Élections en Grande-Bretagne : David Cameron remporte le dernier débat

Le chef conservateur David Cameron (à gauche) serre la main du premier ministre britannique, Gordon Brown, à l’issue du troisième et dernier débat des chefs avant les élerctions de jeudi prochain. Au centre, le libéral-démocrate Nick Clegg.
Photo: Agence Reuters Le chef conservateur David Cameron (à gauche) serre la main du premier ministre britannique, Gordon Brown, à l’issue du troisième et dernier débat des chefs avant les élerctions de jeudi prochain. Au centre, le libéral-démocrate Nick Clegg.

Londres — Hier soir, toute la Grande-Bretagne avait les yeux rivés sur le petit écran où les chefs de parti, réunis à Birmingham, participaient au dernier débat télévisé de la campagne électorale qui portait sur l'économie. À une semaine du scrutin, le chef conservateur David Cameron a dominé l'échange souvent vif mais toujours d'un bon niveau. Le libéral-démocrate Nick Clegg, qui était sorti gagnant des deux débats précédents, a maintenu sa position de «king maker» même s'il n'était pas au sommet de sa forme sur les questions économiques. Quant au premier ministre travailliste sortant, Gordon Brown, il n'est pas parvenu à faire oublier la gaffe monumentale qui le poursuit depuis 48 heures. À Londres, on ne parle plus que de ça. Se croyant hors micro, le premier ministre a traité une électrice travailliste de 65 ans de «bigote».

Pour la premières fois depuis le début de ces débats, le benjamin des trois leaders, Nick Clegg, cachait mal son manque d'expérience en matière économique. Clegg a souvent été coincé dans un duel vigoureux opposant le conservateur David Cameron, qui arrive difficilement à creuser l'écart, au travailliste Gordon Brown, qui n'avait plus rien à perdre. Un sondage YouGov réalisé immédiatement après le débat auprès de 1151 spectateurs accordait la victoire au conservateur David Cameron, avec 43 %. Le libéral-démocrate, qui avait remporté les deux débats précédents, recueillait 32 % d'opinions favorables devant Gordon Brown, qui tirait de l'arrière avec 25 %.

Clegg a défendu son intention de «remettre le système fiscal sur ses pieds et de le rendre plus juste». Il été poussé dans ses retranchements lorsque David Cameron a critiqué les sympathies de son parti à l'égard de la monnaie européenne, une cause qui n'a rien de populaire en Grande-Bretagne. Il a aussi péniblement défendu la nécessité d'une amnistie à l'égard des immigrants illégaux qui vivent en Grande-Bretagne depuis dix ans. Une autre cause qui prend les Britanniques à rebrousse-poil. C'est une proposition controversée a-t-il admis, mais qui «tient compte du monde tel qu'il est». On sentait hier que Clegg n'avait plus l'avantage de la nouveauté. Il n'a cependant pas hésité à recycler le slogan électoral de Barack Obama (Yes we can) en utilisant le mot «can» à toutes les sauces.

Conscient qu'il s'agissait d'une des dernières occasions de creuser et de consolider son avance trop faible pour être certain de diriger un gouvernement majoritaire, le conservateur David Cameron a dominé le débat à plusieurs reprises et s'est montré le plus déterminé à réduire le déficit abyssal de la Grande-Bretagne, qu'il compare à celui de la Grèce. Soucieux de faire oublier l'héritage des années Thatcher, Cameron assure néanmoins qu'il ne touchera pas aux «services de première ligne» destinés aux plus pauvres.

Gordon Brown, qui doit d'avoir survécu jusque-là à son action vigoureuse pendant la crise financière, a défendu pied à pied son bilan économique. «Je sais comment diriger une économie quand ça va bien, mais aussi quand ça va mal.» Il s'en est pris aux réductions de budget que propose David Cameron et qui pourraient compromettre la reprise, dit-il.

Journalistes et spectateurs n'avaient cependant en tête que l'énorme gaffe du premier ministre qui, la veille, croyant les micros éteints, a traité de «bigote» une électrice travailliste qui reprochait à son parti son laxisme en matière d'immigration. Gillian Duffy, une retraitée de Rochdale, est devenue depuis 48 heures la coqueluche des médias britanniques et étrangers. Dans une allusion à peine voilée à cette affaire dont le premier ministre n'avait vraiment pas besoin, Brown a affirmé d'entrée de jeu que «ce métier est exigeant et, comme vous l'avez vu hier, je n'ai pas tout réussi».

À une question reprenant les critiques de Gillian Duffy et évoquant la surdité des hommes politiques à l'égard du peuple, en particulier sur les questions d'immigration, Gordon Brown a fait valoir son engagement sur le terrain depuis des années afin de créer «des emplois pour les Britanniques». Ses adversaires n'ont fait aucune allusion directe à cette gaffe qui vient réduire à néant les efforts que Gordon Brown déployait depuis deux ans afin de prouver à la population que les travaillistes avaient rompu avec le laxisme en matière d'immigration et qu'on pouvait les prendre au mot.

Ce débat vigoureux n'a pas empêché les candidats de se retrouver plus ou moins d'accord sur de nombreuses questions comme la réduction du déficit, la réforme des banques et la lutte contre les primes astronomiques des banquiers.

Un dernier sondage YouGov réalisé peu avant le débat accordait 34 % aux conservateurs, 28 % aux libéraux-démocrates et 27 % aux travaillistes. La carte électorale devrait cependant avantager les travaillistes, si bien que la perspective d'un gouvernement minoritaire est toujours plus que probable. Reste à savoir avec qui.

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Correspondant du Devoir à Paris
4 commentaires
  • pierre savard - Inscrit 30 avril 2010 07 h 10

    Travaillistes

    Les travaillistes ont ruiné la Grande-Bretagne. Il est temps qu'ils quittent le pouvoir.

  • Sylvain Auclair - Abonné 30 avril 2010 13 h 00

    Les conservateurs

    Et les conservateurs l'avaient détruite auparavant...

  • Naturelebo - Inscrit 30 avril 2010 16 h 00

    Ayoye...

    je sais pas comment le dire, ici et là, je remarque que c'est toujours la faute des politiciens. Dans l'approche psychodynamique, on parle de transfert émotionnel... est-ce les politiciens qui détiennent le monopole de la BAVURE? le peuple d'ici et de là n'aurait-il pas lui aussi qqchose a améliorer, à travailler, à éduquer, à s'informer et à s'impliquer.

    On a les politiciens qu'on choisit POINT. C ça la DÉMOCRAYTIE... si on en peut plus d'un parti ou d'un autre, on a juste à travailler notre personnalité pour orienter, en toute confiance, notre voix vers un autre parti...

    PARTOUT DANS LE MONDE, le vote de contestation devrait être soit l'abstention de voter ou bien, donner son vote à un parti comme le PARTI VERT... ce serait là un geste majeur.

    C ce que je souhaite aux Québécois... du rouge au Bleu, passons au VERT...

  • Roman Daniel - Inscrit 4 mai 2010 15 h 53

    Pour qui voteriez-vous ?

    Si vous étiez anglais, pour qui voteriez-vous ? Question du sondage flash vu sur Pnyx.com : http://www.pnyx.com/fr_fr/poll/660