En pleine présidence de l'UE - La Belgique s'enfonce dans la crise

Le chef des indépendantistes flamands a présenté hier une nouvelle proposition de compromis pour réformer les institutions belges, qui apparaît comme l'ultime chance de sortir le pays de la crise politique dans laquelle il est englué depuis plus de trois ans. La proposition a cependant été rejetée.

Bruxelles — L'avenir de la Belgique, en pleine présidence de l'UE, apparaissait plus incertain que jamais hier à la suite du rejet par les francophones d'une proposition de compromis sur une réforme du pays présentée comme celle de la dernière chance par les indépendantistes flamands.

Missionné par le roi Albert II pour tenter de trouver une issue au blocage sur la formation d'un gouvernement fédéral, toujours introuvable depuis les élections législatives du 13 juin, le chef de file des indépendantistes flamands, Bart De Wever, a remis sa copie hier.

Mais son offre a été immédiatement rejetée par les partis francophones, plongeant du même coup le pays dans l'incertitude. À leurs yeux, elle va beaucoup trop dans le sens des revendications flamandes.

Le premier parti francophone, le Parti socialiste, a exprimé sa «profonde déception», estimant que le texte de De Wever «ne rapproche pas les points de vue».

Il a dénoncé le «caractère unilatéral, parfois provocateur», selon lui, de certaines propositions, qui risque «d'accroître les tensions» entre néerlandophones et francophones.

Même son de cloche du côté du mouvement centriste CDH. Ce dernier a qualifié le document de «position unilatérale peu susceptible sur de nombreux points de rapprocher les points de vue».

À prendre ou à laisser


Le patron de la N-VA, grand vainqueur des élections du 13 juin en Flandre, la région néerlandophone du pays où vivent 60 % des Belges, avait pourtant présenté son compromis peu ou prou comme à prendre ou à laisser.

Dans le détail, l'offre prévoit d'abord une autonomie fiscale nettement accrue des régions, allant dans le sens des revendications historiques de la Flandre.

Elle prévoit de laisser les régions (Flandre, Wallonie et Bruxelles) gérer elles-mêmes «environ 45 % des recettes totales de l'impôt» sur le revenu dans le pays, soit 16 milliards d'euros au total, la Flandre héritant de la plus grosse part du gâteau (10 milliards d'euros).

De Wever, accepte des subventions supplémentaires pour la ville-région de Bruxelles, très lourdement endettée. Mais beaucoup moins que ce que voulaient les francophones.

Sur ces deux points, le PS a parlé de propositions qui «mettent en péril le bien-être des Wallons et des Bruxellois», et risquent de mettre fin à tout mécanisme de solidarité de l'État fédéral entre le nord et le sud du pays.

Dernier dossier épineux: les droits linguistiques spéciaux dont bénéficient des dizaines de milliers les francophones vivant en Flandre, dans la banlieue de Bruxelles. L'offre qui est sur la table veut les supprimer, sauf dans six communes où les francophones sont majoritaires: leurs habitants pourraient continuer à voter pour des candidats de leur langue aux élections législatives.

Pas assez, là encore, pour le PS, qui a jugé que les droits des francophones de cette zone seraient «bafoués».

Cette proposition «ne peut être que rejetée, car elle prépare le séparatisme aux conditions voulues par la Flandre nationaliste», a renchéri le chef du parti FDF, Olivier Maingain, en pointe dans la défense des droits des francophones.

Face à ce que le quotidien Le Soir qualifie d'«impasse», le roi risque au final de n'avoir d'autre solution que de convoquer de nouvelles élections législatives, alors que le scrutin le 13 juin — déjà anticipé — a été marqué par le triomphe de la N-VA indépendantiste en Flandre.

La Belgique traverse une crise politique quasi ininterrompue depuis juin 2007, en raison des divergences entre néerlandophones et francophones sur l'avenir du royaume, menacé d'éclatement au moment où le pays assure la présidence tournante de l'UE.

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