attentats islamistes de Londres en 2005. Plusieurs estiment que cette prise de position n'est pas partagée par tous les membres du gouvernement de coalition que dirige Cameron. Le libéral-démocrate Nick Clegg, qui avait fait campagne pour l'amnistie des immigrants illégaux, et la ministre conservatrice Sayeeda Hussain Warsi, elle-même musulmane, seraient plus proches des thèses du multiculturalisme.

Laura Kuenssberg, de la BBC, juge cependant que David Cameron a «marché d'un pas ferme dans un débat où bien des politiciens louvoient». Le Daily Telegraph, de droite, parle d'un discours «majeur». Autre son de cloche à gauche. Pour le Guardian «la grossière caricature de M. Cameron ne résout aucun problème». Pour le chroniqueur Nick Cohen du même journal, Cameron a pourtant «défendu des principes élémentaires» en critiquant ceux qui s'opposent aux propos racistes «quand ils sont proférés par des démagogues à la peau blanche, mais pas quand ils sont propagés par des réactionnaires à la peau brune».

«M. Cameron n'est pas le premier homme public à critiquer le multiculturalisme qui a commencé à fracturer plusieurs pays européens, écrit de son côté le Times. Mais, pour un premier ministre, les mots ne coûtent pas cher; les actions, elles, sont plus difficiles à définir.»
2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 7 février 2011 12 h 12

    Trahison

    Comment le premier ministre de notre mère patrie, l'Angleterre berceau de la démocratie, peut-elle bafouer le multi-culturalisme, pierre angulaire du «plusse meilleur» pays du monde; j'ai nommé le Canada?

  • Vladislav Kivepe - Inscrit 7 février 2011 14 h 26

    L'échec du multiculturalisme c'est l'impasse du communautarisme.

    Tout le monde s'en doutait un peu mais maintenant cela devient une réalité. Le multiculturalisme ne peut être dissocié de ses corolaires : le communautarisme et les religions.

    Ces corolaires sont légitimes dans la mesure où ils sont vécus dans la sphère sociale privée et donc indépendamment du politique et de la vie publique.

    Il en découle une obligation pour chacun de disposer d’une égalité des droits et donc des devoirs quelle que soit l’appartenance individuelle à une culture, une religion ou à une communauté.

    L'exemple de l'extrémisme religieux islamiste est symptomatique actuellement, car il s'inscrit dans une logique de conquête, au nom d’une interprétation spécifique du Coran, par tous les moyens au détriment des cultures existantes qui ne sont pas intégrées dans l'islam.

    En raccourci, pour les intégristes islamistes on ne peut exister que dans l'Islam, sinon on n’a pas à exister.

    Cette posture des intégristes islamistes replonge tous les musulmans au 14eme siècle par la pratique d’ un prosélytisme brutal et la mise en œuvre d’une idéologie dogmatique similaire à celle que pratiquait la religion catholique à la fin du moyen âge.

    C’est un peu comme si les Français appliquaient scrupuleusement les paroles de la Marseillaise.( http://www.marseillaise.org/english/francais.html )