En Espagne, les créances douteuses atteignent un sommet

José Luis Rodríguez Zapatero<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) John Thys José Luis Rodríguez Zapatero

Madrid — Le ratio de créances douteuses des banques espagnoles a atteint son plus haut niveau en presque quinze ans au mois d'octobre, a annoncé la Banque d'Espagne hier, l'économie atone et le taux élevé de chômage ayant pesé sur les remboursements de dettes.

Les prêts en souffrance par le secteur financier de l'Espagne, incluant les banques, les coopératives financières et les cartes de crédit à la consommation, ont atteint en octobre 5,66 % du total des crédits contre 5,4 9 % un mois plus tôt, a dit l'institut d'émission.

Les banques espagnoles ont vu leurs prêts non remboursés augmenter significativement depuis l'explosion de la bulle immobilière qui a envoyé des ondes de choc dans l'économie et laissé sans emploi un Espagnol sur cinq.

Les problèmes de dette ont pris de l'importance depuis que les investisseurs imposent à l'Espagne des coûts d'emprunt plus élevés, essentiellement en raison de craintes sur d'éventuelles créances douteuses latentes, qui pourraient déboucher sur un renforcement obligé par l'État, poussant le pays dans une crise de la dette comparable à celle de l'Irlande.

Les banques espagnoles sont fortement exposées à un secteur immobilier qui s'est effondré et sont confrontées à une concurrence croissante pour trouver des fonds. Les doutes persistants concernant l'ampleur des pertes potentielles dans les bilans des banques ont conduit Moody's à confirmer cette semaine sa perspective négative sur le secteur et à signaler qu'elle pourrait abaisser la note de la dette souveraine de l'Espagne.

«Nous prévoyons que les conditions économiques difficiles, la détérioration continue de la qualité des actifs et le plan de rigueur budgétaire de l'Espagne aient des effets négatifs sur la rentabilité des banques, leur capitalisation et leur accès aux marchés pour se financer», a dit Moody's lundi.

La Banque d'Espagne a donné aux caisses d'épargne jusqu'à la fin de l'année pour publier des documents détaillés sur leurs comptes dans un effort pour lutter contre les incertitudes liées à des pertes potentielles. Les banques cotées, comme Banco Santander, BBVA et Banco Sabadell, ont également été priées de fournir davantage de détails dans leurs comptes 2010, et notamment sur leur exposition au marché immobilier.

«Nous sommes convaincus que cette procédure aidera à dissiper les doutes et montrera que certaines analyses du système financier, notamment sur les caisses d'épargne, sont erronées», a déclaré hier à Bruxelles le président du gouvernement espagnol, JoseéLuis Rodríguez Zapatero. L'Espagne avait inspecté entièrement son système bancaire à l'occasion des stress tests européens pratiqués en juillet et cinq caisses d'épargne avaient échoué à ces tests. Selon le pire scénario appliqué lors de ces tests, le système bancaire espagnol aurait besoin de 1,835 milliard d'euros de capital supplémentaire, a dit la Banque d'Espagne.

Mais malgré une consolidation contrainte des caisses d'épargne et de plus grandes exigences de provisions imposées par la banque centrale nationale, les investisseurs restent nerveux. Les données de la Banque d'Espagne montrent que les créances douteuses ont atteint 103,7 milliards d'euros en octobre contre 101,3 milliards en septembre. Les caisses d'épargne ont quant à elles vu leur ratio de créances douteuses atteindre 5,5 % contre 5,34 % en septembre, tandis que celui des banques cotées est passé à 5,8 % contre 5,58 % un mois plus tôt.
1 commentaire
  • Simon Bernier - Inscrit 20 décembre 2010 15 h 06

    L'Espagne paie, mais Moody's elle ?

    N'est ce pas ironique que Moody's abaisse la note accordée à la dette de l'Espagne ? Cette Espagne qui s'est emporté dans une bulle immobilière, une bulle similaire à celle que Moody's a contribué à créer aux Etats-Unis...

    Que l'Espagne paie pour ne pas avoir controler son marché immobilier, soit, mais est-ce que Moody's a payé pour avoir accorder des notes AAA à des produits financiers qui le méritaient pas ? Pourquoi les médias devraient accorder de la crédibilité à une entreprise qui a mal fait son travail ? Et qui avait un intérêt financier à gonfler la valeur de ces produtis financiers (ces agences ont préféré accorder des notes AAA à des produits financiers afin que leurs clients restent avec eux, craignant de les voir partir chez la compétition qui eux aussi étaient prêt à étamper AAA sur n'importe quel bout de papier...)