La flotte russe dans les eaux ukrainiennes jusqu'en 2042 - Crêpage de chignon au Parlement de Kiev

Fumigènes, œufs, coups de poing, morsures: l’hémicyle ukrainien s’est transformé en foire d’empoigne hier
Photo: Agence Reuters Gleb Garanich Fumigènes, œufs, coups de poing, morsures: l’hémicyle ukrainien s’est transformé en foire d’empoigne hier

Une violente mêlée entre députés à Kiev provoquée hier par le vote d'un texte autorisant la marine de guerre russe à mouiller dans les eaux ukrainiennes jusqu'en 2042 laisse présager de nouvelles turbulences dans un pays lassé par les crises politiques à répétition.

Kiev — L'accord controversé sur le maintien jusqu'en 2042 de la flotte russe en Crimée a été ratifié hier par les Parlements ukrainien et russe, lors d'un vote rocambolesque émaillé d'incidents à Kiev où l'opposition pro-occidentale s'inquiète pour la souveraineté du pays.

Lancers de fumigènes, volées d'oeufs, coups de poing et morsures: l'hémicycle ukrainien s'est transformé en foire d'empoigne entre députés de l'opposition pro-occidentale et la majorité du président Viktor Ianoukovitch, favorable à la ratification du texte.

Le président du Parlement, Volodymyr Litvine, malgré cette fronde spectaculaire, n'a pas interrompu la séance, animant les débats, abrité derrière des parapluies noirs, alors que certains de ses collègues, les visages rouges de colère, tentaient de s'assommer ou de s'étrangler dans une salle enfumée.

Malgré ces péripéties, 236 des 450 députés ukrainiens ont validé l'accord, qui prévoit le maintien jusqu'en 2042 de la flotte russe de la mer Noire stationnée en Crimée (sud), en échange d'une considérable ristourne sur le prix du gaz russe pour l'Ukraine. Des milliers de manifestants d'opposition ont par ailleurs manifesté dans la matinée devant le siège du Parlement pour dénoncer l'accord, clamant notamment: «La flotte de Moscou, dehors !».

Timochenko

L'ex-premier ministre ukrainien, Ioulia Timochenko, leur a d'ailleurs juré de continuer la lutte et a appelé à une vaste manifestation le 11 mai à Kiev. «Aujourd'hui, nous commençons à unir tout le pays pour que, le 11 mai, les gens se rassemblent [...] pour bloquer le travail du Parlement et obtenir des élections anticipées», a déclaré la candidate à l'élection présidentielle de février remportée par M. Ianoukovitch.

Le premier ministre russe, Vladimir Poutine, s'est lui réjoui du succès du vote, fustigeant au passage les opposants pro-occidentaux qui voient dans ce texte un acte de trahison, une tentative de brader la souveraineté du pays.

«Malgré les sorties de hooligans de l'opposition [...] la situation en Ukraine commence à se stabiliser», a déclaré Poutine lors d'une réunion à Sotchi (sud de la Russie).

«Ce qui s'est passé aujourd'hui à Kiev envoie deux signaux: le nouveau pouvoir ukrainien a l'intention de construire une nouvelle relation avec la Russie et est prêt à consolider la société» ukrainienne, a-t-il poursuivi.