Berlusconi obtient de justesse la confiance du Parlement

Plusieurs véhicules ont été incendiés dans la capitale italienne.<br />
Photo: Agence Reuters Tony Gentile Plusieurs véhicules ont été incendiés dans la capitale italienne.

Rome — Victoire pour Silvio Berlusconi. Le président du Conseil italien a obtenu hier la confiance des deux chambres du Parlement à l'issue de scrutins tendus tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des hémicycles.

Le Sénat a d'abord voté la confiance au président du Conseil par 162 voix contre 135, et 11 abstentions. La Chambre des députés a ensuite rejeté une motion de censure contre le gouvernement par seulement trois voix d'écart (314 contre 311).

Le deuxième vote s'est déroulé dans un climat très tendu. Lors du débat préalable, Berlusconi et plusieurs de ses alliés ont ainsi quitté l'hémicycle lorsque le député et ancien juge anti-corruption Antonio Di Pietro, un de ses plus fervents critiques, a exigé que le président du Conseil se rende aux autorités pour avoir voulu acheter les voix de certains députés. «Il Cavaliere» a déjà démenti ces accusations.

Des incidents ont ensuite éclaté à l'intérieur de l'enceinte lorsque Katia Polidori, députée du groupe parlementaire de Gianfranco Finni, a enfreint les consignes et a voté en faveur du gouvernement. Le vote a été brièvement interrompu.

Un dispositif de sécurité avait été mis en place par les autorités devant le Parlement, des manifestations étant prévues dans la journée. Des défilés étaient également organisés dans plusieurs villes du pays. À Palerme, des étudiants ont bloqué la gare et occupé l'aéroport, tandis que plusieurs milliers de personnes ont défilé dans les rues de Turin, selon les médias locaux.

Des violences ont éclaté dans les rues de Rome, où les policiers ont utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les foules qui s'étaient rassemblées dans le secteur du parlement. Des nuages de gaz blanchâtre et de fusées orangées se sont répandus dans certaines rues, des magasins débordant de marchandises de Noël se sont précipités pour fermer leurs portes et les employés d'une banque, terrorisés, se sont réfugiés derrière leurs comptoirs lorsque des jeunes armés de pierres ont fait irruption. Des vitrines ont été fracassées, des guichets automatiques ont été détruits et au moins trois voitures ont été incendiées. Au cours de ces scènes de violence, inédites dans le centre historique de la capitale, une cinquantaine de jeunes ont été interpellés, selon la police citée par l'agence italienne Ansa.

Une quarantaine de manifestants ont été blessés et 22 d'entre eux ont dû être hospitalisés pour des blessures superficielles et des contusions, selon des sources médicales. Des journalistes de l'AFP en ont vu plusieurs le crâne en sang.

Les votes avaient été convoqués suite aux scandales sexuels qui ont fait chuter la cote de popularité de M. Berlusconi, ainsi que par les récentes défections de plusieurs de ses alliés, dont Gianfranco Fini, co-fondateur de son parti, le Peuple de la liberté (PDL), devenu son plus farouche opposant depuis l'été.

Avenir incertain

Ironie du sort, c'est Gianfranco Finni, en sa qualité de président de la Chambre, qui a annoncé les résultats du vote sous les applaudissements des partisans de M. Berlusconi.

Malgré ce succès, l'avenir du gouvernement de Silvio Berlusconi, 74 ans, semble incertain, le président du Conseil ne pouvant plus s'appuyer sur une majorité parlementaire solide. Il doit le rejet de la motion de censure aux votes de quelques députés qui ont pris leur décision à la dernière minute.

Pierluigi Bersani, chef du Parti démocrate, a ainsi déclaré lors du débat précédant le vote que, même si la confiance était votée au gouvernement, il s'agirait d'une «victoire à la Pyrrhus».

Antonio Di Pietro, chef du parti l'Italie des Valeurs (IDV), a pour sa part estimé que les votes d'hier, quelles que soient leurs issues, marquaient «le début de la fin de l'empire» Berlusconi.

«Oui, c'est cela, car quel que soit le résultat du vote de confiance, quels que soient les votes qui ont été achetés, il y a un fait certain: vous n'avez plus la majorité politique vous permettant de gouverner, a-t-il lancé. Donc, que ça vous plaise ou non, vous êtes arrivé à la fin de votre carrière politique, et tout ce que vous pouvez faire, c'est vous résoudre à votre destin, vous présenter à la justice et, comme un autre [Manuel] Noriega, vous rendre pour être jugé».