Réforme des retraites: le Sénat français adopte le projet de loi

Paris — Le Sénat français a adopté vendredi soir le projet de loi de réforme des retraites par 177 voix contre 153.

Le texte repoussant l’âge légal de la retraite à 62 ans avait été voté, dans une autre version, par l’Assemblée nationale le 15 septembre. Il va passer en Commission mixte paritaire (CMP) à partir de lundi matin.

Le texte élaboré en CMP pourra ensuite être soumis au vote solennel de l’Assemblée et du Sénat, ouvrant la voie à la promulgation de la loi.

Le projet de loi est contesté par la rue depuis plusieurs semaines. L’ensemble des syndicats contestent sa disposition phare: le report progressif de l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans entre juillet 2011 et 2018, à raison de quatre mois par génération.

Depuis la rentrée, six journées de mobilisation nationale ont été organisées à l’appel de tous les syndicats, qui exigent le maintien de la retraite à 60 ans. Deux nouvelles journées sont annoncées: le jeudi 28 octobre et le samedi 6 novembre.

Le projet de loi repousse aussi à 67 ans (au lieu de 65 ans aujourd’hui) l’âge où les travailleurs ont droit à une pension sans décote même s’il leur manque des trimestres de cotisation. L’âge de départ en retraite dans les régimes spéciaux sera aussi progressivement relevé de deux ans à partir de 2017.

Seuls compromis faits par le gouvernement, début octobre: il a été décidé de maintenir à 65 ans l’âge de départ à taux plein pour les parents de plus de trois enfants nés avant 1956, et de conserver -de manière pérenne- la retraite sans décote à 65 ans pour les parents d’enfants handicapés.

Avant le vote, le ministre du Travail Eric Woerth a insisté sur le fait que «les vrais défenseurs de notre système social, ce sont ceux qui garantissent son avenir». Selon lui, «un jour viendra où les adversaires d’hier seront reconnaissants au président de la République, au gouvernement et à la majorité parlementaire d’avoir eu le courage d’assumer entièrement leurs responsabilités».

Jeudi après-midi, pour accélérer les débats sur la réforme des retraites, le gouvernement a demandé au Sénat un vote unique pour les 254 amendements qu’il restait encore à examiner.
Par ailleurs, en cette veille de vacances de la Toussaint, les autorités françaises tentaient vendredi de réalimenter les pompes à essence.

Une station-service sur cinq est en panne sèhe

Les forces de l’ordre ont débloqué au petit matin la raffinerie qui approvisionne la région parisienne. Une station-service sur cinq restait en panne sèche, contre deux quelques jours plus tôt, selon le gouvernement, qui estimait que le retour à la normale prendrait encore plusieurs jours.

Depuis mercredi, les dépôts pétroliers de Donges, La Rochelle-La Pallice et Le Mans ont été débloqués. Vendredi avant l’aube, c’était au tour des dépôts de la raffinerie de Grandpuits. Situé à 80 kilomètres de Paris, ce site était bloqué depuis une dizaine de jours par des grévistes opposés à la réforme des retraites. L’opération de vendredi matin visait à rendre accessibles les dépôts de carburant et non à redémarrer la raffinerie, affirme le ministère de l’Intérieur.

D’après le ministère de l’Écologie et des Transports, entre 20 et 21 pour cent des stations-service du pays étaient à sec vendredi, contre 40 pour cent quelques jours plus tôt. Le retour à la normale prendra encore plusieurs jours, a estimé le premier ministre François Fillon, qui a réuni vendredi matin les représentants de la production et de la distribution des carburants.

Les 12 raffineries de France demeurent à l’arrêt complet et les terminaux pétroliers de Marseille et du Havre restent bloqués, rendant difficile la remise en ordre du système de distribution. Ailleurs, de nouvelles tensions ont émaillé la journée de jeudi dans le centre-ville de Lyon alors que le préfet du Rhône Jacques Gérault promettait que «toutes les mesures» étaient prises pour que les casseurs et autres pilleurs «soient interpellés».

Le préfet a indiqué lors d’une conférence de presse que 36 personnes ont été arrêtées jeudi, ce qui porte à 265 le nombre d’interpellations depuis le début du mouvement sur les retraites à Lyon, dont deux tiers de mineurs.

Pendant plusieurs heures jeudi, environ 200 lycéens ont été isolés et bloqués par les forces de l’ordre, selon une technique déjà utilisée la veille sur un pont de la ville pour contrôler les débordements.

L’intersyndicale à l’origine du mouvement contre la réforme des retraites a annoncé jeudi soir l’organisation d’une nouvelle journée nationale de grèves et de manifestations — la 7e depuis la rentrée — le jeudi 28 octobre, suivie de défilés dans toute la France le samedi 6 novembre.
Cette annonce a été faite à l’issue d’une réunion de l’intersyndicale au siège de la CFDT à Paris. Entre ces deux journées d’action, les organisations syndicales se retrouveront le 4 novembre.

L’Union nationale lycéenne, qui organisait ce jeudi une journée de manifestations des étudiants et des lycéens, a immédiatement fait savoir par communiqué qu’elle se joignait à l’appel aux deux journées de mobilisation de l’intersyndicale.

Enfin, plusieurs dizaines de manifestants ont bloqué vendredi la gare de péage de la frontière espagnole à Biriatou (Pyrénées-Atlantiques) afin d’empêcher les poids lourds, et notamment ceux transportant de l’essence, de rentrer sur le territoire français.

Une soixantaine de personnes répondant à l’appel des collectifs «Appel retraites Pays Basque» et «Oldartu» («se révolter» en basque) ont bloqué avec leurs véhicules les trois barrières de péage réservées aux poids lourds, a-t-on appris auprès de ces militants.

Les véhicules légers pouvaient franchir ce passage, mais sur cette autoroute très fréquentée qui relie la France à l’Espagne, les poids lourds ont considérablement ralenti le trafic. Selon une source policière, les embouteillages atteignaient à 14h une trentaine de kilomètres côté espagnol.

1 commentaire
  • Carole Dionne - Inscrite 22 octobre 2010 16 h 14

    SEULS LES FRANÇAIS COMPRENNENT LE PROBLÈME...

    Les autres pays, ils sont dans les patates. J'aimerais donc ça être française: tout connaître sur tout.