Analyse - La Bosnie dans l'impasse

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Photo: Agence Reuters Danilo Krstanovic On s’affairait déjà à retirer les affiches électorales hier, à Sarajevo.

Sarajevo — Les élections générales organisées dimanche en Bosnie ont confirmé les profondes divisions ethniques entre ses deux entités, ce qui risque de peser sur les perspectives d'adhésion à l'Union européenne de l'ensemble des pays des Balkans.

Du côté de la République serbe, le SNSD du premier ministre Milorad Dodik, qui menace d'engager un processus de sécession, est arrivé en tête; du côté de la Fédération croato-musulmane, le SDP, principal parti de l'opposition et formation multi-ethnique, est le grand vainqueur du scrutin, d'après les résultats divulgués hier.

Les divisions


Le vote de dimanche illustre les divisions persistantes qui empêchent les institutions de fonctionner correctement 15 ans après la fin d'une guerre qui a fait 100 000 morts.

Pour des diplomates et des spécialistes de la région, seule la communauté internationale, qui dispose de prérogatives importantes via son Haut représentant, est en mesure de faire sortir la Bosnie de l'impasse, à condition que l'Union européenne et les États-Unis s'engagent de manière plus active et coordonnée.

Au coeur des problèmes politiques de la Bosnie se trouvent les divisions ethniques réveillées par la dislocation de l'ancienne Yougoslavie en 1991. «[La Bosnie] est probablement bien plus mélangée sur le plan ethnique que tout autre pays en Europe», souligne Thomas Miller, ancien ambassadeur des États-Unis en Bosnie.

La majorité de la population bosniaque descend des mêmes peuplades slaves du sud de l'Europe. Une frange importante s'est convertie à l'islam en raison de la domination de l'empire ottoman pendant des siècles. Quelles que soient leurs croyances, voire leur absence de foi, les habitants sont désignés en fonction de leurs origines religieuses. Musulmans, catholiques, chrétiens orthodoxes et juifs cohabitaient pacifiquement autrefois à Sarajevo. De modèle de tolérance, la capitale bosniaque s'est transformée au début des années 1990 en symbole de haine.

Divergences

Majoritaires, les musulmans réclament un État central fort. Deuxièmes en nombre, les Serbes prônent une plus grande autonomie. Milorad Dodik a même évoqué la possibilité d'une scission dans un délai de quelques années puisque les accords conclus en 1995 à Dayton aux États-Unis ont préservé l'entité serbe formée durant la guerre de 1992-1995.

Clifford Bond, autre ancien ambassadeur américain, soutient que l'absence de stabilité politique reste le principal obstacle à court terme. Les efforts diplomatiques européens et américains pour promouvoir le changement en Bosnie en échange d'un rapprochement plus rapide avec l'UE et l'OTAN ont buté sur les divisions ethniques.