Crise budgétaire - L'Europe exige davantage de la Grèce

Le commissaire européen aux Affaires écono-miques et monétaires, Olli Rehn
Photo: Agence France-Presse (photo) Louisa Gouliamaki Le commissaire européen aux Affaires écono-miques et monétaires, Olli Rehn

Athènes — L'Union européenne (UE) a exhorté la Grèce hier à prendre des mesures d'austérité supplémentaires pour juguler sa crise budgétaire et s'est engagée à l'aider à la surmonter. Le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, a formulé cette demande après avoir rencontré des responsables grecs. Il a ensuite déclaré qu'Athènes n'avait pas demandé d'aide financière, répétant que l'Union européenne était prête à prendre des mesures en faveur de la Grèce.

Les marchés tendent à penser de plus en plus qu'il y aura un plan qui se traduira par des mesures concrètes de soutien de la part de l'UE en échange d'un complément de mesures budgétaires de la part d'Athènes.

«Je suis sûr qu'ensemble, nous surmonterons ces terribles défis économiques et budgétaires», a déclaré Olli Rehn, à l'issue d'une rencontre avec le ministre des Finances George Papaconstantinou. «J'entends encourager les autorités grecques à envisager et à annoncer de nouvelles mesures dans les jours qui viennent pour atteindre cet objectif».

Le premier ministre George Papandréou semble, il est vrai, vouloir préparer le pays à de nouveaux sacrifices, dramatisant la situation et en appelant à un soutien populaire, lors de propos tenus hier en conseil des ministres. Son ministre du Travail a proposé un gel des retraites cette année, entre autres mesures pour contenir la dépense publique.

«Nous demandons aujourd'hui aux hommes et aux femmes de Grèce de faire corps avec notre cause commune, qui est de sauver notre pays, et l'écrasante majorité de nos concitoyens est prête à le faire en dépit du prix [à payer] et du fardeau... Tout le monde dit oui», a dit George Papandréou.

Ce dernier doit rencontrer la chancelière allemande Angela Merkel vendredi à Berlin, une réunion vraisemblablement primordiale, car l'Allemagne paraît détenir le sésame pour débloquer une aide communautaire. «Nous voulons apporter notre soutien à la Grèce», a-t-elle déclaré, tout en appelant les marchés à regagner confiance dans la monnaie européenne.

Les coûts d'emprunt de la Grèce sont tombés hier à leur niveau le plus bas depuis la mi-février, les marchés pensant qu'Athènes soumettra bientôt du nouveau, en l'espèce des hausses d'impôt et une réduction des dépenses, pour, si ce n'est combler le déficit, au moins le réduire sensiblement.

Cela pourrait en retour pousser l'UE à traduire en actes son soutien verbal à la Grèce, confrontée à une échéance de l'ordre de 25 milliards d'euros d'ici la fin mai, peut-être par le biais de garanties publiques apportées aux banques qui souscriraient à la dette souveraine du pays, ont déclaré des parlementaires allemandes et de l'Union européenne.

Néanmoins, pour l'heure, la Grèce doit encore payer plus de trois points au-dessus des rendements des Bund allemands pour pouvoir emprunter sur les marchés de capitaux.

Les autorités européennes ont également choisi, semble-t-il, de prendre à bras-le-corps la spéculation contre la dette grecque. Selon une source proche du dossier, les autorités financières allemandes ont ainsi pris des mesures pour identifier ceux qui spéculent sur la dette grecque, dans le but d'éviter qu'ils n'engrangent des bénéfices indus dans le cas d'une assistance à la Grèce.

Face aux attaques multiples sur la dette grecque qui ont marqué les marchés ces derniers jours, certains impliquant des banques d'investissement ou des fonds spéculatifs, le président de l'Eurogroupe, le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a déclaré au quotidien financier allemand Handelsblatt que l'Europe ne resterait pas les bras croisés.

Quant à la ministre française de l'Économie, Christine Lagarde, elle s'est prononcée dimanche pour une réglementation très rigoureuse des CDS (swaps de défaut de crédit) souverains, voire pour leur interdiction pure et simple.