Loi sur les médias - Budapest lâche du lest pour apaiser l'UE

Budapest — La Hongrie s'est dit clairement prête hier à changer sa loi très contestée sur les médias si Bruxelles en voit la nécessité, cherchant à calmer l'incendie qui menace de fragiliser sa présidence semestrielle de l'Union européenne (UE), tout juste entamée le 1er janvier.

Toutefois, le premier ministre, Viktor Orban, un conservateur aux forts accents populistes, s'est dans le même temps dit persuadé que la Commission européenne conclura que le texte est parfaitement en ordre à l'issue de l'enquête qu'elle a ouverte.

«Si des changements sont nécessaires, nous changerons» le texte», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse marquant le début de cette présidence à Budapest, «mais il ne faut pas de pressions, de campagnes» d'opinion à ce sujet.

Une réunion inaugurale, dominée par la question, s'est tenue dans la journée entre le gouvernement hongrois et l'ensemble des commissaires européens.

«Nous sommes ouverts à tous changements si la pratique montre que des changements sont nécessaires», a-t-il dit, assurant ne pas vouloir transformer ce dossier en «combat».

Les détracteurs de Viktor Orban l'accusent avec sa législation de vouloir museler la presse, en imposant un contrôle très strict de son contenu.

Après avoir fait preuve de fermeté ces dernières semaines malgré la pression de ses partenaires européens, Viktor Orban semble disposé à faire des concessions sur un point particulier: la composition de la nouvelle autorité de contrôle des médias, qui préoccupe la Commission, chargée de veiller au respect des traités européens.

Ses cinq membres sont tous membres ou proches du parti de droite au pouvoir, le Fidesz.

«Si le verdict juridique de l'UE aboutit à dire qu'il y a une trop grande concentration» de personnes proches du pouvoir dans cet organisme, «nous en discuterons et nous changerons cela», a promis Viktor Orban.

«Mais je suis certain que tel ne sera pas le cas», a-t-il aussitôt ajouté, jugeant que la loi hongroise était semblable à celles d'autres pays européens.

Présent à ses côtés devant la presse, le président de la Commission, le Portugais José Manuel Barroso, s'est employé lui aussi à faire redescendre la température, se félicitant de l'engagement à faire, si nécessaire, des modifications.

Il lui a dans le même temps lancé un avertissement voilé à ne pas torpiller sa présidence:. «Il est nécessaire que la Hongrie bénéficie du plein soutien des États membres et des institutions de l'UE pour faire de cette présidence un succès», a-t-il prévenu.

Une référence aux critiques très vives déjà exprimées par la France et l'Allemagne notamment, qui ont demandé une modification du texte, et à celles à venir du Parlement européen qui pourrait bientôt voter une résolution contre la Hongrie. Certains élus de gauche demandent même des sanctions contre Budapest.

Au-delà, cette affaire fait ressurgir des critiques plus fondamentales sur le mode de pouvoir de Viktor Orban qui, fort d'une majorité des deux-tiers au Parlement, a entrepris de réformer à la hussarde la Constitution nationale et avec elle celle son pays.

Cela lui vaut d'être accusé de populisme et de nationalisme exacerbé par ses opposants. Volontiers interventionniste sur le plan économique, Viktor Orban a instauré une taxe spéciale de crise sur les grandes entreprises pour réduire son déficit public, qui est aussi dans le collimateur de Bruxelles.

Il a aussi rompu avec le Fonds monétaire international (FMI), qui avait sauvé la Hongrie de la faillite à l'automne 2008, réduit les pouvoirs de la Cour constitutionnelle et donné des gages au parti d'extrême droite Jobbik en donnant la possibilité aux Hongrois de souche des pays limitrophes d'obtenir la nationalité hongroise. Et en leur promettant bientôt le droit de vote.