Vote de confiance demain - Berlusconi sur le fil du rasoir

Non, ce n’est pas l’ombre de Silvio Berlusconi, mais celle d’un de ses partisans lors d’une réunion de son parti, hier, à Rome.
Photo: Agence France-Presse (photo) Tiziana Fabi Non, ce n’est pas l’ombre de Silvio Berlusconi, mais celle d’un de ses partisans lors d’une réunion de son parti, hier, à Rome.

Les commentateurs politiques italiens étaient dans l'incapacité, hier, de prédire l'issue du vote de confiance qui peut, demain, faire chuter le gouvernement de Silvio Berlusconi ou renforcer le président du Conseil. Le vote dans les deux chambres, qui mettra un terme à une année de scandales pour le chef du gouvernement, sera particulièrement serré à la Chambre basse.

Rome — Revenu au pouvoir en 2008 avec une très large majorité d'une centaine de parlementaires, Silvio Berlusconi tente aujourd'hui de débaucher tous azimuts, et dans tous les groupes politiques, pour sauver sa tête à la Chambre des députés. Sa survie à la tête du gouvernement ne tient en effet qu'à un fil depuis que son ancien allié et ex-ministre des Affaires étrangères Gianfranco Fini a fait dissidence avec 34 députés et présenté une motion de défiance contre le Cavaliere. Le vote aura lieu demain après un discours de Berlusconi.

Au cours des dernières semaines, le gouvernement a été mis en minorité à plusieurs reprises. «Berlusconi doit démissionner avant le vote du 14 décembre, a répété Gianfranco Fini, qui préside la Chambre des députés. Il ne jouit plus d'une majorité ni numérique ni politique.»

Entre les deux hommes, la rupture est consommée depuis le printemps, Fini revendiquant en vain davantage d'espace politique au sein du parti du Peuple de la liberté (PDL), la grande formation rassemblant Forza Italia et Alliance Nationale lancée en mars 2009 et destinée à représenter toute la droite. «Berlusconi s'est comporté comme un patron», dénonce le député Italo Bocchino, l'un des principaux soutiens de Fini qui, à l'automne s'est définitivement éloigné du PDL en créant un nouveau parti, Futur et Liberté (FLI). Jusqu'au bout, Gianfranco Fini qui, après des années de collaboration mouvementée avec Berlusconi plaide aujourd'hui pour une droite moderne, attentive à la légalité ou aux droits des immigrés, a tenté d'éviter l'affrontement direct avec le chef du gouvernement au Parlement. Mais ce dernier est resté inflexible, flairant un guet-apens politique et refusant de se plier aux conditions de Fini: démission formelle du Cavaliere, puis formation d'un nouveau gouvernement Berlusconi élargi à d'autres forces, dont Futur et Liberté.

« Me mettre dehors »

«L'objectif réel est de me mettre dehors», insiste le président du Conseil, qui fort des derniers sondages qui donnent le PDL à près de 28 %, menace: «Soit j'obtiens la confiance, soit on retourne devant les électeurs.»

Avec environ 7 % des intentions de vote, les responsables de Futur et Liberté, présentés comme des «traîtres» par Berlusconi, n'ont en effet pas intérêt à un retour anticipé aux urnes.

Car avec son allié de la Ligue du Nord, crédité de 12 % dans les sondages, Berlusconi pourrait sortir une nouvelle fois vainqueur. Problème: en raison de la loi électorale, il pourrait, à l'issue du nouveau scrutin, disposer d'une majorité à la Chambre des députés mais pas au Sénat. En clair, personne ne pousse véritablement à une crise qui entraînerait une dissolution du Parlement. Y compris le Parti démocrate (PD), principale formation de l'opposition de gauche, en chute de huit points par rapport à 2008. Au cours d'une grande manifestation samedi à Rome, elle a réclamé la démission de Berlusconi tout en souhaitant, comme Futur et Liberté, la formation d'un gouvernement provisoire pour éviter ce périlleux retour aux urnes.

Dans cet imbroglio politique qui paralyse depuis des mois l'action gouvernementale, Berlusconi joue en tout cas très gros lors du vote de confiance de demain. En cas de mise en minorité, il sera contraint de remettre sa démission. Il perdra alors son immunité judiciaire qui lui permet d'éviter de répondre aux convocations des procureurs pour diverses affaires de corruption.

Sirènes

Pour éloigner ce scénario catastrophe, ses troupes ont engagé une OPA sur différents élus. Certains ont déjà succombé aux sirènes berlusconiennes. Deux députés de l'Italie des valeurs, le parti de l'ancien juge anticorruption Antonio Di Pietro, qui a toujours mené une campagne radicale contre le «fascisme berlusconien», ont fait savoir qu'ils ne voteront pas la défiance. L'un d'eux, Antonio Razzi, a lâché en septembre que des collègues du PDL lui avaient promis en cas de soutien «une réélection et le paiement de son emprunt locatif». «Le prix d'un vote peut varier entre 350 000 et 500 000 euros», a révélé Massimo Calearo, élu du Parti démocrate, qui jure ne pas avoir été personnellement acheté par le milliardaire Berlusconi mais qui... ne votera pas contre lui. Face à ce que la presse qualifie de «marché des transferts», le parquet a ouvert une enquête vendredi. Hier, Berlusconi pouvait compter sur 311 voix quasiment certaines à la Chambre des députés. Sauf défections ou abstentions de dernière heure, il en faut 316 pour décrocher la majorité. Le Cavaliere croit dur comme fer qu'il sautera l'obstacle.

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1 commentaire
  • ladygaga - Inscrit 13 décembre 2010 08 h 04

    la bouffonnerie

    Si Berlusconi passe le vote de confiance demain en Italie, on pourra dire que le ridicule ne tue pas en politique surtout qu'en on est dans la politique spectacle.