Berlin, ville ouverte

Berlin Hauptbahnhof, la principale gare de la ville et la plus importante en Europe par sa taille. Construite d’après les plans de l’architecte Meinhard von Gerkan, elle fut inaugurée le 26 mai 2006, après plus de 11 ans de travaux. La gare est un
Photo: Berlin Hauptbahnhof, la principale gare de la ville et la plus importante en Europe par sa taille. Construite d’après les plans de l’architecte Meinhard von Gerkan, elle fut inaugurée le 26 mai 2006, après plus de 11 ans de travaux. La gare est un

Désignée ville UNESCO de design en 2005, Berlin est une cité créative à part. Façonnée par une histoire intense et habitée d'un sentiment de survie et d'audace, Berlin n'en finit pas de se réinventer et d'attirer des créateurs du monde entier. Cette année, la ville fête les 60 ans de la naissance de la République démocratique allemande et les 20 ans de la chute du mur. Le mois de juin est également celui du design, avec la tenue d'un immense salon international, DMY, qui fait la part belle aux jeunes concepteurs d'avant-garde.

Berlin — Lorsqu'on arrive à Berlin en juin, ce qui frappe d'abord, c'est l'échelle démesurée qui règne dans cette ville, l'omniprésence d'espace et de végétation quasi sauvage qui unifient la géographie morcelée de cet immense territoire. Les trottoirs et les rues sont au moins trois fois plus larges que la moyenne montréalaise.

Il n'est pas rare d'avoir une immense plate-bande entre deux voies de rues, où les arbres et les fleurs grandissent de manière quasi spontanée... «Malgré la frénésie des investisseurs et des décideurs politiques à vouloir reconstruire à tout prix la ville depuis la chute de son mur, on remarque que la densité n'a pas sa place ic, et qu'il reste des tas de recoins inexploités, des terrains vagues aux immeubles abandonnés», fait remarquer Joerg Suermann, designer et directeur-fondateur de DMY, le Festival international de design de Berlin.

La vue des tags sur les façades inhabitées, côtoyant les herbes sauvages nichées entre le bitume et la pierre, provoque une sorte d'émerveillement... Il y a encore, dans cette grande ville d'Europe, de l'espace pour construire, inventer, imaginer. L'homme n'a pas réussi ni souhaité maîtriser les recoins de sa ville. La nature, l'architecture et le design ont élu domicile dans ces espaces extraordinaires où règnent un vent de liberté et une puissance créatrice.

Vingt ans déjà

Personne ne peut oublier ces images d'individus frappant le mur et le faisant tomber. Encore moins les Berlinois. Ils ont vécu la séparation, le mouvement de population d'est en ouest. Ils ont vu l'écart entre les deux villes et 20 ans plus tard, cette séparation est certes diluée, mais elle plane encore.

«À Berlin, il a deux centres-villes, deux opéras, deux zoos. Tout ce que vous ne pouvez pas faire d'un côté de la ville, vous le faites de l'autre», explique un Berlinois en me montrant les lieux sur la carte. Ce mouvement de va-et-vient a un effet important sur le développement de la ville et de ses activités.

Car tout bouge vite à Berlin: les centres se déplacent, les quartiers à la mode migrent rapidement; les Berlinois déménagent et changent fréquemment de quartier. Sans compter que la ville dispose d'un réseau de transport en commun inégalé, du tram en passant par l'autobus, le S-Bahn, le U-Bahn et les centaines de kilomètres de pistes cyclables... Berlin est véritablement le royaume du transport efficace et écologique.

En parfaite harmonie

Peut-être parce qu'elle a trop souffert, Berlin est une ville où les éléments de nature différente cohabitent en parfaite harmonie. Alors que dans la plupart des grandes villes ces éléments ont tendance à s'affronter, à Berlin, l'homme et la nature se respectent, l'automobile et les autres modes de transport aussi, et même les designers ne se tirent pas dans les pieds!

À quoi bon? Il y a de la place pour tout le monde et le Berlinois a compris que la cohabitation est bien plus enrichissante que l'isolement. Cette ouverture d'esprit est sans doute ce qui attire le plus les jeunes créateurs d'avant-garde à venir s'installer ici.

«À Berlin, la culture locale se mêle avec les cultures venues d'ailleurs le plus naturellement du monde. On assimile vite et il en ressort une création très inventive, pleine d'optimisme et de culot», souligne Joerg Suermann.

Un festival, pas un salon

Pour sentir le pouls créatif de Berlin, il faut se rendre au DMY, un festival très représentatif de toute la créativité multidisciplinaire qui y règne. À la différence du salon de Milan, le festival de Berlin est véritablement un événement artistique où le but premier n'est pas d'acheter, mais de découvrir et de participer avec les designers.

Au DMY, on prend son temps, on mûrit, on échange. Les espaces d'exposition ne sont pas surchargés et sont logés dans d'immenses usines en brique désaffectées.

Le concept du festival est remarquable en lui-même: «Au départ, nous étions 20 amis et nous voulions montrer notre travail en design tout en célébrant et en échangeant des idées avec le reste de la ville, explique Joerg Suermann. Loin des formats habituels d'exposition, loin des salons, nous avons réussi à faire grandir ce concept de festival en gardant notre âme du premier jour. C'est ce côté expérimental décalé et cette énergie créatrice très présente qui font le charme de l'événement.»

Aujourd'hui, DMY attire des concepteurs et des amateurs de design du monde entier. Avec ses deux grands centres d'exposition, un pour les designers émergents et l'autre pour les designers confirmés, avec ses conférences, ses colloques, les 50 boutiques ou lieux satellites participants dans la ville, et enfin les Pecha-Kutcha, ou Klublabor, le festival enflamme la ville pendant près d'une semaine.

Cette année, les membres du jury ont choisi de mettre en avant quelques designers hors normes. Parmi les Berlinois, on remarque les créations très originales de Realities: united et leurs lampes interconnectées — Contemporary Architectur —, qui sont de véritables éléments de construction servant à structurer l'espace. Il y a aussi l'oeuvre Appeel de TheGreenEyl, soit des milliers de pastilles fluorescentes orange collées sur un mur, qui, une fois enlevées par le public, provoquent un changement notoire d'ambiance dans l'espace.

Tout est intéressant à DMY et il serait surréaliste de vouloir décrire en mots ce que l'on y ressent. Car l'événement, à l'image de la ville, est difficile à cerner, à étiqueter.

Berlin, comme DMY, c'est un lieu où plane un vent de liberté, une ville en perpétuel mouvement mais sans le stress, un environnement où les couches de l'histoire se superposent sans s'effacer, pour nous offrir le meilleur de notre monde et du design.

***

Collaboratrice du Devoir

***

- Pour en savoir plus sur Berlin et son design: www.dmy-berlin.com, www.create-berlin.de, www.idz.de.

- Notre journaliste était l'invitée du gouvernement allemand.