Analyse - La Grèce pousse l'Union européenne à changer de régime

En dépit de la situation fiscale de la Grèce, les dépôts bancaires y demeurent stables.
Photo: Yiorgis Karahalis En dépit de la situation fiscale de la Grèce, les dépôts bancaires y demeurent stables.

Bruxelles — La crise grecque, qui est loin d'être terminée, a déjà montré que le traité de Maastricht a partiellement échoué: une politique monétaire fédérale et des politiques économiques et budgétaires nationales, cela ne peut pas fonctionner durablement. «Il y a une prise de conscience de ce problème chez les Vingt-Sept», a souligné jeudi après-midi, devant le Parlement européen, le président de la Commission, José Manuel Durão Barroso, approuvé par Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen des chefs d'État et de gouvernement.

Le débat sur l'après-crise a donc commencé et chacun s'accorde à reconnaître que la zone euro ne pourra pas faire l'économie d'un véritable «gouvernement économique», sauf à sombrer à la prochaine tempête. «Les conditions pour un saut qualitatif dans l'intégration sont réunies», analyse un diplomate d'un grand pays. «La véritable mise sous tutelle de la Grèce, décidée par l'Eurogroupe le 15 février, aurait tout simplement été inimaginable il y a quelques mois, souligne un diplomate européen. On est au-delà d'une simple application des traités européens. Nous sommes en train de les modifier sans le dire pour faire entrer dans les faits un véritable gouvernement économique de la zone euro.»

Depuis lundi, des experts de la Commission et de la Banque centrale européenne sont à Athènes pour éplucher les comptes grecs, assistés par le Fonds monétaire international (FMI) qui sait, mieux que les Européens, auditer les finances publiques. Leur but: s'assurer que le pays ne cache rien et prend les mesures d'austérité adéquates pour réduire son déficit public de 4 % du PIB, comme il s'y est engagé. C'est seulement à cette condition que ses partenaires de la zone euro lui viendront en aide si les marchés continuent à exiger des taux d'intérêt trop élevés pour lui prêter de l'argent (actuellement, l'augmentation des taux coûte à la Grèce 0,5 % du PIB en année pleine).

Des faux-semblants

Les députés européens, lors du débat organisé jeudi sur les leçons à tirer de la crise grecque, ont estimé qu'il fallait aller encore plus loin. Ainsi, le Français Joseph Daul, le président du groupe PPE (conservateurs), le plus important du Parlement européen, a repris à son compte les propositions de l'ancien premier ministre Édouard Balladu. Dans une tribune publiée dans Le Figaro du 18 février, il estimait que «la participation à la zone euro ne peut se limiter à la gestion monétaire, elle doit aussi s'étendre à la gestion économique des États qui en sont membres». En particulier, l'Eurogroupe, comme le propose aussi Jean-Claude Juncker, le premier ministre luxembourgeois et président de cette enceinte qui réunit les ministres des Finances, devrait «approuver les projets de budget élaborés par les gouvernements avant que ceux-ci ne soient soumis à leurs Parlements respectifs».

Pour Joseph Daul, «ce n'est pas facile pour un Français de dire cela»... Et de conclure: «Les États ne doivent plus s'accrocher à des apparences de souveraineté économique» qui ne sont que «des faux-semblants». Guy Verhofstadt, le président du groupe ADLE (libéral et démocrate) au Parlement européen, propose, lui, de créer un «fonds monétaire européen» capable d'émettre des emprunts. De fait, si l'Union dispose d'un fonds de 50 milliards d'euros pour aider les pays de l'UE hors zone euro, elle n'a aucun instrument équivalent pour la zone euro. José Manuel Durão Barroso, prudent, espère que «les petits intérêts nationaux n'empêcheront pas la mise en place d'une plus grande coordination et d'une vraie gouvernance européenne».

Car les réticences nationales demeurent fortes. Ainsi, il n'est même pas encore acquis que les partenaires d'Athènes voleront bien à son secours. «On en est au stade préliminaire des discussions. Paris et Berlin ne sont pas encore sur la même longueur d'onde», reconnaît, désespéré, une source proche du dossier, même si les «réunions secrètes» se poursuivent. «Athènes, pour faire bouger les choses, menace même de faire appel au FMI pour lui prêter de l'argent, ce qui serait le comble de l'humiliation pour nous.» Les marchés financiers laisseront-ils à la zone euro le temps de trancher ses querelles idéologiques?
1 commentaire
  • Catherine Paquet - Abonnée 27 février 2010 04 h 41

    Une source de réflexion salutaire pour les Québécois.

    Voyez ce que soutiennent les experts. Quand ils possèdent une monnaie commune, "les États ne doivent plus s'accrocher à des apparences de souveraineté économique".

    Et l'ex-premier ministre français Édouard Balladur d'ajouter:«la participation à la zone euro ne peut se limiter à la gestion monétaire, elle doit aussi s'étendre à la gestion économique des États qui en sont membres».

    Le premier ministre du Luxembourg, qui préside l'Eurogroupe, réunissant les pays de l'Union européenne qui ont adopté l'euro, estime que les gestionnaires de l'Eurogroupe devraient "approuver les projets de budget élaborés par les gouvernements avant que ceux-ci ne soient soumis à leurs Parlements respectifs."

    Imaginons maintenant comment se dérouleraient les négociations éventuelles, entre un Québec éventuellement souverain, qui utiliserait le dollar canadien, et les autorités de la Banque centrale et les politiciens fédéraux. Pas faciles... Qu'on soit lucide ou solidaire.

    Donc, posséder une même monnaie implique nécessairement que les partenaires appliquent les mêmes règles budgétaires, la même discipline monétaire et la même rigueur dans la gestions de l'économie. Et les taux d'intérèts et le niveau de la masse monétaire sont décidés par la Banque centrale, compte tenu de la situation qui prévaut dans l'ensemble de la zône économique.

    Qu'un Québec éventuellement souverain choisisse le dollar canadien ou le dollar américain, la marge de souveraineté monétaire, financière, budgétaire et économique sera toujours aussi mince qu'elle l'est maintenant, et probablement plus mince.