Berlusconi s'en prend encore à la justice

Silvio Berlusconi
Photo: Agence Reuters Tony Gentile Silvio Berlusconi

Rome — Face à de nombreuses révélations embarrassantes, le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, s'en est pris hier aux juges de Milan qui le soupçonnent de prostitution de mineure et abus de fonction, les accusant de l'attaquer politiquement avec l'enquête Rubygate.

«Il n'y a eu aucun abus de fonction, ni incitation à la prostitution encore moins de mineure», a déclaré le Cavaliere dans un message vidéo aux Promoteurs de la liberté, un sous-groupe de son parti PDL, diffusé par les télévisions.

Le magnat de la télévision a dénoncé «une attaque très grave des magistrats qui ont piétiné les lois à des fins politiques». Selon M. Berlusconi, «les magistrats veulent utiliser cette affaire comme instrument de lutte politique».

Le Cavaliere s'est toutefois dit «serein comme jamais». Il a affirmé «n'avoir aucun motif d'avoir honte de quoi que ce soit», à propos de fêtes dans sa villa d'Arcore, près de Milan, décrites comme des orgies dans des écoutes téléphoniques publiées ces derniers jours par les journaux. M. Berlusconi affirme qu'il s'agissait de dîners tout à fait normaux.

Le parquet de Milan a annoncé vendredi qu'il soupçonnait le président du Conseil d'avoir rémunéré début 2010 les services d'une prostituée mineure (un délit puni de prison en Italie), Ruby, une jeune Marocaine, qui a 18 ans depuis novembre, et d'avoir utilisé sa fonction pour la faire libérer lors de son interpellation pour vol en mai.

Lundi, dans un document adressé au parlement pour obtenir une autorisation de perquisition, le parquet a dit disposer d'«éléments probants» sur le paiement par le Cavaliere de sommes d'argent et la mise à disposition gratuite d'appartements à des call-girls pour leurs prestations.

Des conversations

Les journaux sont remplis d'extraits de conversations téléphoniques et témoignages sur des dîners finissant en partie de débauche chez M. Berlusconi avec ses amis, le présentateur télé Emilio Fede, 79 ans, l'agent de starlettes, Lele Mora, et Nicole Minetti, son ex-hygiéniste dentaire devenue conseillère régionale, accusés d'avoir recruté les jeunes prostituées.

Aussi bien Ruby que M. Berlusconi ont nié avoir eu des rapports sexuels. Les sommes d'argent ayant circulé n'étaient, selon le Cavaliere, que des aides à des personnes en difficulté.

Une actrice, Sabina Began, au centre d'une précédente affaire en 2009 de fêtes débridées avec M. Berlusconi à Rome et en Sardaigne, a pris sa défense. «Tout est inventé, c'est absurde», a-t-elle dit. Elle a estimé que les témoignages gênants pour le Cavaliere venaient de «jeunes filles [qui] feraient n'importe quoi pour être dans les journaux et photographiées».

M. Berlusconi a eu depuis son entrée en politique fin 1993 de nombreux démêlés avec la justice; il a affirmé que les juges essayaient «d'inverser le vote populaire» qui l'a fait remporter les élections législatives en 2008.

Le milliardaire les a accusés d'avoir «violé des principes constitutionnels élémentaires» comme le droit à la vie privée et a dénoncé l'utilisation de «techniques très sophistiquées comme s'ils devaient mener un coup de filet contre la mafia», avec un espionnage permanent de ses invités.

La responsable justice du Parti démocrate, principal parti d'opposition (gauche) Donatella Ferranti a jugé «sordide» que M. Berlusconi se défende de cette manière alors que «les faits dont il est soupçonné sont très graves».

Selon Dario Franceschini un dirigeant du PD, M. Berlusconi «essaie de détourner l'attention des médias vers son affrontement avec les magistrats pour faire disparaître des journaux les faits dont il est accusé». Le centriste Pier Ferdinando Casini a critiqué «une déclaration de guerre» aux juges «dont le pays n'a aucunement besoin».

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