La France retire le changement de sexe des maladies psychiatriques - Les transsexuels divisés entre la valorisation et l'accès aux soins

En France, les transsexuels ne sont plus considérés comme des malades mentaux. C'est le premier pays au monde à faire un pas vers la reconnaissance des personnes qui veulent changer d'identité sexuelle. Au Québec, la question se pose, mais pas sans craintes.

Vouloir changer de sexe est une maladie psychiatrique au Québec comme dans le reste du monde. Pour poser ce diagnostic, les pays se basent sur la classification proposée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui désigne la transsexualité, ou transsexualisme, comme un trouble de la personnalité et du comportement chez l'adulte. Bien que cette catégorisation fasse office de référence, elle est contestable pour plusieurs, et le geste de la France est une bonne nouvelle pour ouvrir la voie à une meilleure reconnaissance.

«Nous travaillons aussi là-dessus au Québec. Ce n'est pas valorisant d'être considérés comme des malades mentaux», explique Marie-Marcelle Godbout, fondatrice de l'Association des transsexuels et transsexuelles du Québec (ATQ). À 66 ans, elle fait partie de la vieille génération et elle a vu l'évolution des comportements par rapport à la population transsexuelle. «Il y a 40 ans, je me suis fait opérer pour changer de sexe. Avant cela, j'ai fait de la prison parce que j'étais trop efféminé. Et quand l'ATQ a été fondée en 1980, nous n'avions aucun droit. Maintenant, nous sommes protégés par les droits de la personne et nous pouvons nous défendre contre les discriminations», assure la femme.

Malade, mais pris en charge

Sortir la transsexualité de la catégorie des maladies mentales serait donc une évolution logique dans la reconnaissance des personnes qui veulent changer de sexe. Mais, pourtant, tous ne sont pas prêts à suivre la France. Pour le docteur Pierre Brassard, le seul chirurgien spécialiste dans les opérations de changement de sexe au Québec, il est essentiel d'assurer l'accès aux soins. «Dans la vie de tous les jours, ces personnes devraient avoir une vie normale sans porter d'étiquette. Mais dire que c'est une maladie mentale permet que leur chirurgie soit prise en charge. C'est très important, sinon beaucoup ne pourraient pas y accéder», prévient le chirurgien plastique. Il estime le coût d'un changement de sexe d'homme à femme à environ 20 000 $ et cela peut aller jusqu'à 60 000 $ pour l'opération de femme à homme.

Depuis l'année dernière, le chirurgien a passé une entente avec le ministère de la Santé du Québec. Celui-ci prend en charge l'opération des personnes qui répondent aux critères élaborés par l'Association américaine de psychiatrie. «En Amérique du Nord, les prérequis sont très stricts. Et l'on constate que beaucoup de personnes préfèrent se rendre en Asie pour bénéficier de l'opération, car c'est plus facile», constate Pierre Brassard.

Près de 200 personnes passent sous son bistouri chaque année. Mais pour y avoir droit gratuitement, elles doivent avoir été suivies par un psychologue ou un psychiatre depuis au moins six mois et être recommandées par un deuxième spécialiste. De plus, elles doivent avoir reçu un traitement aux hormones depuis plusieurs mois et recevoir l'aval d'un médecin généraliste pour être opérées. «Tout le processus est à la charge du patient. Et il y a aussi la mammoplastie qui coûte très cher», insiste Marie-Marcelle Godbout. Il est donc essentiel pour elle que l'opération reste accessible, quitte à ce que les transsexuels soient toujours considérés comme des malades psychiatriques.

Pour Karine Rivard, attachée de presse du ministre québécois de la Santé, Yves Bolduc, la question ne s'est jamais vraiment posée. «Nous n'avons pas eu de réflexion là-dessus. Le gouvernement n'a pas l'intention de changer sa position. Nous nous basons sur une évaluation pour la prise en charge. Nous avons toujours remboursé les opérations et nous allons continuer à le faire.»