Un Québécois veut se souvenir - Les simples soldats sont aussi allés à la guerre

Un simple soldat part pour le front (image tirée de la série Apocalypse).
Photo: TV5 Un simple soldat part pour le front (image tirée de la série Apocalypse).

Les historiens, les politologues et les journalistes ont chacun une démarche particulière pour apprendre, comprendre et interpréter les événements majeurs, comme la Seconde Guerre mondiale. Mais il y a aussi d'autres façons d'aborder le sujet. Il y a celle, plutôt originale, de Robert Bertrand, un retraité qui a fait carrière comme professeur d'anglais dans une école secondaire de Québec.

En 2005, lorsqu'il regardait les cérémonies du Jour du souvenir, le 11 novembre, devant la croix du sacrifice à Ottawa, la curiosité d'en savoir plus d'un Robert Bertrand a été piquée.

Le déclic est venu d'une question qu'il s'est posée: combien de soldats québécois ont péri pendant la Seconde Guerre mondiale? Pour avoir la réponse, il a dû remonter jusqu'à l'organisation des cimetières du Commonwealth. Mieux encore, il a visité 300 cimetières en France et en Belgique, non seulement en cherchant des noms, mais en se demandant si ces soldats disparus avaient eu le sentiment d'avoir fait du bon travail. Ces soldats avaient-ils pu manger à leur faim? Contrairement à ce que font généralement les historiens, sa quête de la réalité s'est faite à partir d'un simple soldat, en visitant aussi des musées comme le Flanders Field Museum en Belgique.

15 000 morts québécois

Il a pu obtenir la réponse à la première question qu'il s'était posée, celle qui a déclenché cet incroyable voyage d'une pierre tombale à l'autre. Selon ses informations, 15 000 soldats québécois ont perdu la vie dans cette guerre.

On a souvent entendu dire ici que ces soldats ont été les premiers à être envoyés sur la ligne de front, voire à être peut-être sacrifiés dans une démarche d'apprentissage sur les meilleures façons d'enfoncer les lignes ennemies. Or cette impression, a découvert M. Bertrand, n'est pas unique au Québec ni au Canada, elle est partagée dans plusieurs autres pays. Comment l'a-t-il su? Il est propriétaire d'un gîte couette et café à Québec qui, au fil des ans, a accueilli des gens venus de partout dans le monde, de la Nouvelle-Zélande, de l'Australie, de l'Écosse, de l'Irlande et d'ailleurs, qui sont convaincus eux aussi que leurs soldats ont été les premiers envoyés sur la ligne du front! Cela, en somme, amène M. Bertrand à conclure qu'on ne sait pas «les véritables événements de cette guerre».

Parmi les documents qui l'ont le plus touché, il y a eu le film Joyeux Noël, qui raconte l'étonnante histoire survenue en décembre 1914, pendant la Première Guerre mondiale, lorsque des soldats français et allemands, ennemis, ont décidé de fraterniser et de faire halte à la guerre pendant quelques instants avec des chants de Noël et même un peu de champagne, oubliant totalement les ordres de combat de leurs généraux respectifs. Ça aussi, c'était voir la guerre du point de vue du simple soldat.

Premiers contacts

M. Bertrand a eu le privilège de visionner les deux premiers épisodes de la série sur la Seconde Guerre mondiale que présentera bientôt TV5. Cela lui permet maintenant de voir la guerre par son autre extrémité, celle des chefs d'État, des dirigeants politiques et des généraux. «Pour moi, c'est quelque chose qui se passe au loin, mais, au point de vue historique, c'est un bijou», dit-il. Il a vu dans ces deux premiers épisodes un document d'information. Il y découvre par exemple Paul Reynaud, qui en 1940 fut président du Conseil de la République française. Celui-ci s'opposa à l'armistice et fut finalement obligé de laisser la place au maréchal Pétain, avant d'être déporté en Allemagne, où il demeura prisonnier jusqu'à la fin de la guerre.

Toujours sensible au sort réservé aux simples soldats,

M. Bertrand raconte l'une des scènes qui l'ont frappé: «Ça m'a bouleversé de voir les Français partir à la guerre habillés en civil pour envahir et conquérir une ville allemande, avec le résultat que les premiers exilés de cette guerre ont été des Allemands. Puis de voir les Français revenir chez eux à bicyclette. J'avais l'impression de voir un film de Bourvil. Selon eux, cette guerre ne devait durer que quelques mois.»

Cette période, qui se situe après que la France et la Grande-Bretagne eurent déclaré la guerre à l'Allemagne nazie, a été appelée «la drôle de guerre», une drôlerie qui n'a pas duré longtemps, car le 10 mai 1940 la force de frappe des armées d'Hitler n'a fait qu'une bouchée de la Belgique, des Pays-Bas et de la France. Le carnage devait durer jusqu'en 1945, aussi bien en Europe que dans le Pacifique, après la déclaration de guerre du Japon à Pearl Harbor. M. Bertrand n'est pas au bout de ses émotions. Il lui reste encore quatre épisodes à regarder!

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Collaborateur du Devoir

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