Élections Européennes - La droite balaye l'Europe

Un homme suit les élections européennes sur un écran installé en bordure du Parlement européen, à Bruxelles.
Photo: Agence France-Presse (photo) Un homme suit les élections européennes sur un écran installé en bordure du Parlement européen, à Bruxelles.

Paris — Alors que 375 millions d'Européens étaient conviés hier à élire le nouveau Parlement de l'Union européenne, c'est le parti de l'abstention qui l'a emporté une fois de plus. Moins d'un électeur sur deux a jugé bon de se déplacer dans les 27 pays membres pour élire les 785 députés qui siégeront à Strasbourg. En baisse constante depuis 1979, la participation a atteint hier un de ses niveaux records avec seulement 43 %.

Sans surprise, le Parti populaire européen, regroupant les partis de centre droit des 27 pays membres, a augmenté sa majorité pourtant déjà substantielle. Les partis de droite l'ont emporté un peu partout, à l'exception de la Grèce où les socialistes ont créé la surprise. À Paris, Rome, Madrid, Berlin, Budapest, Vienne et Londres, la droite sort victorieuse de ce scrutin qui voit les sociaux-démocrates faire du sur-place ou piquer du nez un peu partout. Seuls les verts font des gains, qu'ils réalisent d'ailleurs souvent au détriment des socialistes.

Sans enjeu européen, ce scrutin ne prend véritablement son sens que sur le plan national. Un vrai coup de tonnerre s'est produit en France où les socialistes dirigés par Martine Aubry ont mordu la poussière. Avec 28 %, le parti de Nicolas Sarkozy, pourtant très malmené dans les sondages de popularité, enregistre un record. C'est la première fois depuis 1984 qu'un parti de droite arrive en tête d'une élection européenne en France.

Le Parti socialiste obtient un de ses pires résultats avec seulement 17 % des voix. Le porte-parole socialiste, Benoît Hamon, perd son siège à Strasbourg. Depuis des semaines, tous les observateurs estimaient que si le résultat était en dessous de 20 %, le leadership de la nouvelle secrétaire générale Martine Aubry serait ébranlée. Personne ne s'attend à une démission, mais le parti, déjà en crise depuis deux ans, pourrait connaître de sérieuses remises en question.

Le parti Europe-Écologie, dirigé par l'ancien soixante-huitard Daniel Cohn-Bendit, est l'autre gagnant de cette élection en France. Avec 16 % du vote, il est passé à deux doigts de devancer les socialistes. Les écologistes l'emportent largement sur les centristes du Modem dirigés par François Bayrou, qui n'obtient que 8 % des voix. Plusieurs analystes attribuent une partie du succès des écologistes au ton trop polémique adopté par François Bayrou et à la diffusion, vendredi, du film Home, un documentaire écologiste très militant réalisé par le cinéaste Yann Arthus-Bertrand.

«On est en train de franchir une nouvelle étape dans le quinquennat de Nicolas Sarkozy», a affirmé le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Jean-François Copé. Cette victoire semble donner un second souffle au gouvernement français. Au Parti socialiste, les militants avaient la mort dans l'âme. «Nous ne sommes pas encore crédibles», a reconnu la première secrétaire, Martine Aubry, qui a décroché de justesse la direction du parti en novembre dernier contre l'ancienne candidate à la présidence Ségolène Royal. «Je prends toute la mesure de la responsabilité du Parti socialiste dans le score qui est le sien, a dit Martine Aubry. Je ne cherche pas de raison extérieure à nous-mêmes.»

Le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, veut voir dans cette victoire l'effet du succès de la présidence de l'Union européenne assumée il y a quelques mois par la France. Avec 6 % des voix, le Front national poursuit sa lente descente aux enfers, même si son leader, Jean-Marie Le Pen conserve son siège à Strasbourg.

La droite progresse partout

Ailleurs en Europe, les partis de droite ont progressé presque partout, sauf en Grèce où les socialistes réclament des élections anticipées au regard des nombreux scandales qui accablent le gouvernement de Costas Caramanlis dont la majorité ne tient qu'à un siège. En Grande-Bretagne, au moment de mettre sous presse, le gouvernement de Gordon Brown semblait devoir être durement sanctionné à cause du scandale des notes de frais des députés qui, avec la récession, provoque dans ce pays une grave crise du pouvoir. Advenant une véritable déroute, dès ce soir, des députés travaillistes pourraient exiger la démission de leur chef.

À Berlin, la chancelière Angela Merkel (CDU-CSU) se tire avec élégance de cette élection où elle obtient 39 % des voix contre 21 % pour les sociaux-démocrates avec lesquels elle dirige le pays au sein d'une grande coalition. Son résultat est cependant en baisse comparé à celui de 2004 (44,5 %). Il est cependant plutôt de bon augure pour les élections législatives qui se dérouleront le 27 septembre prochain.

Même le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, tire son épingle du jeu malgré le parfum de scandale qui l'entoure depuis que la presse a évoqué sa liaison possible avec une jeune fille. Son parti est crédité de 39 et 43 % des voix, contre 27 à 31 % pour le principal parti de gauche. En Finlande, au Portugal, en Roumanie et au Danemark, la droite et les socialistes sont à égalité.

Dans la plupart des pays, les candidats écologistes ont enregistré des gains qui grugent souvent les voix des sociaux-démocrates. Aux Pays-Bas, l'élection s'est déroulée jeudi, et le parti de Geert Wilders, opposé à l'immigration musulmane, a obtenu 17 % des voix. En Autriche, l'extrême droite du FPÖ et du BZÖ fait un score de 18 %. En Slovaquie, les ultranationalistes du SNS sont crédités d'un premier siège.

Le succès des partis de droite devrait conforter la reconduction attendue du mandat du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Son leadership, soutenu par la majorité des pays dirigés par la droite (21 sur 27), est cependant sérieusement contesté par les écologistes et les libéraux.

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