Traité de Lisbonne - L'UE ouvre la porte à un deuxième référendum en Irlande

«Nous avons eu ce que nous voulions», s’est réjoui le premier ministre irlandais, Brian Cowen.
Photo: Agence Reuters «Nous avons eu ce que nous voulions», s’est réjoui le premier ministre irlandais, Brian Cowen.

Bruxelles — Les dirigeants de l'Union européenne (UE) ont levé hier le dernier obstacle à la tenue, sans doute début octobre, d'un nouveau référendum en Irlande sur le traité de Lisbonne, avec l'espoir d'en finir avec des années d'incertitude institutionnelle.

Lors d'un sommet à Bruxelles, les 27 dirigeants ont aussi dénoncé l'attitude du régime iranien qui exige la fin des manifestations contre les résultats de l'élection présidentielle. Mais avec prudence, pour ne pas envenimer une situation qui pourrait se retourner contre les opposants.

Pour permettre à l'Irlande d'organiser un nouveau référendum, les dirigeants de l'UE ont entériné des garanties censées dissiper les inquiétudes de sa population qui avait rejeté le texte lors d'un premier référendum en juin 2008.

«Je suis très satisfait que nous soyons parvenus à adopter les garanties irlandaises, cela me rend très optimiste sur le fait que nous obtiendrons un "oui" au référendum», a déclaré le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

«Nous avons eu ce que nous voulions, s'est réjoui le premier ministre irlandais, Brian Cowen. Je crois que nous avons maintenant une base solide pour demander à nouveau [aux Irlandais] de ratifier le traité».

M. Cowen a ajouté que son gouvernement pourrait «organiser un référendum début octobre».

Le contenu même des garanties ne faisait guère débat: il s'agissait d'assurer aux Irlandais que le traité n'affecterait ni la neutralité militaire de l'Irlande, ni son interdiction de l'avortement, ni sa fiscalité. Et que chaque pays garderait «son» commissaire à Bruxelles.

Autant de points qui avaient nourri le camp du «non» il y a un an, lorsque le traité avait été rejeté par 53,4 % des voix.

Mais il restait à déterminer la forme juridique de ces garanties.

M. Cowen est arrivé au sommet en demandant que ses 26 partenaires s'engagent à renforcer la valeur juridique de ces garanties, une fois que le traité de Lisbonne sera en vigueur, condition pour lui d'obtenir un «oui» lors du prochain référendum.

Son objectif: transformer une «décision» en «protocole», afin de lui donner valeur de traité, ce qui implique de le faire ratifier partout.

Les autres dirigeants, le Britannique Gordon Brown en tête, refusaient initialement d'aller jusque là, de peur de rouvrir un débat risqué sur la ratification du traité de Lisbonne.

Les conservateurs de David Cameron, donnés gagnants aux prochaines législatives en Grande-Bretagne, ont en effet agité la menace de soumettre le traité de Lisbonne, pourtant déjà ratifié par le pays, à un référendum.

Au final, les Irlandais ont bien obtenu l'engagement écrit des 27 que les garanties deviendront un protocole «lors de la conclusion du prochain traité d'adhésion» d'un pays à l'UE — soit probablement lorsque le bloc des 27 accueillera la Croatie ou l'Islande, en 2011 au plus tôt.

Pour éviter toute difficulté en Grande-Bretagne — ou encore en République tchèque et en Pologne, deux pays où la ratification reste inachevée — le texte final souligne cependant que le protocole «ne changera ni le contenu ni l'application du traité de Lisbonne». Et que les garanties «ne nécessiteront pas de nouvelle ratification du traité».

Rédigé après l'échec du projet de Constitution européenne en 2005, le traité de Lisbonne, censé rendre l'UE plus efficace et plus influente dans le monde, n'entrera en vigueur que s'il est ratifié par les 27 pays de l'UE.

Les dirigeants ont aussi soutenu M. Barroso pour un second mandat à la tête de la Commission européenne.

Enfin, les chefs d'État et de gouvernement des 27 pays de l'UE ont décidé de durcir les sanctions prises à l'encontre des dirigeants birmans. «L'UE va réagir en prenant des mesures supplémentaires ciblées», a déclaré le premier ministre britannique.

Dans un communiqué, l'UE estime que le refus de la junte de libérer le chef de l'opposition et 2000 autres prisonniers politiques saperait gravement la crédibilité des élections prévues en 2010.

Aung San Suu Kyi, chef de file de l'opposition birmane, a fêté hier son 64e anniversaire en détention, alors que ses partisans continuent à faire campagne pour sa libération.