Le traité de Lisbonne - Un grand pas pour l'UE, et non une révolution

Bruxelles — L'entrée en vigueur du traité de Lisbonne aujourd'hui marque une étape importante pour l'Union européenne dans sa quête d'une influence plus étendue, mais on ne la voit pas se transformer en superpuissance mondiale.

Ce traité renforce les pouvoirs du Parlement européen et doit faciliter les prises de décision communautaires. Il crée un président du Conseil européen et accroît les prérogatives du haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité, qui supervisera un nouveau corps diplomatique.

Pour les partisans de Lisbonne, le traité prépare le terrain à une plus grande visibilité de l'UE dans le nouvel ordre mondial lié à l'ascension de puissances émergentes comme la Chine dans le contexte de la crise économique internationale.

Ses adversaires estiment que l'Union a justement compromis cette perspective en s'attachant à obtenir le soutien des 27 États membres au traité et en choisissant des personnalités discrètes pour les postes de président et de chef de la diplomatie.

Quoi qu'il en soit, toutes les parties conviennent que le changement sera lent. Il dépendra en grande partie de la manière dont les nouveaux dirigeants de l'UE exerceront leurs fonctions, ainsi que de la volonté des gouvernements de placer les besoins européens au-dessus des intérêts nationaux.

«Le traité consolidera l'UE à un moment où elle a besoin d'être renforcée et où les Européens passent de plus en plus pour des 'has-been' sur la scène internationale», note Hugo Brady, du Centre for European Reform, un groupe de réflexion londonien.

«Les dispositions du traité fournissent-elles un remède au recul de l'Europe dans le monde? Non, pas à elles seules. Mais cela met fin à un processus de ratification très préjudiciable qui n'en finissait pas», ajoute-t-il.


Processus tortueux

Daniel Gros, analyste au Centre for European studies (CEPS) de Bruxelles, s'attend à ce que le traité entraîne de nombreux changements d'organisation positifs, mais sans conférer d'emblée à l'UE un poids supérieur dans la diplomatie internationale.

«Ce ne sera pas une révolution, dit-il. Au moins dans les premières années, le vrai défi est moins de résoudre de grandes crises que de faire fonctionner les rouages et de créer des précédents qui seront utiles par la suite.»

Le sort du traité est resté incertain jusqu'à ce que l'Irlande l'approuve par référendum le 3 octobre à la seconde tentative, et que le président tchèque Vaclav Klaus renonce à s'y opposer. Il l'a signé le 3 novembre.

Les chefs d'État et de gouvernement du bloc ont ensuite paru divisés sur la nomination d'un président du Conseil et d'un haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité.

Quand ils ont enfin jeté leur dévolu le 19 novembre sur le premier ministre belge, Herman Van Rompuy, pour la présidence et sur la Britannique Catherine Ashton pour la politique étrangère, ils ont opté pour deux personnalités consensuelles plutôt que pour des locomotives politiques.

«L'UE n'est pas un superÉtat qui avance à grands pas vers une aube éclatante», écrivait le conservateur britannique Chris Patten, ancien commissaire européen aux Affaires extérieures, après la nomination des deux dirigeants.