Réforme des retraites en France - Nouvelle journée de protestation

Les syndicats français semblent avoir maintenu la mobilisation contre les changements aux retraites.<br />
Photo: Agence Reuters Charles Platiau Les syndicats français semblent avoir maintenu la mobilisation contre les changements aux retraites.

Paris — Entre un et trois millions de manifestants ont battu hier le pavé dans la plupart des grandes villes de France à l'occasion d'une seconde journée nationale de protestation contre la réforme des retraites. À Paris seulement, ils étaient entre 65 000 et 300 000. Malgré ce grand écart entre les évaluations de la police et celle des syndicats, on estimait hier que le nombre de manifestants était proche de celui du 7 septembre dernier. Par contre, on enregistrait une baisse sensible du nombre de grévistes.

Pendant qu'une marée humaine bloquait le centre de la capitale, les passagers circulaient plutôt bien dans le métro. Les trains de banlieue et régionaux étaient plus perturbés, ainsi que les avions, les écoles et la poste. Mais jamais autant qu'à l'époque des grandes grèves de 2003 et 1995. Répondant à l'appel des syndicats, des cortèges étudiants sont venus pour la première fois grossir les rangs des protestataires en fin de journée.

Victoire !


Dans une stratégie de communication bien orchestrée, l'Élysée a crié victoire avant même la fin des manifestations alors qu'un peu plus tard, les chefs syndicaux se félicitaient eux aussi de la mobilisation. Selon les chiffres du gouvernement, à la mi-journée, le pourcentage de grévistes dans la fonction publique était de 20 %, soit six points de moins que le 7 septembre dernier. «Cela signifie que, soit les Français considèrent que tout cela est déjà derrière eux, soit qu'ils adhèrent davantage à la réforme», a affirmé le porte-parole de l'Élysée.

Ce n'est pas l'opinion des syndicats, qui disent avoir au moins égalé les chiffres des manifestations du 7 septembre dernier. Si Nicolas Sarkozy «ne change pas d'opinion et reste sur une position intransigeante, notre devoir et notre responsabilité d'organisation syndicale c'est d'envisager naturellement d'autres initiatives», a dit Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT.

L'ancienne candidate socialiste Ségolène Royal a dénoncé une «manipulation» de l'Élysée qui annonce «des chiffres minorés avant même que les cortèges démarrent». En 2006, une étude détaillée réalisée par le quotidien Le Parisien avec des photos aériennes avait révélé que les chiffres syndicaux étaient gonflés de 40 %, alors que ceux de la police étaient sous-évalués de 20 %.

«La réforme sera votée et appliquée, car sinon, on ne paiera plus les retraites des Français», a réitéré Éric Woerth. Le ministre du Travail ne ferme cependant pas la porte à quelques aménagements mineurs. Selon le socialiste Julien Dray, le gouvernement aurait «tort de croire que le mouvement contre les retraites pourrait s'essouffler».

Des modifications ?


Le temps joue contre les syndicats, estiment par ailleurs plusieurs observateurs indépendants, qui considèrent que les dirigeants syndicaux savent fort bien que le gouvernement ne reculera pas sur le fond de la réforme. Déjà voté une première fois à l'Assemblée nationale, le projet de loi qui retarde le départ à la retraite de 60 à 62 ans (et la pleine pension de 65 à 67 ans) sera discuté au Sénat à partir du 5 octobre. «Voté à l'Assemblée, le texte le sera au Sénat avec une majorité aussi soudée», a déclaré à Paris Match le président de la Commission des finances du Sénat, le centriste Jean Arthuis. Certains syndiqués semblent néanmoins déterminés à arracher des modifications afin de tenir compte du parcours professionnel des femmes dont les grossesses ont pour effet de diminuer les retraites.

Les syndicats décideront vendredi s'ils organiseront une nouvelle journée nationale d'action. Certains, plus radicaux, parlent d'une éventuelle grève reconductible. On avance les dates du 2 ou du 9 octobre prochain pour de nouvelles manifestations nationales. Les syndicats pourraient en effet privilégier le week-end afin d'éviter de demander aux salariés de faire grève à nouveau.

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Correspondant du Devoir à Paris