Ukraine - Timochenko s'entête

Ioulia Timochenko a salué ses partisans en sortant de la cour hier, à Kiev.
Photo: Agence Reuters Alexander Prokoshenko Ioulia Timochenko a salué ses partisans en sortant de la cour hier, à Kiev.

Kiev — Le premier ministre ukrainien, Ioulia Timochenko, a déposé hier un recours en justice pour tenter de faire annuler sa défaite à l'élection présidentielle, remportée par le candidat pro-russe, Viktor Ianoukovitch, qui doit prendre ses fonctions à la tête de l'État le 25 février.

Mme Timochenko s'est présentée personnellement au siège de la Cour administrative suprême, l'instance chargée de se prononcer sur ce type d'affaires, dans une ambiance tendue.

Dénonçant une nouvelle fois des «fraudes systémiques et fondamentales» lors du vote, Ioulia Timochenko a dit espérer «que le procès sera propre», selon l'agence Interfax. «Il s'agit de protéger notre État des forces anti-ukrainiennes, qui vont ruiner définitivement le germe de la démocratie en Ukraine», a-t-elle encore lancé pour expliquer son recours en justice et son refus de concéder sa défaite lors du deuxième tour de la présidentielle le 7 février.

Mme Timochenko, qui est arrivée 3,5 points (890 000 suffrages) derrière son adversaire, réclame l'annulation du «protocole de la Commission électorale centrale qui établit le résultat officiel de l'élection», selon un communiqué publié sur son site officiel. Le recours qu'elle a déposé «est constitué de neuf volumes incluant des photos et des enregistrements vidéo qui prouvent les falsifications observées lors du deuxième tour du scrutin», poursuit ce document.

Mme Timochenko propose également d'interroger comme témoin un membre de la mission d'observation électorale de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), bien que cette dernière ait jugé le vote libre et honnête et dit n'avoir aucune information sur des fraudes électorales. Les politologues ukrainiens sont d'ailleurs très sceptiques quant aux chances de Mme Timochenko d'invalider le résultat de l'élection.

L'investiture

Et plus tôt dans la journée, le Parlement ukrainien a, lui, fixé au 25 février la date de l'investiture à la présidence de M. Ianoukovitch, qui a déjà reçu des félicitations de nombreux dirigeants étrangers dont le président américain Barack Obama.

Viktor Ianoukovitch deviendra alors le quatrième président ukrainien depuis l'indépendance du pays en 1991, succédant au pro-occidental Viktor Iouchtchenko, qui cinq ans plus tôt l'avait privé de la magistrature suprême.

La «victoire» électorale de M. Ianoukovitch avait alors été annulée pour fraudes sous la pression d'un soulèvement populaire pacifique, baptisé la Révolution orange, qui porta au pouvoir M. Iouchtchenko. Ce dernier, éliminé au premier tour de la présidentielle, a renvoyé dos à dos les deux finalistes du scrutin de 2010, lors d'une conférence de presse.

«La victoire de Ianoukovitch ou la victoire de Timochenko c'est un projet du Kremlin», a-t-il lancé hier. «Timochenko ou Ianoukovitch, c'est l'échec de l'orientation européenne du pays», a-t-il poursuivi.

M. Iouchtchenko a aussi précisé qu'il ne prévoyait pas participer à la cérémonie d'investiture de son successeur, avant de qualifier Ioulia Timochenko, son ancienne alliée devenue son ennemie jurée, de «plus grande erreur de son mandat» présidentiel.