France - Geste d'éclat contre la burqa

Paris — Le gouvernement français persiste et signe dans son refus du voile intégral. En plein débat sur son interdiction dans les lieux publics, le ministre de l'Immigration, Éric Besson, a révélé hier qu'il avait refusé la nationalité française à un homme qui obligeait sa femme à porter la burqa. Le ministre a transmis au premier ministre un projet de décret confirmant la décision prise plus tôt par le Conseil d'État.

En janvier, la plus haute juridiction administrative française a refusé la naturalisation à un Marocain dont l'épouse est française. Celui-ci aurait normalement droit à la nationalité après au plus cinq ans de vie commune et un entretien permettant de vérifier sa connaissance du français et son intégration à la société.

Or le couple appartient à un mouvement nommé Jama'at Tabligh. Ce courant intégriste actif dans les banlieues françaises prêche un mode de vie calqué sur celui du Prophète et impose aux femmes le port du voile intégral. Lors de l'entretien, l'époux a «expressément reconnu qu'il refusait le principe de la laïcité, qu'il niait l'égalité entre les hommes et les femmes, a déclaré Éric Besson. Il a admis qu'il imposait le voile intégral à son épouse, qui était à côté de lui drapée dans un voile.»

C'est la première fois que la burqa est directement invoquée afin de refuser la naturalisation. C'est aussi la première fois qu'une telle décision frappe un homme. En mai 2008, le Conseil d'État avait confirmé le refus de naturaliser une Marocaine qui portait le voile intégral. Mais la décision avait été justifiée en invoquant simplement «une pratique radicale» de la religion, «incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment avec le principe d'égalité des sexes».

Cette fois, le voile semble directement en cause. Dans le texte du jugement publié hier par Le Figaro, le Conseil d'État soulignait que ce ressortissant étranger «adopte au quotidien une attitude discriminatoire vis-à-vis des femmes, allant jusqu'à refuser de leur serrer la main et à préconiser une séparation des garçons et des filles, y compris, au foyer, des frères et des soeurs, dès leur plus jeune âge». De plus, disent les juges, «le mode de vie qu'il a choisi, fût-il justifié par des préceptes religieux, est incompatible avec les valeurs de la République». Ils concluent donc que cet homme «ne remplit pas la condition d'assimilation» prévue par le Code civil.

Cette décision survient en pleine controverse sur le rapport de la Mission d'information sur le voile intégral déposé la semaine dernière et qui propose d'interdire le voile dans les services publics. Un grand nombre d'élus de droite et de gauche souhaitent élargir cette interdiction à tous les lieux publics. D'autres, dont la direction du Parti socialiste, préféreraient ajourner le débat afin de le reprendre dans un climat plus serein.

Devant les avis contraires des juristes, le premier ministre François Fillon a demandé aux sages du Conseil d'État de lui soumettre des solutions permettant de parvenir à une interdiction du voile intégral dans les lieux publics. Une décision saluée par la première secrétaire du Parti socialiste, qui estimait que cette initiative ramenait «un peu de sagesse» dans la discussion.

Hier, la décision du ministre Besson a soulevé assez peu de réactions. «Si les faits sont exacts, sur le principe, cela n'a rien d'extraordinaire et n'est pas scandaleux», a déclaré Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l'homme. Seule la secrétaire aux droits de l'homme du Parti socialiste, Pouria Amirshashi, a jugé la mesure «absurde et xénophobe». «Ferait-on la même chose s'il s'agissait d'un intégriste appartenant à une autre religion?», a-t-elle demandé.

Dans son rapport, la Mission sur le voile intégral proposait de refuser systématiquement la nationalité dans tous les cas où les demandeurs portent la burqa. Elle suggérait même d'étendre ce refus aux cartes de résidents et aux visas de long séjour.

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