Dublin, un obstacle en moins pour l'UE

Une partisane du oui à l'Europe fait la fête à Dublin.
Photo: Agence Reuters Une partisane du oui à l'Europe fait la fête à Dublin.

Le « oui » irlandais au traité de Lisbonne réformant l'Union européenne a suscité un profond soulagement dans les capitales européennes. Mais il reste des obstacles à franchir: Polonais et Tchèques traînent les pieds et, même une fois le traité entré en vigueur, il faudra la volonté politique d'en utiliser tout le potentiel.

Bruxelles — Il y a 16 mois, le premier « non » des électeurs irlandais au traité de Lisbonne de 2007 avait crée un traumatisme. Leur « oui », annoncé samedi, vient couronner 20 années agitées d'élargissement de la taille et des pouvoirs de l'UE.

Les trois millions d'électeurs irlandais ont voté à 67 % pour rejoindre la marche en avant de l'Europe Vingt-sept, qui « pèse » 495 millions d'habitants. « C'est une importante victoire pour l'Irlande et pour toute l'Europe », a estimé Carl Bildt, ministre des Affaires étrangères de la Suède, qui préside l'UE jusqu'à la fin de l'année.

Le président de la Commission européenne, Jose Manuel Barroso, a exprimé l'espoir que le « oui retentissant » des Irlandais pousse Prague et Varsovie à parachever « aussi rapidement que possible » les procédures nécessaires à la mise en oeuvre du traité. La Pologne et la République tchèque contestent la légalité des modifications apportées au traité de Lisbonne pour obtenir l'adhésion de l'Irlande.

Les autres dirigeants européens ont formulé le même souhait et, signe des pressions qui s'exercent désormais sur Prague, la présidence suédoise de l'Union et le président de la Commission doivent s'entretenir dès mercredi à Bruxelles avec le premier ministre tchèque Jan Fischer.

Le traité de Lisbonne est considéré comme une étape de poids vers une UE au fonctionnement plus efficace et mieux préparée à faire face aux défis du monde actuel: changement climatique, réformes financières, commerce international...

Mais, comme l'explique le socialiste Pierre Moscovici, autrefois ministre chargé des Affaires européennes au sein du gouvernement français, le traité à lui tout seul n'amènera pas le changement.

« Que se passera-t-il si les gouvernements ne sont pas d'accord sur ce qu'est le commerce équitable? Il y a nettement beaucoup de travail à faire de la part des dirigeants politiques européens, s'ils veulent tirer parti de tout le potentiel du traité de Lisbonne. »

Une Union européenne réformée avec succès aura un président du Conseil européen, un responsable unique de la politique étrangère, moins de bureaucratie et un Parlement européen disposant de pouvoirs renforcés en matière de législation.

La structure de l'UE est l'objet de débats incessants depuis près de 20 ans. Au début des années 90, il s'agissait de monnaie unique et de politique étrangère commune. Puis ont débuté des débats tortueux, toujours en cours sur l'immigration et le contrôle des frontières.

Il y eut ensuite l'ambitieuse constitution européenne, destinée à mettre en phase avec elle-même une Union passée de 15 à 27 membres. Elle fut renvoyée à des jours meilleurs par le double « non » français et néerlandais en 2005, et remplacée par le bien plus modeste traité de Lisbonne. « Les citoyens européens en ont marre de ces discussions récurrentes » sur l'intégration, responsables, selon Pierre Moscovici, de « l'éloignement croissant entre l'UE et les opinions publiques dans toute l'Europe ».

En attendant, forts du « oui » irlandais, les responsables de Bruxelles veulent pousser désormais Polonais et Tchèques à finaliser leur ratification d'un traité déjà approuvé par leurs parlements respectifs. Depuis des mois, le président polonais Lech Kaczynski faisait traîner sa signature, mais s'était engagé à le faire si les Irlandais votaient « oui ». Reste à tenir parole.

En revanche, c'est à Prague que les choses semblent plus délicates. Un groupe de députés vient de déposer un nouveau recours en justice contre le traité de Lisbonne, qui bien entendu empêche le président Vaclav Klaus de signer le texte tant que la Cour constitutionnelle tchèque ne se sera pas prononcée...

Avec Reuters et l'AFP