L'Espagne s'offre un débat «politique» sur la tauromachie

Barcelone — Le débat sur la corrida lancé en Catalogne a pris une tournure politique en Espagne, où la région de Madrid, dirigée par l'opposition de droite, a décidé d'inscrire la tauromachie à son patrimoine culturel.

Cette décision, annoncée jeudi alors que s'achevait une audition de deux jours au parlement catalan sur une possible interdiction des corridas, était interprétée hier par une partie de la presse espagnole comme une volonté de politiser le débat.

«La droite espagnole exploite le débat catalan sur les taureaux», titrait le quotidien de Barcelone El Periodico (centre gauche), après que la présidente conservatrice de la Communauté de Madrid, Esperanza Aguirre, eut proclamé la tauromachie «bien d'intérêt culturel».

«Elle a trouvé un filon politique de nature identitaire, confrontant l'Espagne à la Catalogne», poursuit le journal.

Les défenseurs de la corrida accusent les antitaurins catalans de vouloir interdire la tauromachie parce qu'elle est «espagnole» et castillane.

Le Parlement catalan avait accepté en décembre d'examiner une «initiative législative populaire» réclamant l'interdiction des corridas en Catalogne et des auditions, marquées par de vifs échanges entre partisans et adversaires de la tauromachie, ont été organisées cette semaine. Les débats, auxquels participaient des défenseurs français de la «fiesta» taurine, vont se poursuivre en mars avant que le parlement ne se prononce. Une interdiction pure et simple des corridas en Catalogne est jugée peu probable.

La Communauté de Madrid deviendrait la première région espagnole à inscrire la corrida à son patrimoine culturel et le quotidien de centre gauche El Pais stigmatisait lui aussi vendredi une «volonté de convertir le débat sur les taureaux en question identitaire».

Le quotidien de droite ABC se félicitait en revanche de cette décision, fustigeant dans un éditorial l'opposition à la corrida du «nationalisme radical» catalan et sa volonté «d'éliminer tout vestige de la culture commune à tous les Espagnols».