Si, Berlusconi «aime les femmes»

Rome — Silvio Berlusconi «aime les femmes» et ça se sait: la nouvelle tempête politico-médiatique en Italie s'appelle Ruby, du nom d'une mineure qui a affirmé avoir participé à des soirées dans une résidence privée du chef du gouvernement italien.

«Je suis une personne joyeuse, j'aime la vie et j'aime les femmes», a déclaré Silvio Berlusconi, 74 ans, aux journalistes qui l'interrogeaient à Bruxelles, à l'issue du Conseil européen, sur cette affaire qui, en Italie, a relégué à l'arrière-plan coupes budgétaires, réformes de la justice ou chaos des ordures à Naples.

Le président du Conseil est sur la sellette pour avoir organisé dans sa résidence d'Arcore, près de Milan, des fêtes en présence de jeunes femmes, rémunérées 5000 euros la soirée selon la presse. Circonstance aggravante: il aurait fait pression en mai sur la police afin qu'elle libère l'une d'entre elles, Ruby, une Marocaine qui fêtera ses 18 ans le 2 novembre, alors qu'elle se trouvait dans les locaux de la police pour un vol présumé.

Le Cavaliere, qui aime se poser en grand séducteur, s'est défendu assez mollement de cette accusation. «Je suis un homme de coeur et j'aide qui en a besoin», a-t-il dit.

«Je suis une personne espiègle, pleine de vie. J'aime la vie, j'aime les femmes», s'est-il targué, en ajoutant qu'il avait bien le droit de se détendre après les tensions que lui imposent ses contraintes de président du Conseil — «19 heures par jour et sept jours sur sept».

«J'ai une vie effroyable. J'ai une vie qui réclame des efforts surhumains. Je travaille comme personne d'autre, jusqu'à deux heures et demie du matin», a-t-il argué. «Si, de temps à autre, je ressens le besoin d'une soirée de détente, de raconter des blagues, comme thérapie mentale, pour vider mon cerveau de tous ces soucis, cela fait partie de ma personnalité et, à mon âge, personne ne me fera changer de mode de vie.»

Les frasques supposées de Silvio Berlusconi défrayent régulièrement la chronique en Italie. En mai 2009, son épouse Veronica Lario avait publiquement demandé le divorce après avoir appris la présence de son mari à l'anniversaire de Noemi, pour ses 18 ans, une jolie blonde dont il se faisait appeler «papounet».

À la même époque, il avait été fragilisé par un autre scandale, après qu'une prostituée, Patrizia D'Addario, eut affirmé avoir passé avec lui une nuit torride, qu'elle a d'ailleurs décrite par le menu dans un livre quelques mois plus tard.

Comme lors des précédentes affaires, l'opposition a réclamé la démission du chef du gouvernement, jugeant qu'il est susceptible d'être «victime de chantage».

«Nous avons le droit de demander que le chef du gouvernement soit en mesure de garantir sobriété et dignité», a déclaré le chef du Parti démocrate (PD), Pier Luigi Bersani.

Pour sa part, l'hebdomadaire catholique Famiglia Cristiana a jugé «incroyable qu'un homme de ce niveau n'ait pas l'autocontrôle nécessaire», ajoutant osciller «entre la tristesse civique et la pitié humaine».