Les mesures concrètes de l'Union européenne pour la Grèce demeurent floues - Un sauvetage qu'il reste à faire

Un changement de la garde devant le parlement grec jeudi, à Athènes, alors que les dirigeants de l’UE jetaient les bases d’un plan d’aide.
Photo: Agence Reuters Yiorgos Karahalis Un changement de la garde devant le parlement grec jeudi, à Athènes, alors que les dirigeants de l’UE jetaient les bases d’un plan d’aide.

Bruxelles — On attendait une batterie de mesures concrètes pour voler au secours de la Grèce. Les Européens se sont contentés, jeudi, d'une déclaration politique de soutien. En cause, les réticences de la chancelière allemande, Angela Merkel, dont les marges de manoeuvre intérieures sont des plus limitées pour aider Athènes.

Cet engagement a minima suffira-t-il à endiguer la spéculation contre la Grèce qui menace la monnaie unique? Les marchés financiers sont mitigés. Le message de l'Union européenne (UE) a calmé les spéculateurs sans convaincre tout à fait. Tout en restant assez élevés, les taux d'intérêt des emprunts grecs sont revenus, en quelques heures, à des niveaux plus raisonnables. Les marchés boursiers européens ont terminé, jeudi, sur des reculs modérés. L'euro continuait de s'affaiblir, s'échangeant hier à moins de 1,37 $, sans décrocher.

«C'est la fin de la récréation, indique Jean-François Robin, spécialiste du marché de taux chez Natixis. Le message de Nicolas Sarkozy et d'Angela Merkel a été clair. La Grèce fait partie de l'Union, on sauvera le soldat grec! Il n'y a plus matière à parier sur un défaut du pays. Mais l'annonce a été jugée un peu décevante. On manque de détails.»

Le poids des traités

La déclaration des Vingt-Sept, lue jeudi par Herman Van Rompuy, le président permanent du Conseil européen, énonce simplement que «les États membres de la zone euro prendront des mesures déterminées et coordonnées, si nécessaire, pour préserver la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble».

Nicolas Sarkozy espérait plus, mais il n'a pas pu convaincre la chancelière au sujet des modalités pratiques d'un plan. Les deux dirigeants ont toutefois tenu une brève conférence de presse commune pour éviter tout couac, tant la déclaration a été ciselée pour masquer des divergences évidentes. Le soutien est «politique»: le président français et la chancelière allemande l'ont répété à plusieurs reprises.

Interdiction

Il était politiquement impossible pour Mme Merkel d'aller plus loin dès jeudi. La chancelière peut faire des promesses, mais pas agir aussi librement que M. Sarkozy. Elle fait face à un casse-tête juridique et politique inextricable.

Les traités interdisent à la Banque centrale européenne (BCE) de renflouer un pays de la zone euro; une étude juridique du Bundestag estime qu'il n'est pas non plus possible de faire des prêts d'État à État.

Il faut aussi examiner la compatibilité d'une intervention allemande avec un arrêt de la cour constitutionnelle de Karlsruhe, qui encadre strictement l'engagement européen de Berlin.

«Nous sommes dans les traités», a assuré Mme Merkel, à l'attention de ses concitoyens. En réalité, il y a là une violation de la parole donnée par les politiques aux Allemands pour qu'ils abandonnent le deutschemark. Edmund Stoiber, le ministre président de la Bavière, avait promis lors de la marche vers l'euro, à la fin des années 1990, qu'«une union faite de transferts financiers est aussi peu probable qu'une famine en Bavière». Moins de dix ans après son entrée dans l'Union monétaire, la Grèce a fait voler en éclats toutes les règles.

Soucieux d'éviter une crise politique en Allemagne, les Européens espèrent que la déclaration de soutien à la Grèce rendra inutile un passage à l'acte. Ils espèrent aussi qu'Athènes va tout faire pour réduire son déficit de 4 % dès cette année. «Si nous disons les choses assez fortement, nous n'aurons rien à faire», indiquait-on à l'Élysée.

Surveillance mensuelle

Dès mardi, les ministres des Finances approuveront la recommandation présentée par la Commission européenne le 3 février en y incluant les engagements supplémentaires pris par Georges Papandréou, le premier ministre grec. Une hausse de la TVA est envisagée. Une surveillance mensuelle aura lieu sous l'égide de la Commission et de la Banque centrale européenne.

Un moment critique surviendra, selon les experts, en mars ou en avril, lorsque la Grèce aura besoin de se refinancer sur les marchés. Ce délai laisse aux ministres des Finances le temps de fourbir leurs armes. Prêts bilatéraux, garanties d'achat des emprunts grecs, assurance des investisseurs, plusieurs options sont envisagées.

«Si les Grecs font une levée d'obligations et que cela ne marche pas, on les achètera», avait déclaré avant la réunion une source française haut placée. Mais en raison des réticences allemandes, rien n'est encore prêt. «Il faut affiner les accords» au sujet des instruments disponibles en cas de besoin, reconnaît le président de l'Eurogroupe, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker.

Nicolas Sarkozy n'a pas exclu qu'une deuxième réunion des chefs d'État et de gouvernement soit nécessaire pour boucler un éventuel plan d'aide. Il en avait été de même lors de la crise bancaire, lorsqu'après avoir pris des engagements de principe (aucun épargnant ne perdra un euro dans une faillite bancaire) il avait ensuite fallu, dix jours plus tard, sortir une artillerie de garanties et de prêts pour calmer définitivement les marchés.