Présidentielle de 2012 - Jeux de massacre chez les socialistes français

Dominique Strauss-Kahn<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Dominique Strauss-Kahn

Paris — Un gouvernement pour l'élection présidentielle de 2012. Le titre qui est à la une de toute la presse française après le récent remaniement ministériel de Nicolas Sarkozy. Le président a beau prétendre qu'il n'a pas encore pris sa décision, il a récemment laissé échapper qu'il était «là pour deux mandats». Même si elle est au plus bas dans les sondages, la droite semble donc en ordre de marche pour la présidentielle.

À 18 mois du scrutin, il est difficile d'en dire autant de la gauche. Et les sondages ne semblent rien changer au désordre qui règne à nouveau dans le Parti socialiste. «Y a-t-il un pilote dans l'avion?», demandait récemment Gérard Grunberg. Et le politologue de conclure: «La réponse est non!»

Les membres du Parti québécois peuvent se consoler, les tiraillements autour du leadership de Pauline Marois ne sont rien à côté de ceux qui déchirent le Parti socialiste français. En déclenchant les hostilités, la droite a braqué les projecteurs sur l'absence de candidat crédible à gauche. Une absence qui semble «relancer la machine à perdre», écrit le quotidien Le Monde.

Pourtant, le parti peut difficilement rêver de meilleurs sondages. Si l'actuel président du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, était candidat aujourd'hui, il l'emporterait à 68 %, contre 38 % pour Sarkozy. Martine Aubry et Ségolène Royal l'emporteraient presque aussi facilement, avec plus de 50 % des voix. Alors, où est l'erreur?

Le pacte de Reims

Pour comprendre, il faut remonter au congrès de Reims. En 2008, les deux anciens ministres de Lionel Jospin, Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry, nouèrent un pacte pour empêcher la candidate défaite à la présidentielle de 2007, Ségolène Royal, de s'emparer du parti. Ils y sont parvenus de justesse puisque Martine Aubry, avec le soutien des strauss-kahniens mais aussi des fabusiens, fut élue par une très mince majorité. Installée rue de Solférino, elle maintiendra cette alliance, affirmant à qui veut l'entendre que, si Dominique Strauss-Kahn était candidat, elle ne le serait pas.

Comme l'ancien ministre de l'Économie est théoriquement à la tête du FMI jusqu'en 2012, la première secrétaire a imposé un calendrier tardif. Les «primaires» ne sont pas prévues avant novembre prochain, cinq mois seulement avant la présidentielle. Histoire de laisser au «fantôme de Washington» tout le temps qu'il faut pour se déclarer.

«Le calendrier des primaires avait pour objectif d'éviter les querelles de personnes avant le choix collectif: c'est raté», écrit pourtant l'éditorialiste Alain Duhamel. Alors que la droite semble en ordre de marche, les militants socialistes se demandent naturellement pourquoi il n'en irait pas de même chez eux. Cette inquiétude est légitime, constate Le Figaro, puisque Strauss-Kahn est «absent géographiquement» et Martine Aubry, «absente psychologiquement». On s'interroge même de plus en plus sur la motivation réelle du président du FMI, dont un ambassadeur américain disait en 1995 qu'il n'avait pas «le feu sacré».

Autre cause d'insatisfaction des militants, la grande primaire «ouverte et populaire» ne s'annonce plus aussi ouverte qu'on le disait. Interrogée sur France 2 à propos d'une éventuelle candidature de Strauss-Kahn, Martine Aubry a ouvert son jeu: «Nous avons déjà dit que nous réfléchissons ensemble [...] et donc nous proposerons une candidature véritablement ensemble, c'est-à-dire pas l'un contre l'autre ou l'une contre l'autre.»

En attendant le sauveur

Il n'en fallait pas plus pour déclencher la grogne des petits candidats. «Une élection présidentielle, ce n'est pas un arrangement», a rétorqué l'ancien secrétaire du parti, François Hollande, qui ne cache pas ses ambitions.

Tacticienne accomplie, Ségolène Royal a démenti faire partie d'un «pacte» et pris tout le monde par surprise en annonçant sa candidature. Qu'importe si elle avait déclaré être prête au «sacrifice d'une ambition personnelle». Tout cela au grand dam de Martine Aubry et de Dominique Strauss-Kahn, qui se voient sommés de sortir de l'ombre.

Tous les socialistes ont donc les yeux tournés vers Washington. En pleine crise monétaire et alors que la France préside le G20, Dominique Strauss-Kahn peut pourtant difficilement abandonner son poste. Il ne peut pas non plus rassurer publiquement les socialistes sur ses intentions. Au moindre signe en leur direction, il devrait démissionner. Pouvait-il faire autre chose que de déclarer, comme il l'a fait récemment au magazine Stern, qu'il mènerait son mandat à terme jusqu'en 2012?

Ségolène Royal, qui n'en rate jamais une, a pris acte publiquement qu'il avait jeté l'éponge. La présidente du Poitou-Charentes a poussé la provocation jusqu'à lui proposer d'être un jour son premier ministre puisqu'il est, dit-elle, «le meilleur».

Ce faisant, l'ancienne candidate vient contrarier la démarche d'Aubry et de Strauss-Kahn qui consistait à perdre le plus de temps possible à discuter d'un lancinant programme sur l'«égalité». Un programme fait pour flatter la gauche du parti, mais auquel aucun présidentiable ne croit, surtout pas le président du FMI. Ces primaires «sont en train de se refermer comme un piège sur le PS», conclut l'éditorialiste du Monde.

En 1995, le Parti socialiste n'avait-il pas joué à un jeu semblable en attendant jusqu'à la dernière minute un autre sauveur? Celui-là se nommait Jacques Delors et il devait l'emporter haut la main. Mais le sauveur n'est jamais venu et Jacques Chirac devint président devant les socialistes désarmés.

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Correspondant du Devoir à Paris
6 commentaires
  • Marc Pihiff - Inscrit 4 décembre 2010 02 h 48

    2012

    Ma crainte en tant que français ? Un nouveau duel UMP/FN !

  • Michel Gaudette - Inscrit 4 décembre 2010 10 h 09

    Gérer le déclin de la France...

    Sarkozy ou pas, le président de 2012 ne fera que gérer et masquer le déclin de la France...

  • Normand Paradis - Abonné 4 décembre 2010 10 h 45

    Une approche Royal (e) des présidentielles françaises

    Vaut mieux un candidat que deux tu l'auras...

  • Gilbert Talbot - Abonné 5 décembre 2010 16 h 55

    Et pourquoi pas Ségolène II ?

    Je me demande qu'est-ce qu'ils ont tous contre Ségolène ces français de gauche ? Pourquoi pas une femme présidente de la France ?

  • Marc Pihiff - Inscrit 6 décembre 2010 02 h 43

    Ségolène II

    Les français n'ont rien contre la présence d'une femme à la présidence du Pays.
    C'est le programme politique de la candidate qui ne convainc pas !