Rapt d'un imam en Italie - 23 ex-agents de la CIA sont condamnés

Milan — Un tribunal italien a condamné hier 23 ex-agents de la CIA et deux Italiens pour l'enlèvement en 2003 d'un imam égyptien à Milan, mais a abandonné les poursuites contre l'ex-chef de la CIA à Rome et les anciens numéros un et deux du renseignement militaire italien.

Au total, 26 Américains étaient jugés par contumace et sept Italiens pour le rapt en pleine rue à Milan en février 2003 de l'imam Abou Omar.

Abou Omar avait été enlevé dans une rue de Milan le 17 février 2003 au cours d'une opération coordonnée entre le Sismi et la CIA. Ses avocats affirment qu'il a été torturé dans la prison de haute sécurité où il était détenu en Égypte et ont réclamé 10 millions d'euros de dommages et intérêts.

Une première

Ce procès était hautement symbolique, car c'est le premier en Europe sur les transfèrements secrets par la CIA de personnes soupçonnées de terrorisme vers des pays connus pour pratiquer la torture, après les attentats du 11 septembre 2001.

Les Américains condamnés sont l'ex-responsable de la CIA à Milan, Robert Seldon Lady, qui s'est vu infliger huit ans de prison, et 22 autres ex-agents qui devront purger en principe cinq ans de réclusion. Deux ex-agents italiens ont été condamnés à trois ans de prison.

L'organisation humanitaire Human Rights Watch s'est réjouie du verdict, même si les plus hauts responsables ont échappé à une condamnation. «Personne n'a été considéré comme innocent», a souligné Joanne Mariner de HRW.

Le tribunal de Milan a en effet renoncé à poursuivre l'ancien numéro un de la CIA en Italie, Jeffrey Castelli, et deux autres ex-agents, Betnie Madero et Ralph Russomando, en arguant qu'ils étaient protégés par leur «immunité diplomatique» en tant que fonctionnaires américains à Rome.

De même, le tribunal a décidé l'abandon des poursuites contre l'ancien numéro un du renseignement militaire italien (Sismi) Nicolo Pollari, son ancien adjoint Marco Mancini et trois autres ex-responsables des services secrets. M. Mancini est apparu visiblement satisfait, flanqué de ses avocats qui lui conseillaient de ne pas faire de déclarations.

Le juge Oscar Maggi a fait valoir que les cinq ex-responsables italiens étaient protégés par «le secret d'État» et ne pouvaient pas être jugés. Les avocats de la défense avaient justement argué de l'impossibilité de prouver l'innocence de leurs clients en raison de la confidentialité des détails de l'affaire.

Le secret d'État

Le colonel Luciano Seno, condamné à trois ans, a qualifié la sentence de «folie». «Comment se fait-il qu'eux sont relaxés et moi condamné?» a-t-il lancé.

Par ailleurs, le tribunal a condamné tous les accusés jugés coupables à indemniser l'ex-imam à hauteur d'un million d'euros, en lui laissant la possibilité de réclamer davantage devant un tribunal civil, et à verser 500 000 euros à sa femme.

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