Le ras-le-bol allemand

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy après le sommet européen informel de jeudi.
Photo: Agence Reuters Angela Merkel et Nicolas Sarkozy après le sommet européen informel de jeudi.

Berlin — Ce scénario, l'Allemagne voulait l'éviter à tout prix: renflouer un pays de la zone euro en faillite. Mais le risque que fait peser Athènes sur la stabilité de l'euro a obligé la chancelière chrétienne-démocrate, Angela Merkel, à adopter une attitude pragmatique en préparant un plan d'aide.

«Les répercussions pour le système bancaire pourraient être bien plus graves que la faillite de Lehman Brothers ou de la Hypo Real Estate [banque allemande] en septembre 2008», souligne un député du parti de la chancelière, l'Union chrétienne-démocrate (CDU).

Même si la première économie de la zone euro n'est pas l'une des premières créancières de la Grèce — la France est davantage concernée —, Mme Merkel veut éviter que l'incendie ne se propage à d'autres pays lourdement endettés, comme l'Espagne ou le Portugal. Car dans ce cas, l'Allemagne, dont plus de la moitié des exportations se dirigent vers la zone euro, serait bien plus exposée, ses banques étant détentrices d'une bonne part des dettes espagnoles.

«Berlin se comporte en créancier responsable qui veut s'attaquer à la source du problème», souligne Sylvain Broyer, économiste chez Natixis. Plus symboliquement, il s'agit pour la chef de gouvernement allemand de garantir «la poursuite du projet d'intégration européenne», explique Cornelius Adebahr, expert de la société allemande de politique étrangère (DGAP).

L'orthodoxie

En même temps, cette rupture avec une position rigoriste n'est pas fondamentalement nouvelle outre-Rhin. En février 2009, Peer Steinbrück, le ministre social-démocrate des Finances du premier gouvernement de Mme Merkel, qui associait chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates, avait déjà laissé entrevoir une éventuelle aide en déclarant que «les États seraient obligés de secourir ceux qui rencontrent des difficultés».

En pratique, toutefois, un tel geste est difficile à faire accepter dans un pays très attaché à l'orthodoxie financière, et il n'est pas sans poser un certain nombre de questions. D'ailleurs, de nombreuses voix s'élèvent pour convaincre la chancelière de ne pas autoriser un plan d'aide. Y compris celle de son allié libéral du FDP.

Le ministre des Affaires étrangères et vice-chancelier, Guido Westerwelle, aurait plaidé contre une aide financière des Européens et en faveur d'une intervention du Fonds monétaire international (FMI) devant la commission des affaires européennes du Bundestag, rapportait hier le quotidien Die Welt.

Les libéraux peuvent s'appuyer sur un rapport interne du Bundestag qui souligne que des aides communautaires ou bilatérales enfreindraient le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE). Selon la chancellerie, on «peut imaginer différentes voies pour contourner» cet interdit. Mais le député libéral (FDP) Frank Schäffler a exhorté le gouvernement à prendre cette expertise au sérieux: «On n'aide pas un alcoolique en lui donnant une nouvelle bouteille d'eau-de-vie.»

Conserver le rempart

Une bonne partie de la presse allemande partage ce jugement. Renoncer à la clause «No bail out» (pas de renflouement), que l'Allemagne avait imposée, avec d'autres pays, dans le traité de Maastricht, reviendrait à «supprimer le dernier rempart pour l'euro stable», avertit le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ). Aussi, ce journal a salué l'issue de la réunion informelle de Bruxelles: «L'Allemagne a tenu tête malgré la pression des partenaires européens. [...] C'est une victoire de la raison.»

Une telle décision serait également très impopulaire. «Le sentiment qui domine est que l'Allemagne paye plus qu'elle ne reçoit; alors, si elle doit en plus aider la Grèce, ce sera très difficile à expliquer, souligne l'expert du DGAP. Les Allemands doivent-ils à l'avenir partir en retraite, non plus à 67 ans, mais à 69 ans pour que les Grecs puissent profiter de leur préretraite?», s'insurge le FAZ. En revanche, l'idée d'une intervention du FMI, que réclame le respecté Otmar Issing, ancien membre du directoire de la BCE, recueille davantage de suffrages. «Le FMI est la seule et la meilleure solution», a-t-il déclaré. À la chancellerie, on évoque tout au plus «une coopération technique pour le FMI».

Un geste de Berlin envers Athènes risque sans aucun doute de renforcer le camp des antieuropéens. «Tous ceux qui étaient contre l'euro et pour une zone euro plus limitée vont se sentir renforcés dans leur opinion», explique Ansgar Belke, économiste à l'Université de Duisburg.

À commencer par ceux qui avaient porté plainte contre le traité de Lisbonne. En juin 2009, les juges de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe avaient obligé Berlin à adopter une loi d'accompagnement garantissant les prérogatives du Parlement allemand. Cette décision avait été considérée comme une limite fixée à l'intégration européenne.
1 commentaire
  • Rigue89 - Inscrit 17 février 2010 10 h 58

    PARIS BERLIN

    Le magazine Paris Berlin innove pour le couple franco-allemand! 99 propositions à la clé:

    http://www.parisberlin2030.com/blog/

    à bientôt